Ouest Afrique Economie

N° 14
Février 2003

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par Koné Soungalo et Ahoussi Pothin

CÔTE D'IVOIRE

LES ACCORDS DE MARCOUSSIS : RACCOURCIS VERS LA PAIX ?


Les accords de Marcoussis rencontrent aujourd’hui toutes les difficultés dans leur mise en application, en Côte d’Ivoire. Les uns piaffent d’impatience quant à leur application, les autres la vouent aux gémonies. Le dernier discours à la Nation du président GBAGBO, semble, toutefois, avoir relancé la machine et calmé les passions. Tous les yeux sont maintenant rivés vers le prochain gouvernement proposé par le Premier ministre Seydou DIARRA.

e bourbier ivoirien ? Sans user de clichés apocalyptiques, tel semble être l’image que présente, pour l’heure, ce pays phare de la sous-région après les désormais “ fameux ” accords de Marcoussis et le sommet des chefs d’Etats de Kléber. En effet, la rue abidjanaise n’a eu de cesse, dès le retour du président Gbagbo, le dimanche 26 janvier dernier et huit jours après Marcoussis, d’être en ébullition. Rejetant tout ou presque de ces accords. Une colère populaire dont le ferment aura été la distribution “ à huit clos ” des principaux postes ministériels dans les coulisses du sommet de Kléber dont ceux de la Défense et de l’Intérieur à la rébellion armée. Une répartition qui confortera la rue abidjanaise dans son analyste principale : Paris n’aura servi qu’à légitimer la rébellion armée en lui déroulant le tapis rouge tant au bord de la Seine qu’au bord de la lagune ébrié, à Abidjan. La France a t-elle mal fait en voulant trop bien faire et vite ? Peut-être bien que oui. Car pour l’opinion publique ivoirienne dans toutes ses composantes (femmes patriotes, jeunes patriotes, conseillers économiques et sociaux, greffiers, handicapés, etc), il aurait fallu comme préalable à la rencontre de Paris, la condamnation en bonne et due forme de la rébellion armée et de ses parrains sous-régionaux et internationaux. Il aurait fallu que la France situe les responsabilités avant de proposer une solution. Dépitée, la majeure partie des Ivoiriens n’attendait plus que la révision des accords de Marcoussis en marquant un net refus d’une entrée quelconque des rebelles au gouvernement. Dans le camp de ces derniers, il n’était point question que l’une de ces propositions reçoive leur assentiment. Vis-à-vis de la France, l’on en était arrivé à un dépit amoureux qui aura poussé les nationalistes irréductibles à implorer le secours d’autres puissances telles les Etats-Unis. Un méli-mélo qui n’aura pas permis, jusqu’ici, au Premier ministre désigné à Paris et refusé par les manifestants ivoiriens, M. Seydou Diarra, de prendre fonction et de proposer son gouvernement au président Gbagbo. A l’analyse, ce dernier semble aujourd’hui être le grand gagnant dans cette guerre du “ pas d’accord ” et du “ d’accord ”. En effet, apparu affaibli à Paris, les soulèvements pacifiques de la rue à Abidjan auront consacré aux yeux de l’opinion internationale son poids sur l’échiquier politique ivoirien. Rendant du coup difficile toute option de dégommage en douceur de sa personne ou de sa mise à l’égard de quelque autre manière. Par ailleurs, pour la France les calculs ne faisaient que se compliquer. Ayant tablé sur une mise en application immédiate et intégrale des accords de Marcoussis et des résolutions du sommet de Kléber, elle était confrontée à une double équation : imposer aux forceps l’application de ces accords en ignorant le mécontentement d’une frange importante de la population ivoirienne, et en s’attendant au pire ou opter pour une révision de ces accords soit un Marcoussis 2, et essuyer le probable refus de la rébellion armée. Fort heureusement, le discours à la Nation du vendredi 7 février de Laurent GBAGBO aura permis de faire baisser la pression de part et d’autre, ou presque. Puisque la rébellion, elle, demeure encore sceptique et insatisfaite. Toujours est-il que, même si de façon diplomatique, Gbagbo a préféré parler de “ l’esprit des accords de Marcoussis ”, il n’en demeure pas moins qu’il ne les a pas rejetés en bloc. Il appartient donc maintenant au Premier ministre Seydou DIARRA de former son gouvernement d’union national afin de remettre sur les rails de la paix et du développement un pays “ bloqué ” par plus de quatre mois de guerre. Ce dernier peut se targuer d’avoir une bonne lecture du paysage politique ivoirien. En effet, à 73 ans, cet ingénieur agronome de formation, aura été Premier ministre du défunt Général Guéi Robert, sous la transition militaire consécutive au coup d’Etat de décembre 1999 et le Président du Forum pour la Réconciliation nationale initiée par Laurent GBAGBO au sortie des élections troublées d’octobre 2000. Pour Seydou DIARRA, c’est donc un autre défi qui se présente quant à son pays, la Côte d’Ivoire. Une Côte d’Ivoire qui continue d’être divisé en deux avec une économie qui s’effrite au fil des mois.

 

MALI

LA TOUCHE ATT

Le général à la retraite, M. Amadou Toumani Touré imprime sa marque au Mali depuis son accession à la magistrature suprême le 12 mai 2002. Il met en l’occurrence un point d’honneur à respecter les engagements pris au cours de sa campagne et lors de son investiture.

« on ambition pour le Mali est d’assurer le bien être de chacun et de tous » en juin dernier le président malien Amadou Toumani Touré lors de sa prestation de serment. Y parviendra t il ? Difficile de le dire tant la tâche est immense comme il l’a du reste lui même reconnu. Vaste pays sahélien, le Mali, bien que faisant partie des Etats les plus pauvres de la planète, dispose tout de même d’atouts sur lesquels peut compter le nouveau président. Le Mali jouit en effet d’une bonne réputation démocratique et est le troisième producteur africain d’or. Pour la seule année dernière, le Mali a produit 60 tonnes d’or raffiné pour d’une valeur d’environ 360 milliards FCFA. Il peut compter aussi sur l’importante production de coton. C’est la première culture et le premier produit d’exportation. Il représente 10 % du PIB du secteur primaire et près de 58 % des recettes d’exportation.
D’autre part dans le cadre de l’initiative pour l’allègement de la dette des pays pauvres très endettés le Mali pourrait connaître un traitement favorable de son dossier en 2003 comme initialement convenu. Le traitement de la dette au point d'achèvement de l'initiative PPTE attendu en 2003, pourrait contribuer à réduire davantage le ratio encours dette/ PIB qui évalué à 2041,6 milliards représenterait 88,3 % du PIB en 2002 contre 90 % en 2001
En attendant l’heure du bilan le président malien manœuvre pour rassurer ses compatriotes sur ses intentions. Il a déjà presque réussi à faire taire l’opposition depuis les dernières législatives. S’étant engagé à ne pas créer son propre parti, ATT s’est mis au dessus de la mêlée et a fait en sorte que toutes les formations représentées au parlement le soient également au gouvernement dirigé par M. Mohamed Ag Ahmani.
Les dépenses sur ressources PPTE relatives aux programmes et projets prioritaires du Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté (CSLP) auraient enregistré, de source propre de l’UEMOA, une hausse de 89,3 %, en passant de 16,8 milliards en 2001 à 31,8 milliards en 2002
En début d’année, le président malien a tenu à donner un autre signal fort. Il a en effet annoncé d’importantes baisses des coûts des communications téléphoniques nationales et internationales. Une baisse de 47% sera appliquée sur le réseau fixe - qui enregistre l’entrée en scène d’un deuxième opérateur - pour les communications interurbaines contre une baisse variant entre 33 et 67% pour les communications internationales. Le réseau du téléphone mobile n’est pas en reste. Il enregistrera la création de 20 000 lignes supplémentaires et une baisse de l’ordre 13 à 40% des tarifes des communication. Ce mouvement de réduction du coût de la vie pourrait concerner à terme l’eau l’électricité et les médicaments génériques même si le budget 2003 du Mali « bâti sur le cadre stratégique de lutte contre la pauvreté » et d’un montant de 732,52 milliards FCFA, prévoit un déficit de 80,497 milliards FCFA. Une façon comme une autre pour le général ATT de dire qu’il est réellement au front pour « l’amélioration du pouvoir d’achat et la réalisation du bien être des maliens ».
Une attitude qui trouve son fondement dans la lettre de cadrage dans laquelle on retrouve toutes les grandes orientations de la politique de gouvernement qu’il a proposé en tant que candidat aux maliens pour les cinq années à venir..

 

GUINÉE

LA SANTE DU PRÉSIDENT INQUIÈTE

Les supputations vont bon train actuellement en Guinée sur la santé du président Lansana Conté rentré il y a peu du Maroc où il a été hospitalisé pendant quelques semaines

e président va t il si mal ? qu’est ce qui va se passer si jamais il devait lui arriver quelque chose ? Ce sont là quelques unes des questions que les guinéens se posent depuis que le Chef de l’Etat a officiellement déclaré qu’il est malade et qu’il a été hospitalisé à Rabbat au Maroc plus précisément à l’hôpital militaire royal. Son retour n’a pas pour autant mis fin aux supputations sur gravité de son état. Au contraire, il a donné du grain à moudre à tous ceux qui pensent que le président Conté est au plus mal. Ce d’autant plus qu’il est revenu avec une équipe de médecins marocains et qu’il n’est de retour au pays que pour une période déterminée. Du moins selon un communiqué émanant du bureau de presse de la présidence.
En tout état de cause, la santé chancelante du chef de l’Etat guinéen remet au goût du jour le débat sur les prochaines élections présidentielles prévues cette année et le coup de force constitutionnel opéré en 2001.
On se souvient en effet qu’un référendum organisé à cette époque offrait la possibilité à M. Conté âgé de 67ans, d’être à nouveau candidat à sa propre succession. Le troisième mandat pour celui dont l’état de santé inquiète plus d’un guinéen.
Comme pour rassurer les uns et les autres les partisans du Chef de l’Etat , regroupés au sein de la coordination de la mouvance présidentielle, ont annoncé récemment sa candidature à l’élection présidentielle dont le mandat a été porté désormais à sept ans.
Dans les coulisses pourtant, beaucoup n’hésitent pas à envisager le pire. Dès lors, on élabore tous les scénarios alors même que l’incapacité ou l’empêchement absolu du président n’est pas encore établi. Dans un tel cas de figure, selon l’article 34 de la constitution guinéenne, « en cas de vacance du pouvoir dûment constaté par la cour suprême dans les cas de décès, de démission ou d’empêchement du chef de l’Etat, le président de l’Assemblée Nationale assure la suppléance et organise de nouvelles élections dans les soixante jours ». Dans le cas d’espèce c’est donc à Aboubacar Somparé l’actuel président de l’Assemblée Nationale qu’il reviendrait de conduire l’intérim. Logiquement mais pas si sûr car des acteurs surprises pourraient faire leur apparition. Toutefois, l’on n’en est pas encore là !

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