Développement économique et social
: LAfrique prend linitiative
par Koné SOUNGALO
Lapproche africaine des problèmes de développement
du continent proposée par quatre chefs dEtats africains est
une véritable révolution. La Nouvelle Initiative africaine,
fruit de réflexions diverses sur le devenir de lAfrique traduit
la ferme volonté des enfants de ce continent de sassumer
désormais.
Pour
la première fois, lAfrique est à lavant garde
dinitiatives qui la concerne. La Nouvelle Initiative Africaine (NIA)
est en effet une alternative de solution africaine aux problèmes
de développement économique et social du continent. Synthèse
de réflexions diverses émanant de quatre chefs dEtats
africains, la Nouvelle Initiative africaine marque une rupture profonde
dans la pratique de lélaboration des stratégies de
développement. Tant au niveau de la conception que de ces initiateurs.
Cest dabord une solution africaine à léquation
quasi insoluble du développement économique et social de
lAfrique.
Elle est issue de la fusion du plan OMEGA du président sénégalais
Abdoulaye Wade et du Programme de Renaissance de lAfrique pour le
millénaire de ses homologues sud africains Thabo Mbéki,
algérien, Abdelaziz Boutéflika et nigérian, Oluségun
Obasanjo. Alors que le PRA met laccent sur la dimension psychologique
et culturelle du développement économique, le plan OMEGA,
pour sa part, sattaque à la dimension économique « car
même libéré dune tutelle intellectuelle et psychologique
aliénante, cest en vain quon parviendrait à
exercer sa liberté si on narrive pas à satisfaire
ses besoins existentiels de base. »
Programme de renaissance de lAfrique
Le Programme piloté par le président Thabo
Mbéki repose sur le concept de la renaissance qui présuppose
une rupture avec les pratiques anciennes. Pour le président sud
africain, cette renaissance ne se réalisera quen opérant
une série de ruptures : rupture avec la forme paternaliste
de la coopération bilatérale et multilatérale ;
rupture avec la politique daide et de crédit ; rupture
avec lassistanat ; émergence dun esprit critique,
etc. Les acteurs doivent être décidés à imprimer
une nouvelle dynamique au développement du continent. A titre dexemple,
on peut citer le président sud coréen, M. Park, qui lançait
avec détermination en 1972, le mouvement des « nouveaux
villages » pour la modernisation des campagnes et le développement
dune agriculture moderne. « Quelques années plus
tard les campagnes coréennes arboraient une physionomie totalement
différente » peut-on lire dans un document du groupe
de réflexion dénommé initiatives citoyennes. Le programme
et les préoccupations du président sud africain sinscrivent
en droite ligne des interrogations du savant Cheick Anta Diop qui soutenait
que le développement nétait possible que dans le cadre
du rétablissement de la conscience historique africaine. Par conscience
historique, le savant entendait « limprégnation
de la profondeur historique du monde et la conscience dêtre
acteur de sa propre histoire ».
Et cest cette prise de conscience, ce désir dagir sur
son propre destin qui fait loriginalité du Programme de M.
Thabo Mbéki. Mais aussi du plan OMEGA, même sils
sarticulent autour de deux dimensions différentes
La dimension économique
Cet esprit de rupture et dengagement se retrouve
dans le plan OMEGA qui sintéresse davantage à la dimension
économique du développement de lAfrique. Il repose
essentiellement sur la question des disparités entre lAfrique
et le monde développé et les moyens dy remédier.
Il faut selon le président Wade, parvenir à obtenir des
investissements massifs dorigine externe seuls à même
de favoriser la résorption de celles-ci. En somme, le plan OMEGA
a pour objectif : « de procéder à lévaluation
des besoins du continent africain de façon à combler les
déséquilibres par rapport aux pays développés
qui en constituent les handicaps majeurs « et den trouver
le financement dans les meilleures conditions. »
Ces disparités ont été retenues dans les quatre secteurs
suivants : infrastructures, éducation, santé, agriculture.
« Il est en effet apparu quen raison de la faiblesse
des infrastructures, du niveau très faible de léducation
et du caractère archaïque des exploitations agricoles les
pays africains ne peuvent pas suivre le rythme grâce à la
compétitivité de leurs industries dexportation »
relève le plan OMEGA. Pour financer un projet si ambitieux le président
sénégalais voit plusieurs sources dont : toutes les
ressources destinées aux infrastructures et à léducation
des pays africains en vue dune gestion globale en lieu et place
des gestions nationales ; lengagement par les pays développés
de leurs bons au trésor ; les ressources privées longues
qui, en Occident, sinvestissent en toute confiance dans le très
long terme ; la création de droits de tirages spéciaux
expressément conçus pour lAfrique.
Dimension économique dune part et dimension psychologique
dautre part ont donné naissance à la Nouvelle Initiative
africaine. Cette synthèse a été présentée
au dernier sommet du G8 de Gènes en Italie (tenue du 20 au 22 juillet
2001) par les quatre chefs dEtats co-auteurs auxquels sest
joint le Malien Alpha Oumar Konaré. Bénéficiant dune
grande mobilisation, la NIA, adoptée en juillet 2001 au sommet
de lOrganisation de lUnité africaine (OUA) à
Lusaka, était au centre de la réunion du tout nouveau
comité directeur mis en place pour la circonstance. Au cours de
cette réunion, il a été précisé « la
nécessité de produire un document clair, harmonisé,
dynamique, réalisable et durable dépourvu de répétitions
et dimprécisions. »