Mamadou DIA
Directeur des opérations pour la Côte dIvoire et la
Guinée (Banque Mondiale)
par Ibrahim SY SAVANE
Etre
lhomme de la Banque Mondiale dans un pays en crise financière
aiguë nest pas une sinécure. Lorsque le pays en question
est dans la tourmente, que ses relations avec les argentiers internationaux
ont viré à laigre, alors il faut plus de savoir-faire
encore et de diplomatie pour représenter dignement son institution.
Cest ce que fait Mamadou Dia à Abidjan depuis janvier 2000
quil occupe le poste de Directeur des Opérations pour
la Côte dIvoire.
On notera que M. Dia a commencé sa mission quelques jours seulement
après le coup détat militaire, qui allait ouvrir un
cycle de violences sans précédent dans un pays qui se targuait
dêtre un havre de paix dans un océan dinstabilité.
Lhomme est discret. Il na pas la flamboyance de certains de
ses prédécesseurs, tel M. Elkyn Chaparro qui, en son temps,
était un homme des médias. Pourtant, par sa fermeté,
M. Dia aura contribué à maintenir le prestige de la Banque
Mondiale, tout en écartant les mesures vexatoires et autres représailles
à lencontre de la Côte dIvoire. Le fait quil
soit africain ne suffit évidemment pas à expliquer une telle
attitude.
Les raisons sont à rechercher plutôt dans lexpérience
professionnelle de M. Dia, qui a eu en charge ces dernières années,
des pays où la violence structurelle était au paroxysme,
où lEtat et son économie, quand ils navaient
pas purement et simplement disparus, affichaient une faiblesse extrême.
Depuis 1996, M. Dia soccupait en effet et simultanément de
la Guinée, de la Sierra-Léone et du Libéria. Cela
vous oblige, en fin de compte, à relativiser beaucoup de choses.
Diplômé de Wharton (USA) et de lEcole Nationale dAdministration
de son pays (le Sénégal) lhomme était Chef
de Division depuis 1990 et a donc inauguré, à la fois les
chantiers du « renforcement des capacités nationales »
et ceux de la privatisation.
Nayant connu aucun de ces pays où les missions sont tranquilles,
M. Dia a échappé aux nombreux pièges qui transforment
lexpert international en proconsul satisfait et omniscient. Lorsque,
en effet, lon se retrouve au Congo ou au Burkina, la réalité
vous fait réviser les thèses macro-économiques. Même
quand lon est un auteur qui a acquis quelque réputation.
Louvrage de M. Dia « Gestion en Afrique dans les années
90 et au-delà » a en effet obtenu, en février
97, le prix dexcellence
« Arthur A. Houghton Jr ».
Aujourdhui, en tout cas, il nest pas beaucoup dobservateurs
qui en savent autant que M. Dia sur les réalités socio-économiques
ivoiriennes.