Ouest Afrique Economie

N° 15
Avril 2003

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par Koné Soungalo et Ahoussi Pothin

CÔTE D'IVOIRE

LE GOUVERNEMENT DE TOUS LES DEFIS

Optimisme teinté d’une forte dose de prudence frisant le pessimisme, voici le climat qui prévaut actuellement en Côte d’Ivoire après que le fameux gouvernement de réconciliation ait réussi à se réunir au grand complet à Yamoussoukro.

erait-il trop tôt, oui vraiment trop tôt pour crier victoire et “ vive la paix ! ” en Côte d’Ivoire ? Tout porte à le croire même si après moult volte-face, la rébellion qui revendique désormais l’appellation de “ Forces nouvelles ” est rentrée dans les rangs en intégrant le gouvernement de réconciliation nationale. Ainsi, le 3 avril dernier, le nouveau gouvernement ivoirien a pu se réunir au grand complet sous les regards des présidents John Kufuor (président en exrcice de la CEDEAO), Olusegun Obasanjo et Tidjane Kabaj. Mais ce premier pas franchi sur le chemin du retour à la paix, il appartient maintenant au gouvernement du Premier ministre Seydou DIARRA de se mettre à la tâche. Une tâche qui se fera sur des braises ardentes et dans l’urgence. Car il faudra panser assez rapidement les plaies sociales créées par près de six mois de conflit armé avec son lot de tueries, de destruction et de barbarie. Quand bien même le front social semble s’être calmé pour opter pour le pardon et la réconciliation en lieu et place des marches et autres discours incendiaires. Aujourd’hui, au-delà de la partition du pays en zone rebelle et zone gouvernementale, il s’agira d’amener les Ivoiriens à réapprendre à vivre ensemble en se pardonnant les uns aux autres et en enterrant toute envie de vengeance sans fausse hypocrisie. Il faudra aussi et surtout relancer la machine économique qui, elle, a vu tous ses clignotants passés au rouge. A tous les niveaux, ce gouvernement devra batailler dur pour redonner à la Côte d’Ivoire sa place d’antan dans la sous-région et aux Ivoiriens la joie de vivre dans un pays en paix. Surtout que le contribuable participera à l’entretien de ces 41 ministres. Par ailleurs, rien ne prouve que la cohésion sera vraiment de mise au sein de ce gouvernement qui au-delà des bonnes intentions affichées n’échappera pas, loin s’en faut, aux intrigues politiciennes de chacune des chapelles politiques. Les différents ministres parviendront-ils à jouer la carte de l’intérêt national en ayant d’abord à l’esprit qu’ils travaillent pour la Nation avant d’œuvrer à la réalisation d’un programme de gouvernement d’un parti politique qui n’est pas le leur ? Surtout que tous, aujourd’hui, ont commencé à lorgner vers les échéances électorales de 2005. Du côté de la rébellion, l’objectif majeur de départ (le dégommage de Laurent GBAGBO), est-il réellement abandonné ? Les différentes factions en présence n’étant, semblet-il, pas d’accord sur l’entrée au gouvernement sous la présidence de M. GBAGBO. “ Nous avons pris les armes non pas pour s’asseoir au gouvernement avec Gbagbo mais pour prendre sa place ”, aurait lâché l’un des chefs rebelles.
Pour sûr, loin d’être une partie de plaisir le fonctionnement harmonieux de l’actuel gouvernement de réconciliation consacrera ou non l’aptitude de la Côte d’Ivoire, à travers sa classe politique, à se surpasser pour remettre le pays sur les rails en tournant la parenthèse honteuse de la guerre.

 

LIBERIA

LE GLAS A-T-IL SONNÉ POUR TAYLOR ?

Combien de temps tiendra-t-il encore face à la rébellion ? Telle est la question qui hante nombre d’esprits à l’heure actuelle en rapport avec le pouvoir de Charles Taylor au Libéria.


’avancée actuelle des éléments du Lurd (Liberians United for Reconciliation and Democracy) sur Monrovia semble être le signe annonciateur de la fin prochaine du pouvoir Taylor au Libéria. En effet, depuis quelques semaines la rébellion armée menée par le Lurd ne fait que marquer des points sur le terrain. Si bien qu’aujourd’hui elle ne serait plus qu’à une centaine de kilomètres de Monrovia, la capitale libérienne. Le Lurd a réussi à prendre puis à abandonner après un rude combat la deuxième ville du pays, Gbarnga, ancien fief militaire et politique de Charles Taylor du temps où il était dans la rébellion. Et en prévision de discussions de paix qui se tiendront à une date non fixée au Mali, les rebelles du Lurd multiplient les fronts pour s’assurer de nouvelles positions, et bénéficier d’une partie des richesses du pays, diamant, or et bois. Ils auraient même réussi, dans le courant du mois de mars, à parvenir à moins de dix kilomètres de Monrovia. Mais les inquiétudes de Taylor ne s’arrêtent pas à l’avancée irrésistible de la rébellion. Il y a d’abord qu’il court l’immense risque de connaître le même sort que le président déchu de la Centrafrique, Anges Félix Patassé. En effet, à la tête du Lurd se trouve une vieille connaissance de Taylor, le général John Tarnue. Vieux compagnon de l’homme fort de Monrovia, le général John Tarnue s’occupait de la formation des combattants du NPFL de Charles Taylor, pendant les sept années de guerre civile, et demeure, à ce jour, l’un des rares officiers supérieurs de l’armée libérienne à avoir été militairement formé aux Etats-Unis. C’est donc son ancien stratège militaire que Taylor retrouve en face, du côté du Lurd. Et la tactique actuelle de la rébellion ne vise qu’un but : encercler Monrovia, où vit, reclus, Taylor au milieu d’une garde pléthorique, et mettre la pression sur le pouvoir central. Surtout que la rébellion menée par le Lurd occupe déjà l’ouest du pays. Pour Taylor, l’offensive actuelle lancée par son armée contre la ville de Gbarnga (son ancien fief) est donc cruciale. D’une part, la réussite de cette offensive lui permettra de reprendre le dessus sur la rébellion et de préserver son pouvoir. D’autre part, un échec ne fera que sonner le glas pour un pouvoir menacé depuis plusieurs années maintenant et fragilisé par l’embargo international. Il y a ensuite la guerre dans l’ouest de son voisin, la Côte d’Ivoire, qui a mis en scène les factions rivales du Libéria. Tandis que la rébellion ivoirienne bénéficie de l’appui de combattants libériens pro-Taylor, l’armée régulière, elle, s’appuie sur les éléments opposés au chef de l’Etat libérien pour se débarasser d’un voisin qui sert, plus ou moins, de base arrière à la rébellion ivoirienne du côté ouest. Cette situation fait que Taylor est obligé pendant qu’il combat sa rébellion interne d’avoir un œil sur sa frontière avec la Côte d’Ivoire afin d’éviter toute mauvaise surprise. Surtout que d’autres fronts ont été ouverts récemment sur la frontière avec son voisin ivoirien. Et, sans donner une date précise, le Lurd menace de lancer une grande offensive sur Monrovia afin de précipiter la chute du régime de Charles Taylor. Par ailleurs, pour en rajouter aux soucis de Taylor, un nouveau groupe rebelle a émergé à l’est du pays tout juste à la frontière ivoirienne. Lourdement armés, ces nouveaux rebelles ont, en une semaine, pris le contrôle de la majeure partie de l’est du Liberia, mettant en déroute l’armée gouvernementale. Remake du scénario ivoirien ? En attendant, cet état de guerre perpétuel n’a fait que plonger le Libéria dans une crise économique et humanitaire aiguë. En 2002, le produit intérieur brut réel n’a fait que diminuer. L’extension des hostilités a retenti sur la production de caoutchouc, de bois d’œuvre et de diamants. Principales ressources naturelles du Libéria. En 2001, la production de cacao n’avait pas dépassé 270, 6 millions de Fcfa, et celle de café 15, 840 millions de Fcfa. En 2002, les exportations de caoutchouc n’auraient pas dépassé 9, 180 millions de Fcfa. Des chiffres dérisoires qui traduisent bien le marasme économique dans lequel baigne le Libéria depuis qu’il est entré dans le cycle infernal de la guerre. Quant à la population active, près de 85 % est touchée par le chômage. Dans les faits, le Libéria n’est plus qu’un pays en lambeaux, en pleine déliquescence sur tous les plans. Et face aux différents mouvements rebelles qui ne veulent rien d’autre que sa peau, Charles Taylor a bien des soucis à se faire. Menacé par les avancées de la rébellion et voué aux gémonies par l’opinion internationale qui lui colle l’étiquette peu reluisante de déstabilisateur de la sous-région ouest africaine, Taylor joue actuellement sa survie sur tous les plans.

 

MALI

L’OR BLANC DANS LA TOURMENTE

La filière cotonnière retrouvera t-elle son lustre d’antan ? Le Mali retrouvera t il le niveau de production qui faisait de lui l’un des exportateurs clé de l’or blanc au sud du sahara ? Difficile de répondre à toutes ces questions tant la filière cotonnière a été soumise à rude épreuve à travers le long processus qui doit conduire à sa libéralisation, sur injonction des bailleurs de fonds

e coton est depuis quelques temps, au Mali, au centre de toutes les préoccupations. Menace de grève des producteurs directs et des syndicalistes, coup de gueule, bras de fer sont autant de manifestation de la profonde crise qui secoue depuis près de deux ans la filière cotonnière, l’une des mamelles de l’économie malienne. D’ou l’hostilité initiale des autorités et des syndicats à ce que ces derniers ont qualifié de « privatisation sauvage » de la compagnie malienne de développement des textiles (CMDT). Le coton est en effet la première culture et le premier produit d’exportation. Il représente selon nos sources 10% du produit intérieur brut (PIB) du secteur primaire et près de 58% des recettes d’exportation. Cultivé dans le sud et dans l’ouest du pays, le coton qui occupe environ 2 millions de paysans couvre 151 000 KM2. Il est principalement l’affaire de la CMDT dont le capital, 32, 5 milliards FCFA, se repartit comme suit : 60% pour l’Etat malien contre 40% pour la Compagnie Française pour le développement des textiles (CFDT). Les scandales financiers au sein de la CMDT, conjugués à la baisse drastique des cours consécutifs aux subventions aux producteurs américain et européens de coton, ont remis à l’ordre du jour la lancinante et controversée question de la privatisation de la CMDT présentée comme l’une des principales responsables de la crise de la filière au Mali. Et pour cause selon nos sources, le manque à gagner pour l’Etat s’élevait il y a deux ans à 100 milliards F CFA quand le déficit de la CMDT était pour sa part de 4 milliards en 2001. Obéissant aux injonctions des bailleurs de fonds, le Mali s’est donc résolu à privatiser la CMDT ce qui présuppose un plan de restructuration. Environ 700 employés sur un total de 2000 ont perdu leur emploi pour permettre à la filière cotonnière d’être désormais plus dynamique et bénéfique que jamais. 8,5 milliards F CFA, c’est la somme nécessaire pour indemniser totalement ces employés saisonniers ou agents permanents qui ont accepté de se faire hara kiri.
A peine le dédommagement a t il commencé que les maliens se surprennent déjà à rêver à la grande époque ou leur pays était le premier producteur de coton au sud du Sahara avant d’enregistrer une baisse de près de la moitié de sa production. Pour la campagne 2002/2003, ce sont en effet environ 600 000 tonnes de production qui étaient attendues. Il va sans dire que la crise politico militaire ivoirienne pourrait perturber quelque peu les projections et surtout influer gravement sur la commercialisation du coton.
Avec la morosité des cours on peut donc dire que la fin du tunnel n’est pas pour bientôt pour l’or blanc qui file plutôt du mauvais coton.

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