Ouest Afrique Economie

N° 08 juin 2002

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Rencontre

par Koné Soungalo

ZEHI Sébastien ( Directeur général de la poste de Côte d'Ivoire) :

" NOUS VOULONS RETABLIR L’EQUILIBRE FINANCIER "

Congrès de l’Union postale universelle, vaste programme de réforme de la poste ivoirienne : ce sont là deux évènements majeurs qui placent forcément cette poste sous les feux des projecteurs. Pour en savoir davantage, nous avons rencontré M. ZEHI Sébastien directeur général de la poste de Côte d’Ivoire.

Ouest Afrique Economie : Quelle est la situation financière de la poste aujourd’hui ?
ZEHI Sébastien : Elle est celle que nous avons connu à notre prise de fonction il y a trois mois. Nous ne pouvons donc pas véritablement parler de cette situation financière en termes de réalisation. Par contre en termes de prévision nous pouvons dire que notre budget s’équilibre en dépenses et recettes à 16 milliards FCFA.

O. A. E :
Si Vous n’êtes pas comptable de la situation que vous avez trouvée , vous pouvez tout de même nous dire quelques mots sur la trésorerie ?
Z. S : la poste se caractérise par une situation de déficit structurel. C’est un service public de l’Etat qui l’utilise comme un instrument de lutte contre la pauvreté tant et si bien que la poste est présente autant dans les zones rentables que celles qui le sont moins. A près de 60%  de nos installations à l’intérieur du pays nous sommes déficitaires. Notre mission est de lutter contre ce déséquilibre financier structurel. Pour cette année 2002 nous comptons réaliser l’équilibre.

O. A. E :
Quels sont les moyens dont vous disposez pour y arriver et mettre la nouvelle poste sur les rails ?
Z. S : Il y a d’abord les produits traditionnels et ceux de partenariat. Mais, il faut le dire, ils ont toujours existé. Ce qui a manqué, c’est ce que vous leur apportez aujourd’hui vous en tant qu’organe de communication parce que ces produits n’ont pas fait l’objet de diffusion ou de promotion suffisante auprès de la clientèle. Nous nous emploierons à vulgariser nos produits , les porter devant la clientèle. S’agissant des produits de partenariat ( carte prépayée, journaux ), il faut également agir autrement. Nous voulons avoir nos kiosques postaux, nous voulons à certains endroits, notamment à l’aéroport, continuer à être à la disposition de la clientèle en dehors des heures classiques d’ouverture. Dans les grands bureaux de poste nous avons également à présent une permanence le samedi qui nous permet d’avoir des recettes additionnelles. Toutes ces actions ont été soutenues par des actions de communication intense. Par ailleurs avec l’élément modernisation qui est devenu l’une de nos priorités nous allons installer dans nos bureaux des câbles d’Internet et des cyber poste. Ce sont autant d’éléments qui nous permettent d’espérer en l’avenir.

Functional data of kiev hotels such as email with telephone number of art-hotel

O. A. E : Que vous rapporte concrètement ces partenariats et ne vous éloignez vous pas de votre activité traditionnelle ?
Z. S : Cela ne nous éloigne pas du tout dans la mesure où les partenariats viennent en plus de notre activité traditionnelle. Une entreprise aujourd’hui ne peut vivre de façon pérenne qu’à travers les alliances et les partenariats. C’est ce que nous faisons. Mais il faut retenir que nous percevons une commission sur la vente des cartes et des journaux. D’autre part, au delà de ce que nous rapporte ces partenariats, il y a le fait que nous voulons donner une nouvelle image de la poste et augmenter le taux de fréquentation, de nos espaces postaux.

O. A. E :
Quels sont les principales sources de recettes de la poste ?
Z. S : Les produits phares qui contribuent à accroître les recettes de la poste sont constitués d’abord par les taxes de correspondance postale notamment le timbre et la machine à affranchir. Cette dernière permet aux entreprises de ne pas se déplacer jusqu’au bureau de poste mais de procéder à l’affranchissement de tous leurs envois. Cette machine est également un instrument d’action publicitaire dans la mesure où sur l’oblitération on peut mettre des messages publicitaires. Une autre recette sûre, c’est la boîte postale. Elle nous rapporte un peu plus de deux milliards par an. Elle est mise tant à la disposition des particuliers que des entreprises pour des coûts différents.

O. A. E :
Quel est à ce jour le parc de B P ( Boîte Postale ) ?
Z. S : Nous en avons à peu près 150 000. Le besoin existe et nous allons procéder à l’extension du réseau postal, et à l’accroissement du potentiel boîte postal. Nous avons commencé l’extension. Bientôt nous aurons à Abidjan 01 qui est la grande poste, 17 500 nouvelles boîtes postales.

O. A. E :
Est-ce par omission que vous n’avez pas cité le mandat poste au chapitre des ressources ou parce que ce produit est déficitaire ?
Z. S : Le timbre poste et la boîte postale font partie des recettes budgétaires c’est à dire des ressources propres de la poste et donc non susceptibles de transferts vers d’autres destinations en termes de partage de gain. Ce n’est pas le cas du mandat qui est une recette de trésorerie de passage à la poste pour d’autres destinations. Le mandat est d’une très grande utilité parce qu’il nous offre une marge de manœuvre efficace pour faire face à nos charges. Le mandat nous permet donc de juguler un certain nombre de problèmes mais il crée aussi des relations de dettes – créances avec les autres administrations postales. Il reste l’élément service financier de la poste.

O. A. E :
A propos de services financiers, quel est l’impact sur la poste, de la transformation de la caisse d’épargne et des chèques postaux en une structure autonome ?
Z. S : La CECP  était à côté du mandat, l’un des services financiers de la poste. Elle a été érigée en une société d’Etat pour bien discriminer les fonds selon les arguments avancés. Les flux financiers générés par la CECP devaient être séparés des flux financiers générés par les autres produits classiques de la poste afin que les avoirs des déposants ne viennent pas financer les dépenses de structure. Cette séparation est une première au monde. Il y a la Belgique qui a donné le ton mais dans la mesure où nous ne percevons pas de loyer mensuel pour l’hébergement de la CECP, nous demeurons le seul pays au monde à avoir fait des services financiers de la poste une structure autonome. On a l’impression que c’est regrettable pour la poste pourtant nous ne nous en préoccupons pas outre mesure parce qu’il y a des actions propres à la poste qui méritent d’être soulignées.

O. A. E :
De quels atouts dispose aujourd’hui la poste pour tenir la dragée haute à des concurrents divers tels que Western Union, DHL, Aviso ?
Z. S : Nous avons des atouts ; Mais il faut d’abord hiérarchiser ces concurrents et en montrer les vrais. Nous sommes aujourd’hui avec Western Union. Dès lors, pour nous cette société n’est plus véritablement un concurrent. DHL intervient sur l’espace du courrier à hauteur de 2000 g. La Côte d’Ivoire a toléré que cette société s’installe parce quez la messagerie, les documents pour l’acheminement desquels elle est compétente ne rentre pas dans le monopole postal qui constitue une protection de la poste pour un certain nombre d’envois limité à 2000 g. Dans ces conditions là on ne peut pas non plus dire que DHL est véritablement un concurrent. Nous devons peut-être les imiter dans un certain sens du moins pour ce qui est de la qualité de prestation. Le domaine sur lequel intervient DHL c’est le colis. En ce sens, le colis qui est le maillon faible de nos activités peut être bonifié si nous signons un partenariat avec DHL. Par ce biais nous allons battre en brèche toutes les possibilités de concurrence pour aller de l’avant avec des arguments de ceux qui hier pouvaient être considérés comme nos concurrents. Par contre en prenant le courrier électronique on peut relever de la concurrence. Le timbre poste, le produit leader, connaît une baisse de la courbe des ventes parce que les gens n’écrivent plus comme par le passé à cause justement du courrier électronique. Nous n’allons pas pleurer sur notre sort. Il faut trouver les mêmes arguments que les autres tels que Aviso pour essayer de prolonger la fonction du timbre poste, parce que tout compte fait le courrier électronique reste du courrier. Il reste que, nous à la poste, nous prenions une part active à la mise en place du courrier électronique. Nous pouvons le faire nous même mais également en signant des partenariats. Il y a déjà un certain nombre de partenaires qui nous ont approché pour que la poste elle aussi aie son réseau de courrier électronique. Nous allons commencer par installer dans nos espaces des cyber poste pour que les clients qui ne veulent pas utiliser le timbre poste utilise ce créneau là pour communiquer. Nous sommes conscients du problème. Pour cet exercice 2002 il y aura 2 ou 3 cyber poste et chaque année nous entreprendrons des actions dans ce sens.

O. A. E :
Dans un environnement marqué par les nouvelles technologies de l’information et de la communication, quel est l’avenir de la poste ?
Z. S : Nous épousons notre temps et comme je l’ai dit tantôt nous allons procéder à la modernisation. L’une des innovations que nous introduirons incessamment c’est le mandat électronique. Dans ce sens, une fois que le dépôt est fait le correspondant qui est par exemple à Bouaké peut entrer en possession de la somme dans les minutes qui suivent. Et ça par le biais de l’informatisation. Donc nous avons sélectionné 40 bureaux de poste qui seront informatisés. Toutes les prestations à ces guichets se feront par ordinateur pour que le délai d’attente soit minoré. C’est dire que nous sommes partie prenante aux NTIC. Nous avons en ce sens participé aux journées des télécommunications. La poste sera présente partout où la qualité l’appellera.

O. A. E :
Quels sont les grands axes de la reforme engagée par la direction générale de la poste ?
Z. S : La reforme est véritablement engagée. Nous avons un département communication animé par des professionnels, pour la vulgarisation de toutes nos actions. IL faut aussi souligner la modernisation à travers l’informatisation et le jeu de partenariat. Par exemple pour le produit Western Union nous sommes aujourd’hui en position de sous agent. Nous voulons désormais être agent c’est à dire être les correspondants directs de Western Union depuis les Etats Unis en passant par la France. Cette société marche essentiellement par le biais de l’informatisation. Nous allons faire en sorte d’avoir notre réseau. C’est donc un ensemble d’actions qui vont nous aider à minorer nos charges tout en accroissant nos recettes.

O. A. E :
Quels sont les obstacles majeurs au développement de la poste ?
Z. S : Les difficultés viennent de la réaction lente voire souvent inexistante de l’Etat dont nous sommes pourtant le prolongement. Le service public a un coût qui se chiffre à trois milliards Fcfa qui devraient être couverts par celui là même pour lequel nous agissons c’est à dire l’Etat. Ce dernier ayant des difficultés, c’est donc à nous d’asseoir des méthodes pour rentabiliser au mieux les espaces rentables et absorber le déficit.

O. A. E :
Quels sont les enjeux du congrès de l’Union postale universelle pour la Côte d’Ivoire et la poste ivoirienne ?
Z. S : Le congrès de l’UPU est un événement mondial. Depuis 1934 ( date à laquelle l’Egypte a organisé le congrès de l’UPU ), tous les congrès se sont tenus dans des pays développés ou en tout cas hors du continent. C’est donc là le premier enjeu. Nous aurons près de 3000 délégués en provenance de toutes les régions du monde pour ce congrès qui se tient tous les cinq ans. Trois semaines durant, il y aura du tourisme de la restauration etc. C’est toute l’économie du pays qui va y gagner. D’autre part, le pays qui abrite le congrès de l’UPU assure pendant les cinq ans qui suivent la présidence du conseil d’administration de cette union. C’est vrai que les défis sont énormes et les difficultés, réelles. Mais le jeu en vaut la chandelle. L’une des premières conséquences c’est la mise à niveau de la poste qui est devenue un des centres d’intérêt de l’Etat.

O. A. E :
Les prix pratiqués par la poste ne vous paraissent-ils pas prohibitifs par rapport aux nombreux avantages qu’offrent les NTIC ?
Z. S : L’augmentation des tarifs à la poste se fait par principe tous les cinq ans. De 95 à 99, il devait y avoir une augmentation qui a du reste été autorisée. Elle n’a toutefois pas eu lieu à cause de la crise socio politique. C’est dire que nos coûts sont les moins chers sur la place et qu’ils sont largement compétitifs. Quant au courrier électronique qui présente des avantages certains, nous allons en faire après avoir étudié les coûts pratiqués dans les cybercafé.

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