Ouest Afrique Economie

N° 08
Juin 2002
Le numéro actuel

A la uneLa Lettre de l'Editeur
Profils
H.E.S.
Perspectives
Le Dossier
Rencontre
Gros Plan
Tisserands
Géo - Économie
Espaces Économiques
Ecothèque


Forum de discussion Notre Journal
Publicité

Espaces Économiques

par Koné Soungalo et Ahoussi Pothin

LIBERIA

JUSTE AVANT LE CHAOS ?

Dangereusement déstabilisé par la guerre, les échanges de diamants de contrebande et les sanctions économiques internationales, le Liberia plonge, à nouveau, dans un profond marasme, et la hantise des quatre ans de guerre civile ) ressurgit.

Après quelques années d’une relative stabilité, la guerre civile resserre son étau sur le Liberia. Le régime de Charles Taylor, président élu “ démocratiquement ” en août 1997, est aujourd’hui la cible des attaques de factions rebelles. L’ultime objectif de ces dernières étant la chute du régime actuel en place à Monrovia. Le Nord du pays, en particulier, est en proie à une grande confusion due aux nombreuses batailles sanglantes qui s’y déroulent entre les rebelles et l’armée régulière. Des agglomérations comme Sawmill et Tubmanberg sont quasiment vidées de leur population. Mais si les jours du pouvoir Taylor semblent ainsi compter, cette perspective est loin d’augurer de lendemains meilleurs pour un pays à l’économie exsangue voire au bord de l’asphyxie. Principale ressource économique du pays avec 30 % du budget national, le bois n’arrive plus à soutenir la balance économique. 28 % du budget de l’Etat étant consacré aux services de la présidence alors que la santé et l’éducation ne recueillent que 9 % et que les salaires des fonctionnaires ont plusieurs mois de retard. Quant au revenu par habitant, il n’est que le tiers de ce qu’il était avant la guerre. En ce qui concerne les mines et l’industrie, c’est un secteur réduit à sa plus simple expression. La guerre a détruit beaucoup de mines de fer ainsi que les voies ferrées qui les reliaient au port ; les réserves sont aussi quasiment vides. Conséquence du régime de sanctions voté le 7 mai 2001 par l’ONU, et comprenant un embargo sur le diamant, principal ressource du pays à l’exportation. L’industrie manufacturière n’est pas logée à meilleure enseigne avec seulement quelques entreprises (Firestone, Coca Cola, cimenterie, brasserie) qui bravent les dangers de la guerre qui refait surface ; la compagnie nationale de raffinage, de son côté, ne s’est toujours pas remise des dommages subis pendant la guerre civile de 1989-1997. Avec ses 3 044 050 habitants, le Liberia présente aujourd’hui le visage d’un pays qui court au chaos, abandonné de tous et livré aux effets néfastes de la guerre. Les investissements étrangers (en milliards de dollars) sont passés de 0, 015 en 1997 à 0, 010 en 1999. La même année, son PNB était classé 178e/226 et son PNB/habitant, 212e/226. Monrovia, la capitale, n’est pas reconstruite. C’est plutôt un vaste égout à ciel ouvert où moins d’un habitant sur dix a accès à l’eau courante et à l’électricité. Les maladies s’y développent quant le principal hôpital a dû fermer depuis décembre 2000. Que seront les lendemains du régime Taylor ? Pour le Liberia, le bout du tunnel est, de toute évidence, loin d’être atteint. La récente reconduction de l’embargo sur la vente d’armes et l’exportation de diamants, de même que l’interdiction de voyage à l’étranger de Charles Taylor et des membres de l’appareil exécutif par le Conseil de sécurité des Nations unies n’a fait qu’amplifier l’isolement diplomatique et économique du Liberia.
Quel que soit le prochain occupant du fauteuil présidentiel, l’ancienne terre d’occupation des “ Noirs libres ” venant des Etats-Unis fondé en 1821 par l’American Colonization Society, sera un pays à reconstruire au milieu de tous les périls.

SIERRA LEONE

APRES LES ELECTIONS…

Petit pays d’Afrique occidentale formé d’un plateau granitique, la Sierra Leone sort timidement de près de dix années de guerre civile. Une véritable tragédie meublée de viols, de pillages, de mutilations sur fond de trafic de diamant orchestré par le Front révolutionnaire unifié (RUF), principal force rebelle. Dix ans après, le pays vient de vivre ses premières élections pluralistes. Mais avec quelle finalité ?

Avec les premiers scrutins présidentiel et législatif de l’après-guerre, la Sierra Leone se surprend à rêver de paix. Mais si de toute évidence, le président Ahmed Tejan Kabbah a tiré un dividende de cette aspiration à la paix des sierra léonais en remportant la présidentielle avec 70,6 % des voix, et si, par ailleurs, de l’avis de nombreux spécialistes, la croissance et le développement économique de la Sierra Leone sont entièrement tributaires du rétablissement de la paix, les jeux sont loin d’être faits. Et pour cause ? Depuis son accession au pouvoir, le 29 mars 1995, Ahmed Tejan Kabbah n’a pas réussi à faire taire les suspicions et les rancœurs qui fourmillent au sein de la classe politique de son pays. Même si l’arrestation de l’ex-dirigeant du Front révolutionnaire uni (RUF), Fodé Sankho, a créé un mouvement de sympathie pour sa personne au sein de la population. De fait, pour nombre d’acteurs politiques sierra léonais, les élections du 14 mai dernier n’auront servi qu’à légitimer le pouvoir du président sortant. Mettant du coup, d’une part en doute la crédibilité de celles-ci, et d’autre part en évidence la fragilité d’une situation socio-politique incertaine. La Sierra Leone, par ailleurs, qu’on le veuille ou non, demeure une véritable poudrière prête à exploser à la moindre étincelle. Et ce ne sont pas les 47 596 combattants des différentes factions démobilisés ou les 14 436 armes encore moins les 1,3 millions de pièces de minutions récupérées, selon des statistiques de la Mission des Nations unies en Sierra Leone (Minusil), qui confirmeront le contraire. Fodé Sankho est certes derrière les barreaux mais Johnny Paul Koroma, ancien chef de la junte militaire habitué des retournements d’alliances pendant la guerre civile, est là tout comme Ernest Koroma, chef du Congrès populaire (APC), qui a gouverné le pays pendant 24 ans, et crédité de 22,35 % des suffrages lors de l’élection présidentielle. Sans oublier le RUF, dirigé aujourd’hui par Almany Paulo Bangura, et ses milliers de combattants démobilisés mais non encore intégrés dans l’armée régulière. De fait, organisées quelques mois seulement après la fin de la guerre civile sur fond de suspicion, les dernières élections d’après-guerre de la Sierra Leone ont tout l’air d’une bombe à retardement. En effet, peut-on panser les plaies encore béantes de dix ans de guerre civile atroce sur la base d’élections pluralistes fussent-elles libres ?
Hormis ces interrogations d’ordre purement politique, il ne faut pas oublier que la Sierra Leone sort aussi de ces dix années de guerre avec une économie sinistrée et une population fortement paupérisée. Pas de round d’observation donc pour l’ancien-nouveau président élu, Ahmed Tejan Kabbah. Il lui reste maintenant à remettre sur les rails, le plus tôt possible, une économie ravagée par dix ans d’une des plus sanglantes guerres civiles d’Afrique et à rendre effectif son désir de ne plus voir un sierra léonais mourir de faim, d’ici cinq années. A moins de vouloir faire le lit à ses adversaires qui ne se priveront pas de jouer sur le terrain des remous sociaux pour ébranler son régime. Certes, il est vrai que la communauté internationale a laissé entrevoir une éclaircie en septembre 2001, avec l’octroie d’un prêt de près de 125 milliards de Fcfa sur trois ans par le FMI, dans le cadre de la Facilité pour la réduction de la pauvreté et d’encouragement de la croissance (FRPC). Mais à l’image d’une goutte d’eau dans la mer, ce prêt est loin de combler les attentes de l’économie de la Sierra Leone. Avec 42,6 % au niveau des secteurs d’activité, l’agriculture, malgré le bon potentiel agricole du pays, est aujourd’hui anéantie. Les terres cultivées ne couvrent plus que 1 % du territoire et la production a chuté de 50 %. Si bien qu’en 2001, le Programme alimentaire mondial (PAM) prévoyait de distribuer plus de 50 000 tonnes de nourriture à environ 544 000 personnes. De 1997 à 2000, l’indice de production agricole est passé respectivement de 10,2 millions de tonnes à 79,1 millions de tonnes. Quant au secteur minier, il n’a pas été non plus épargné par la guerre. Objet de toutes les convoitises, le diamant sierra léonais pèse de tout son poids sur le destin du pays en alimentant la guerre. A la fin des années 70, la production officielle de gemmes atteignait 1 million de carats par an et assurait 75 % des recettes d’exportation. Aujourd’hui, 80 % des ressources sont exploitées par les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) , et la production officielle n’est plus que de 200 000 carats. Par ailleurs, de 160 dollars en 1997, le Produit national brut (PNB) par habitant a chuté à 131,6 dollars en 2001. Faisant du coup de la Sierra Leone le pays le plus pauvre de la région. Un pays qui, peut-être, méritait une meilleure stabilité sur les plans politique, économique et social avant de s’offrir le luxe d’organiser des élections pluralistes même si la marche vers la paix passe par là. D’ailleurs, la voie en est-elle prise avec les premières consultations électorales pluralistes du 14 mai dernier ? Difficile d’opter pour un optimisme à toute épreuve. Car le pays demeure encore très fragile. La population, elle, attend de voir ses conditions de vie améliorées. Pour Ahmed Tejan Kabbah, il s’agit donc de faire maintenant de cette victoire électorale le socle d’une paix durable en évitant de s’en servir pour humilier ses adversaires d’hier. En particulier, le RUF qui avait déclenché la guerre en mars 1991, et qui pour les besoins de la cause s’est transformé en parti politique pour n’obtenir que 1,7 % des suffrages lors de la présidentielle. Sans oublier les nombreux défis économiques qui l’attendent et qui ne peuvent être différés.

MALI

CE QUI ATTEND ATT

Elu le 12 mai dernier à la magistrature suprême du Mali, le général à la retraite Amadou Toumani Touré aura fort à faire face à l’ampleur de la tâche.

Présenté comme l’un des trois favoris dans la course au fauteuil de Alpha Oumar Konaré, le président malien sortant, Amadou Toumani Touré (ATT) va pouvoir enfin réaliser pour son pays ce dont il a longtemps rêvé. Lui qui pendant dix ans s’est investi dans l’humanitaire méprisant dans une certaine mesure l’arène politique, peut désormais élargir son champ d’action. Mais la tâche ne sera pas facile. De véritables travaux d’hercule attendent ATT qui n’aura pourtant pas droit à l’erreur. Et pour cause, il incarne pour beaucoup de maliens, l’homme providentiel capable de réaliser le miracle, le second après avoir volontairement remis le pouvoir aux civils démocratiquement élus en 1992.
Et portant redonner l’espoir perdu aux maliens ne sera pas une mince affaire. Tant s’en faut. Les conditions dans lesquelles il prend les rênes du pays ne lui faciliteront pas la tâche. Crise de l’école caractérisée par la succession des grèves des enseignants et des élèves avec pour conséquence des années blanches ou invalidées, c’est l’un des chantiers que devra affronter ATT. Le coton, principale source de devises du pays traverse une mauvaise passe due à la crise qui secoue la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT) mais aussi à la mauvaise conjoncture internationale de la filière cotonnière. Sur la question, avant même son investiture, ATT a annoncé la tenue de deux journées d’études pour faire le point sur cette société. D’autre part, le Mali, l’un des pays les plus pauvres de l’Afrique de l’Ouest avec une dette estimée à 3,3 milliards de dollars et un produit national par habitant (PNB/hbt) de l’ordre de 240 dollars est confronté à un pauvreté sans cesse grandissante. Selon certaines sources, le Mali, considéré comme pays à faible revenu faisant partie des 44 les moins avancés de la planète compte aujourd’hui environ 70% de pauvres contre 50% il y a 10 ans.
Il s’agira donc pour le président malien de réduire sensiblement cette pauvreté en luttant notamment contre le chômage une autre plaie. A cela il faut ajouter la corruption très visible en ville.
Ce sont là autant de défis à relever si le « vagabond de l’humanitaire » qui a du reste joué les bons offices dans bien des crises internes (rébellion touareg) et externe, ne veut pas essuyer la fronde des populations de plus en plus rongées par l’impatience.
Il pourra tout de même compter dans un premier temps sur leur soutien et celui de toutes les formations politiques avec lesquels il entend travailler sans exclusive. Le fait pour lui de n’appartenir à aucun parti, peut en effet se révéler un atout de taille. A condition toutefois, qu’en fin stratège, le militaire à la retraite sache manœuvrer.

 

Réagir à cet article

Top



Liens utiles Contacts

   
Ouest Afrique Economie List Our partners A

ouestafriqueeconomie.com v 4_3