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N° 08 juin 2002

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par Koné Soungalo

AGRICULTURE

LES PRODUCTEURS FILENT DU MAUVAIS COTON

La filière coton traverse une période d’incertitude. Les cours dégringolent pour diverses raisons. Et les perspectives pour les producteurs ouest africains en l’occurrence ceux de l’espace UEMOA, ne sont guère reluisantes. On s’active comme on peut pour sauver l’or blanc.

research paper, so.

ource de devises pour la majorité des populations des régions des savanes des pays de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA), l’or blanc est dans une mauvaise passe. L’ampleur de la crise de la filière est telle que le 1er mars 2002, à l’initiative de la Banque ouest africaine de développement (BOAD), s’est tenue le 2 février dernier à Lomé une rencontre au sommet des pays de l’UEMOA. Et pour cause cette culture industrielle représente la première recette d’exportation pour nombre d’entre eux. Le Bénin le Burkina la Côte d’Ivoire le Mali, Le Sénégal et le Togo sont autant de pays qui, à des degrés divers, dépendent de la culture du coton.
Au Bénin le coton est la principale culture industrielle. Elle occupe, selon nos sources, 300 000 exploitants et représente 90% des recettes d’exportation du pays. Pour la campagne 2000-2001 c’est 336 559 tonnes de coton qui ont été produites contre 362 170 lors de la campagne précédente. Les niveaux de production dans les autres pays ne sont pas moins importants nonobstant une légère baisse ici et là consécutive à la morosité du marché.
Si la production au Togo et au Sénégal ne dépasse guère 25000 tonnes, il en va autrement au Burkina, en Côte d’Ivoire et au Mali où elle est respectivement de 275 000 tonnes, 359 000 tonnes, 242 000 contre 459 000 tonnes pour la campagne 99/2000. Soit une baisse de 47,3% de la production pour ce dernier pays.
On relève qu’au Bénin et au Mali, les principaux producteurs de coton de la zone UEMOA, la production a enregistré une baisse due à la baisse du prix d’achat du kilogramme de coton graine aux paysans. Cette tendance baissière pourrait se poursuivre et faire du reste tâche d’huile si l’environnement mondial du coton ne s’améliore pas. En effet les informations en provenance des marchés mondiaux n’incitent guère à une augmentation de la production. Dans son analyse prospective de la filière cotonnière, le CIRAD, l’organisme scientifique français spécialisé en agronomie tropicale révèle en 2001 : « la situation du marché mondial du coton est inquiétante et plusieurs facteurs structurels ne poussent pas à l’optimisme. L’avenir du coton est donc menacé dans les pays de l’UEMOA où cette culture représentait jusqu’à une date récente 60% des recettes d’exportation. Les cours du coton fibre sont en chute libre passant de 1000 FCFA à environ 500 FCFA.
Cette situation fortement préjudiciable pour les économies de la sous région trouve son explication dans la surproduction chronique constatée ces dernières années. La production mondiale est en effet estimée à 20,4 millions de tonnes, en raison d’une part de l’augmentation des surfaces cultivées et d’autre part des pluies opportunes en Chine et aux Etats Unis. Selon Nos sources, ces deux pays devraient produire respectivement 4,70 millions de tonnes et 4,20 millions de tonnes alors que la consommation mondiale dans le même temps devrait pour sa part enregistrer une baisse. Consécutivement, la baisse des cours devrait se poursuivre comme la FAO le redoute.
L’industrie cotonnière mondiale est surtout perturbée par l’augmentation de la production dans les pays à forte subvention tels que les Etats Unis et l’Europe. C’est en effet les politiques de subvention et d’aides massives des pouvoirs publics du Nord envers leurs agriculteurs qui a provoqué l’effondrement des cours. En Europe, les mécanismes de la politique agricole commune (PAC) permettent de garantir les prix aux producteurs. «  Ainsi le producteur européen peut vendre son coton à un prix stabilisé qui le met à l’abri des fluctuations dommageables des cours ».
Aux Etats Unis, premier exportateur mondial de coton, le scénario est le même. A travers un jeu d’aides directes et indirectes la culture du coton est fortement subventionnée. D’où l’enthousiasme des paysans. Ainsi en 2000 le montant des aides et subventions des Etats Unis à leurs producteurs de coton s’est élevée à 4,2 milliards de dollars.
Dans de telles conditions, les paysans européens et américains, sûrs de vendre leur coton, produisent énormément et inondent le marché alors que la demande est en baisse. La chute des cours est dès lors inévitable. Au grand dam des pays du Sud en général et de l’UEMOA en particulier qui ont décidé d’agir car ayant pris « la mesure de la profondeur et de la gravité de la crise qui frappe la filière par la suite de la politique de subvention de certains pays producteurs et de la concurrence de fibres synthétiques de plus en plus performantes »
Dans la déclaration qui a sanctionné leurs travaux, les participants à la réunion de concertation sur la filière coton dans l’UEMOA « invitent la commission de l’UEMOA en s’appuyant sur les gouvernements des Etats membres à demander la suppression par certains Etats des subventions accordées à leur filière cotonnière ou la mise en place de mécanismes compensatoires en faveur des producteurs cotonniers dudit espace ».
« Soutenir ensemble le développement harmonieux de la filière coton, dans les pays de l’UEMOA », c’est l’intitulé de cette déclaration ponctuée d’actions ou résolutions censés juguler la crise.
En attendant les pays continuent de filer du mauvais coton. Et peut-être pour longtemps eu égard à l’intérêt de plus en plus affiché pour la fibre synthétique.

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