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N°
08
Juin 2002
Le numéro actuel
 



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par
Ibrahim Sy Savané
AFRIQUE ET CORÉE DU SUD
LA FAUSSE COMPARAISON
u
moment où le monde entier a le regard rivé sur la Corée,
il est intéressant de revenir sur quelques idées reçues
qui tendent, depuis des décennies, à comparer ce pays à
la reussite exceptionnelle avec les pays africains. Toutes les démonstrations
aboutissent au constat suivant : alors quelle se situait au
même niveau que les pays africains dans les années 60, la
Corée a accédé au statut de pays développé
en un temps record. Ce qui somme toute, est vrai. Mais à y regarder
de plus près, on perçoit vite que comparer lAfrique
et la Corée, cest prendre un raccourci.
Hommes politiques ou daffaires, ainsi que les chercheurs et autres
journalistes ne sen privent pas. Comparons donc, pour voir, les
différences du contexte qui a amené les plus puissants pays
du monde à se coaliser en faveur de la Corée, considérée
tout à la fois comme verrou stratégique dans la grande compétition
Est-Ouest et comme une brillante vitrine destinée à démontrer
catégoriquement la suprématie économique et sociale
du bloc occidental. Ce nest pas minimiser le mérite personnel
de la Corée quand on rappelle que ce pays est, depuis la fin de
la deuxième guerre mondiale, lun de ceux dont la survie physique
a nécessité une implication denvergure des Etats-Unis
dAmérique.
Beaucoup plus récemment, lintervention massive
et surtout très rapide des institutions financières sous
limpulsion des mêmes grandes puissances, a contribué
à sauver la Corée de la banqueroute. Tant mieux pour tout
le monde. Hier enjeu géostratégique majeur, ce pays est
aujoudhui un important maillon de la géoécononomie
dont le fonctionnement en réseau impose une solidarité obligatoire
à tous ses membres. Si la Corée, un des modèles aboutis
de léconomie « cybernétique »
se désagrège ou plus simplement saffaisse, londe
de choc atteindrait toute lAsie, lAmérique mais aussi
lEurope. Il ne faut pas donner, en effet, de contre-exemple à
la Chine qui alterne petits bonds en avant réformistes, assez audacieux
et lenteurs calculées sur le chemin du libéralisme. Sauver
la Corée a toujours été une obsession dans la mesure
où cela revient à sauvegarder toutes les promesses asiatiques.
Au bout du compte, diverses interventions ont ainsi permis,
il y a quelques années, de mobiliser près de 60 milliards
de dollars en faveur de la Corée. Soit environ 40 000 milliards
de francs cfa, ou encore léquivalent de trente années
de budgets des pays africains les mieux lotis. Hormis peut-être
le Mexique, peu de pays peuvent se vanter davoir bénéficié
dune assistance mondiale aussi prompte et dune telle ampleur.
Cest quil existe une corrélation étroite entre
les menaces potentielles quun pays fait peser sur le système
mondial et la volonté prompte de le sauver. Les pays africains,
insuffisamment connectés à ce système, vivotent dans
une tiède misère qui a moins de chance de provoquer des
réactions substantielles et soutenues. Pour tout dire, leur capacité
de nuisance et de perturbations du système global est trop faible.
Cest pourquoi, si chacun peut reconnaître lévidence
du génie asiatique, sa patience et son ardeur à la tâche,
il faut tout de même prendre garde aux comparaisons hasardeuses
niant le contexte historique et qui, à la fin, pourraient accroîre
lidée que lAfrique est intrinsèquement inapte
à se développer.
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