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N° 08 juin 2002

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par KONESoungalo

INDUSTRIALISATION DE L'AFRIQUE DE L'OUEST

CONTRAINTES ET PERSPECTIVES

L’industrialisation de l’Afrique en général est une préoccupation majeure qui a déjà fait l’objet de plusieurs rencontres au sommet et d’initiatives diverses. Pour quels résultats ? La moisson est plutôt maigre tant pour le continent que pour l’Afrique de l’Ouest.

« a deuxième décennie du développement industriel de l’Afrique (DDIA) qui couvre la période 1993-2002, n’a pas été à la hauteur des attentes au regard des résultats obtenus après plus de quatre années de mise en œuvre même si certains pays ont renoué avec la croissance économique » relève sans ambages l’évaluation à mi-parcours de la DDIA. Il ressort donc que l’Afrique n’a pu connaître le développement escompté malgré son avantage comparatif dans bien des domaines. Un constat qui d’entrée de jeu situe sur l’ampleur de la tâche. Et pour cause, dans un contexte de globalisation de l’économie, le développement industriel apparaît incontournable pour tout pays qui entend jouer pleinement sa partition. L’Alliance pour l’industrialisation de l’Afrique lancée en fanfare à Abidjan il y a quelques années, s’inscrit dans cette même logique. Il s’agit d’impulser une nouvelle dynamique au développement de l’Afrique et de lui éviter ainsi de rater le train du commerce international. Peine perdue pourrait-on dire, même si le bilan n’est pas totalement négatif. Dans l’ensemble, la contribution de ce continent qui compte 34 des 48 pays les moins avancés, à la production industrielle, est insignifiante. A peine 1%. Or, c’est une évidence, l’industrialisation demeure pour beaucoup la force agissante de la transformation de techniques et des capacités des économies. C’est, selon les experts, un vecteur privilégié pour la promotion de l’emploi, et, en définitive, une des voies royales de la transformation radicale des économies et des sociétés africaines.
L’Afrique subsaharienne et plus particulièrement l’Afrique de l’Ouest accuse un grave retard dans ce domaine. L’industrialisation (c’est à dire le renforcement des capacités de production, créer et diversifier les capacités d’exportation) est encore pour bien des pays de l’Afrique de l’Ouest un rêve trop lointain tant la contribution du secteur secondaire au produit intérieur brut (PIB) est faible.
La majeure partie des économies sont en effet tributaires des ressources minières et agricoles. Elles sont dès lors des victimes permanentes de la volatilité des cours sur les marchés mondiaux.
Le salut passe donc, si on en croit les experts, par le développement industriel et partant du secteur manufacturier dont la valeur ajoutée dans le commerce mondial est d’environ 0,1% pour cette région. Autant dire qu’elle compte pour du beurre dans les échanges mondiaux.
Le tissu industriel ouest africain est embryonnaire, à quelques exceptions près. Des velléités d’industrialisation existent Certes et se traduisent entre autres faits à travers des foires, des salons etc. Des pays tel que le Sénégal pour ne citer que cet exemple, ont une longue tradition d’organisation de ce type de manifestation. En organisant en 1999 le salon de l’industrie ivoirienne, les autorités de ce pays affichaient clairement leurs intentions. L’objectif majeur était d’accroître la part de l’industrie ivoirienne dans le produit intérieur brut en passant de 20% à cette date à 35% à l’horizon 2005 et d’autre part, de relever les exportations des produits manufacturés à 90% du volume global des exportations en 2005 contre 40%. Il s’agissait de parvenir en une génération à transformer ce pays en un nouvel Etat industrialisé, producteur de produits finis et semi finis à l’image des pays émergents d’Asie. Le bilan à mi-parcours est plus que mitigé.
En Côte d’Ivoire comme dans d’autres pays de la sous région, l’industrialisation est un vœu qui recouvre des réalités différentes. La contribution du secteur secondaire au PIB dans les pays de la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) se situe en général en dessous de 40%. Le Burkina, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Nigeria, le Sénégal avec des contributions respectives de 24% , 29%, 38%, 33% et 26% sont dans le peloton de tête. En revanche des pays comme le Bénin, le Ghana et le Mali occupent le bas du tableau. Dans tous les cas il apparaît qu’aucun de ces pays ne dispose d’un secteur secondaire solidement implanté capable de transformer l’économie nationale et de faire face à la concurrence mondiale. Même si selon un rapport daté de 1998 de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) sur la production industrielle, l’indice de cette production est en général en hausse. C’est le cas au Burkina, au Sénégal et en Côte d’Ivoire. C’est du reste dans ce dernier pays que la plus importante hausse a été enregistrée.
L’analyse du tableau d’exportation des produits manufacturés en pourcentage des marchandises exportées est très expressive sur la précarité des capacités de transformation des pays de la sous région. Dans l’ensemble, ce pourcentage ne dépasse guère les 10%. Seuls quelques pays sont d’importants exportateurs de produits manufacturés. Au nombre de ceux ci, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et la Guinée.
Un état des lieux peu reluisant donc qui peut s’expliquer par diverses raisons. Industrialisation et investissement vont de paire. C’est en effet un leurre d’espérer parvenir à développer le tissu industriel d’un pays sans une forte incitation à l’investissement qu’il s’agisse d’industrie lourde ou de petites et moyennes entreprises. Le flux des investissements exige un certain nombre de conditions : un cadre réglementaire et judiciaire qui rassure, un code des investissements attractifs, une fiscalité supportable.
La promotion du secteur privé national et des investissements étrangers doit constituer une priorité pour les Etats de l’Afrique de l’Ouest s’ils veulent réduire leur marginalisation. La recherche permanente et systématique des opportunités de création et de développement des productions industrielles en vue de répondre aux évolutions de la demande nationale et internationale ; la mise en œuvre de nouveaux instruments de développement industriel en particulier les zones franches, les centrales d’exportation et l’assurance à l’exportation ; la prospection permanente et systématique des débouchés et des possibilités d’implantation d’unités de production industrielles sont autant d’actions sont autant d’actions nécessaires à défaut d’être suffisantes.
Au delà des initiatives nationales destinées à développer le tissu industriel, il existe une action communautaire inspirée par l’UEMOA. En effet, dans le cadre de l’intégration ouest africaine, a été mise en place une politique industrielle communautaire (PIC). Elle vise l’émergence d’entreprises performantes, y compris communautaires, aptes à satisfaire à des conditions compétitives la demande intérieure, à affronter la concurrence internationale ; l’harmonisation des cadres réglementaires des activités industrielles et minières notamment l’élaboration d’un code communautaire des investissements ; l’intégration des courants d’échanges intersectoriels etc. Les axes directeurs de cette PIC adoptée le 08 décembre 1999 à Lomé par la conférence des chefs d’Etats et de Gouvernement, sont les suivants : La vision commune de l’avenir industriel de la sous région fondée sur l’espoir qu’à long terme les pays de l’Union seront capables de devenir ensemble des acteurs significatifs de la mondialisation ; la solidarité fondée sur la nécessité de mettre en place des instruments d’actions spéciales (programmes d’infrastructures) en faveur des pays les plus défavorisés. Toujours au chapitre de ces axes, on peut citer la coopération basée pour sa part sur le fait que les Etats de l’UEMOA doivent œuvrer ensemble à la mise en place d’institutions efficaces et de mécanismes modernes d’informations permettant de rassembler et de diffuser les données économiques, technologiques et commerciales dont les opérateurs ont besoin pour saisir de nouvelles opportunités, améliorer leurs produits et renforcer leur compétitivité. A cet effet un chronogramme indicatif de mise en œuvre a été adopté en fonction des cinq programmes suivants : développement des structures et programmes de promotion de la qualité, mise à niveau des entreprises et de leur environnement, réseaux d’information industrielle, promotion des investissements et des exportations, développement des PME-PMI, concertation Etat / secteur privé au niveau sous régional. L’organisation de salons itinérants dès 2003 constitue le dernier chantier dudit chronogramme. En attendant, les résultats de l’industrie des pays d’Afrique de l’Ouest en général et de l’UEMOA en particulier, demeurent modestes. La volonté de la PIC suffira t-elle à inverser la tendance caractérisée pour l’heure par la faiblesse des institutions, l’insuffisance des infrastructures, l’inadaptation des réglementations et des systèmes d’incitation financière et le fossé technologique qui ne cesse de se creuser ?

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