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N° 07
Mai 2002
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par Koné Soungalo

AIR AFRIQUE

C'EST VRAIMENT FINI

La page de la multinationale Air Afrique est désormais tournée avec la décision rendue récemment par le juge Marcel Diétai de la chambre présidentielle d’Abidjan. La liquidation en consacre en effet la mort.

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e sort d’Air Afrique est-il définitivement scellé avec la dernière audience consacrée à la défunte multinationale le 25 avril au tribunal d’Abidjan ? Après avoir écouté le 5 avril, le réquisitoire du procureur de la république, Jules Ballet représentant le ministère public, et la plaidoirie des avocats, le juge Diétai vient enfin de vider son délibéré en prononçant la liquidation pure et simple d’Air Afrique. La compagnie ne présentait en effet aucun signe d’une société à même de redécoller. C’est peut être la fin d’un feuilleton aux multiples rebondissements. Le suspense aura été maintenu jusqu’au bout avec la récusation du juge Diétai qui ne serait pas « compétent pour connaître d’un tel dossier ». Joutes oratoires à grands renforts d’arguments juridiques contradictoires inspirés notamment du traité OHADA, ont meublé le temps jusqu’au jour du verdict.
En effet, pour Me Henri Bohoussou, la Mauritanie, n’ayant pas ratifié le traité OHADA le tribunal constitué n’était pas compétent pour connaître de cette affaire étant entendu que Air Afrique est régie par le traité  de Yaoundé.
Les agitations et autres déclarations des travailleurs regroupés notamment au sein du STRACONACI n’ont pas ému outre mesure les actionnaires et le juge Diétai qui sont allés jusqu’au bout de leur logique .
« Nous pensons qu’un concordat préventif peut aujourd’hui régler le problème. Sachez qu’il existe actuellement des repreneurs qui veulent même combler le vide opérationnel et qui nous ont contacté. Ils sont disposés à mettre à notre disposition 14 appareils avec en prime une formation pour certains commandants de bord » confiait il y a peu en ce sens M Bamba Bakari secrétaire général du STRACONACI. L’intersyndicale des travailleurs d’Air Afrique (ISTAA) et le personnel navigant technique, les deux autres composantes des travailleurs d’Air Afrique à Abidjan, étaient également fermement opposés à la liquidation de la compagnie décidée lors de la conférence des chefs d’Etat membres tenue les 10 et 11 janvier 2002.
Attendue, la décision du juge Diétai s’est inscrite dans la logique des évènements puisqu’il n’y pas d’offre de concordat qui aurait permis d’envisager un redressement judiciaire. Tout est donc désormais fini pour cette compagnie qui méritait pourtant un meilleur sort. Le vide opérationnel qui a marqué son « crash » aurait pu être évité. Du moins selon certains experts. Air Afrique aurait pu connaître le même sort que Swissair dont les avions ont continué à sillonner le ciel jusqu’à ce que la nouvelle société prenne le relais. Mais, comparaison n’est pas raison. Cette disparition peut en effet lui être fortement préjudiciable dans l’environnement actuel devenu hautement concurrentiel avec notamment l’envol des compagnies nationales qui exploitent ce vide. En réalité, les observateurs se doutaient bien que les carottes étaient désormais cuites pour la multinationale africaine. Il était en effet clair que le coma profond dans lequel était plongé Air Afrique ne pouvait que déboucher sur cette décision de liquidation. En dehors des travailleurs qui y ont cru et se sont battus pour sauver ce bel outil d’intégration malheureusement budgétivore, aucun des actionnaires n’avait manifestement la volonté réelle de sauver les meubles. La 14ième conférence des chefs d’Etats qui s’est tenue les 10 et 11 janvier 2002 en disait déjà long sur les intentions réelles des actionnaires et l’avenir de cette grande malade. La réunion du conseil d’administration du 7 février qui a conclu au dépôt de bilan a respecté la logique en emboîtant le pas aux chefs d’Etats. Il ne pouvait du reste en être autrement quand on sait que les 4200 employés accumulaient les arriérés de salaires et que la multinationale qui ne disposait plus d’avion « perdait tous les mois cinq milliards FCFA à cause du vide opérationnel » selon le ministre ivoirien des transports M Kabran Appia. En outre, l’absence fort remarquée de la quasi totalité des chefs d’Etats des pays membres d’Air Afrique à cette 14ième rencontre autour de la compagnie comateuse a définitivement convaincu sur les vraies intentions des uns et des autres. « L’arrêté de réquisition du matériel et personnel au sol de la compagnie Air Afrique pour l’exécution du service d’assistance en escale à l’aéroport Félix Houphouët Boigny » pris par M Kabran Appia était déjà dans le même sens un signal fort qui ne présageait rien de bon. Cet arrêté daté du 8 janvier avec effet immédiat créait une régie administrative chargée de gérer l’assistance en escale à Abidjan. Le handling qui représente une véritable manne pour les escales d’Abidjan et de Dakar, échappait donc désormais à Air Afrique ainsi dépouillée avant la signature de l’acte officiel de décès par le juge Diétai le 25 Avril 2002.
Somme toute, la compagnie dont les dettes cumulées s’élevaient à 300 milliards FCFA, n’avait d’autre sort que celui qu’elle vient de connaître.
Air Afrique c’est vraiment fini sous sa précédente forme. Conformément à l’arrêt du tribunal du commerce d’Abidjan, M Messou Edouard et le cabinet Price Water House sont chargés de gérer les actifs de la défunte, payer les salaires et arriérés et éponger les dettes sous la supervision du juge commissaire Mme Memel Justine. Reste toutefois en suspens l’épineuse équation du plan social réclamé à cor et à cri par les travailleurs qui envisagent d’interjeter appel de la présente décision. En attendant, une autre compagnie avec un capital différent et un mode de gestion, naîtra bientôt sur les cendres de la multinationale africaine. C’est en tout cas la promesse faite par le comité de pilotage de cette nouvelle société, dirigé par le gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest, M Charles Konan Banny qui a du reste déjà remis au chef de l’Etat ivoirien les conclusions de ses travaux.

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