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N°08 juin 2002
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MARCHE AFRICAIN DE L’ASSURANCE

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par Koné SOUNGALO

Le marché de l’assurance en Afrique se porte relativement bien. Dans l’ensemble le chiffre d’affaires est en progression même si les primes sont nettement en deçà de ce qu’elles auraient pu être.

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« lobalisation de l’assurance africaine », c’est le thème de la 26ième assemblée générale annuelle de la Fédération des sociétés de droit national africains (FANAF) qui s’est tenue en février dernier à Libreville au Gabon. Deux résolutions émanant de cette assemblée retiennent particulièrement l’attention parce qu’elles donnent un aperçu des problèmes auxquels les compagnies d’assurance sont confrontées. «  Dans le souci de participer à l’amélioration du bien être des populations africaines, l’assemblée générale invite les autorités publiques à mettre en œuvre les mesures incitatives notamment la défiscalisation de cette branche d’assurance et encourage les sociétés membres à créer des produits adaptés aux besoins et aux moyens financiers des populations concernées » a recommandé la FANAF dirigée depuis février par le burkinabé André Bayala directeur général de SONAR.
L’assurance maladie est l’un des produits les plus prisés mais, comme l’a indiqué M Ettien, secrétaire général de l’association des sociétés d’assurance de Côte d’Ivoire (ASACI), elle est en général déficitaire. La défiscalisation suggérée devrait permettre non seulement de réduire le coût des primes mais également d’équilibrer quelque peu les comptes de cette branche.
« Compte tenu du faible niveau de pénétration de l’assurance dans les marchés de la FANAF, l’assemblée recommande aux autorités d’instituer de nouvelles obligations d’assurances notamment dans les branches ayant un grand impact dans la vie des populations africaines à savoir, l’assurance construction, l’assurance responsabilité civile des professions libérales et retraite complémentaire » ont en outre conclu les délégués à l’issue de leurs travaux. Le fait est que même si dans l’ensemble le chiffre d’affaires du secteur de l’assurance dans les pays africains augmente régulièrement, le taux de pénétration est encore très faible et bien des produits ont du mal à s’imposer, à l’image de l’assurance construction, l’assurance retraite, ou encore la capitalisation. En attendant, le marché africain de l’assurance ne pèse pas lourd. C’est un tout petit marché représentant à peine 1% de l’industrie mondiale des assurances. L’Afrique du Sud fait figure de géant sur ce continent. Il dispose en effet du plus important marché d’assurances en Afrique avec notamment plus de la moitié des primes IARD. Au classement des 25 premières compagnies africaines, 14 entreprises sud africaines sont présentes contre 4 marocaines, 3 égyptiennes etc. Cette performance a valu à l’Afrique du sud d’être classé en 1998 au 22ième rang mondial avec un niveau de pénétration de 2,7% comparable à celui de l’Europe occidentale. D’autre part quatre compagnies sud africaines ont un chiffre d’affaires de plus de 1 milliard de dollar. Les autres pays qui tirent leur épingle du jeu sont le Nigeria, la Côte d’Ivoire, le Gabon et le Cameroun qui abrite le siège de l’organisation africaine des sociétés d’assurances (OAA) présidé par M Jean Kacou Diagou président directeur général de du Groupe NSIA-AGCI. Même si la clientèle gabonaise est à 80% une clientèle d’entreprise, notamment en raison d’une faible culture de l’assurance chez les particuliers et du coût élevé des primes, l’activité des compagnies d’assurance au Gabon a connu une hausse de 23,3% s’établissant à 35,26 milliards FCFA contre 27milliards en 2000. Bien loin derrière un marché aussi prospère que celui de la Côte d’Ivoire en dépit de la légère baisse enregistrée en 2000.
L’ensemble de la production s’est élevé à environ 111 milliards, en baisse de 1,76% par rapport à 1999 où la production globale était d’environ 112,650 milliards FCFA.
La branche automobile se taille la part du lion avec une production d’environ 38 milliards, soit 28,73% du portefeuille, en baisse de 0,10% par rapport à l’exercice précédent. Vient ensuite la branche accidents corporels et maladie, en progression de 3,86% par rapport à l’année 1999 avec une production d’un peu plus de 21 milliards. Elle représente 19,31% du portefeuille.
Dans l’ensemble les assureurs s’en tirent à bon compte. La sinistralité s’est en effet sensiblement améliorée en 2000. La charge de cet exercice s’est élevée selon M Ettien à environ 60 milliards FCFA, en diminution de 29, 97% par rapport à l’exercice précédent. Ce sont surtout l’assurance automobile et l’assurance accidents corporels et maladie qui ont enregistré les plus importantes baisses avec respectivement 8,28% et 12,35%. Toutefois les assureurs ont fort à faire avec les frais de gestion qui demeurent toujours élevés en dépit des injonctions faites par la commission régionale de contrôle des compagnies d’assurance. «  Les frais de gestion s’élèvent à environ 45,390 milliards FCFA soit 41,02% du chiffre d’affaires » confie en ce sens M Ettien. En outre, la Côte d’Ivoire, à l’instar d’autres pays africains, se trouve confrontée à l’épineux problème de l’indemnisation rapide des assurés. Les assureurs sont en effet accusés d’être plus prompts à encaisser les primes plutôt qu’à payer les sinistres. Pour y apporter un début de solution, les assureurs ont mis en place la convention d’indemnisation rapide de l’assuré,  « destinée à accélérer le règlement des sinistres matériels ». « Force est de constater que les sentences rendues par la commission d’application ne sont pas exécutées par certaines compagnies malgré l’institution d’une journée mensuelle de règlement des sinistres en suspens qui a pour but de renforcer la crédibilité de cet organe de gestion des sinistres » avoue le secrétaire général de l’ASACI.
Comme relevé à la 26ième assemblée générale de la FANAF, la fiscalité constitue dans bien des cas un frein au développement de l’activité économique en général et du secteur de l’assurance en particulier. Et en Côte d’Ivoire comme dans d’autres pays, les assureurs n’hésitent plus à la citer au nombre de leurs préoccupations. Pour l’avènement d’un secteur des assurances fort et dynamique, les assureurs ivoiriens préconisent entre autres éléments, la défiscalisation de l’assurance maladie, l’incitation fiscale de l’assurance vie, l’institution d’assurances obligatoires dont l’assurance retraite complémentaire, l’assurance construction, l’assurance incendie etc. « Du fait du caractère social du risque maladie, le taux de la taxe sur le contrat d’assurance maladie qui est de 14,5% pourrait être supprimé comme c’est le cas au Cameroun…. Comme tous les autres secteurs d’activité, l’ASACI souhaite que tous les contrats d’assurances soient assujettis à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) ». mentionne le rapport du président de l’ASACI.
Au delà du faible taux de pénétration, un autre fait retient l’attention lorsqu’on analyse le marché de l’assurance. Il s’agit de la répartition du capital des compagnies africaines qui appartiennent pour la plupart et les plus actives, à de grands groupes étrangers. Que ce soit au Gabon, au Sénégal, au Cameroun ou en Côte d’ivoire, ces puissantes sociétés étrangères dominent le marché.
Athéna Afrique qui fait partie de AGF international lui-même membre du groupe Allianz (Allemagne), un des leaders mondiaux de l’assurance (Générali, Suiss Re, Tokio marine and fire, AIG, Axa) avec un chiffre d’affaire de 60 milliards d’Euros, est présent un peu partout en Afrique notamment au Cameroun (SNAC), au Burkina (FONCIAS), en Côte d’Ivoire (SAFARIV), au Gabon (OGAR), au Mali (AGM), au Bénin (SOBAC), en République centrafricaine (ULAR) pour ne citer que ces exemples. L’importance du réseau de Athena Afrique, la place en seconde position du marché de l’assurance de la zone CIMA qui rassemble au sein d’une législation uniforme et supra nationale, 14 pays.
Il en est de même pour AXA présente en Côte d’Ivoire et Sénégal. Ce groupe a réalisé en 2000 un chiffre d’affaires de 80 milliards d’Euros (1euro= 655,97 FCFA). Présente au Mali, au Togo et au Burkina Faso, l’Agence Colina appartient pour sa part à une holding financière, Delta Africa qui est une société du même groupe que Libano Suisse implantée en Côte d’Ivoire depuis 1980 par l’intermédiaire de sa filiale GST.
Toutefois certaines compagnies sont inspirées et financées par des nationaux avec des partenaires étrangers. C’est notamment le cas en Côte d’Ivoire avec le Groupe NSIA-AGCI de M Jean Kacou Diagou qui comprend trois sociétés :NSIA-IARD, AGCI-IART, AGCI-VIE. Avec 20 milliards de chiffre d’affaires brassés en 2000, le groupe NSIA-AGCI représenté au Gabon, au Cameroun et au Bénin est le deuxième assureur sur le marché ivoirien. C’est aussi le cas au Sénégal avec Assurances Générales du Sénégal (AGS) qui dispute à AXA Sénégal la place de leader.
Pour remédier aux problèmes qui se posent au secteur de l’Afrique en général et de ces différentes régions en particulier, on assiste ici et là à des initiatives s’inscrivant dans le mouvement d’intégration des communautés. Ainsi le 10 juillet 1992, les Etats membres de la zone franc (Bénin, Burkina, Cameroun, Centrafrique, Comores, , Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée Equatoriale, Mali, Niger, Sénégal, Tchad et Togo) ont signé à Yaoundé un traité instituant une organisation intégrée de l’industrie des assurances dans les Etats africains. Il s’agit de la Conférence interafricaine des marchés des assurances (CIMA) qui s’est substituée à l’ancienne Conférence internationale des contrôles des assurances (CICA). Elle a pour objectif de renforcer la coopération des Etats membres dans le domaine des assurances afin d’adapter leur couverture aux réalités économiques de leurs marchés; de développer les organismes d’assurances et de réassurance opérant dans leur pays, pour leur permettre de souscrire et de gérer les grands risques des marchés; de soutenir financièrement et matériellement les institutions communes à créer etc. Dans le même ordre d’idées la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a crée la carte brune d’assurance qui permet de faciliter le règlement des indemnités incombant aux automobilistes pendant leurs déplacements dans l’espace communautaire.
En définitive, même si l’Afrique n’est pas à plaindre, il lui reste beaucoup à faire dans le secteur des assurances où la prime par habitant est de 1000 FCFA  au Burkina, 3750 F CFA pour le Cameroun, 7300 pour la Côte d’Ivoire contre plus de 60 000 FCFA pour la France. Par ailleurs le SIDA et la fraude pourraient à terme un coup dur à ce secteur encore émergeant.

M Kouadio Ettien Jean (secrétaire général de l’ASACI) :
« Il faut défiscaliser certains produits »

Quels sont les contraintes majeures du secteur des assurances en Côte d’Ivoire ?

Nous pensons qu’en Côte d’Ivoire il y a des produits qu’on peut promouvoir. IL s’agit par exemple de l’assurance retraite. Il faut toutefois que l’Etat ivoirien accepte de défiscaliser ces produits. Car ces taxes ont un impact sur le coût de la prime. Or dans tous les pays du monde , les produits de retraite constituent une épargne longue. C’est donc de l’argent que l’Etat peut utiliser pour faire des investissements.

Quel est le taux moyen d’intérêt pour une assurance de capitalisation ?

Le code CIMA nous autorise un minimum de 3% comme taux d’intérêt.

Quelles sont les actions entreprises par la FANAF pour obtenir une défiscalisation des produits de capitalisation ?

Je ne saurais vous le dire. Je sais toutefois que certaines résolutions ont été récemment adoptées dans ce sens. En outre, en Côte d’Ivoire nous avons déjà approché le gouvernement. Nous en avons parlé. Nous souhaitons qu’en lieu et place de la série de taxes sur nos produits, qu’on nous assujettisse simplement à la taxe sur la valeur ajoutée comme cela se passe par exemple au Cameroun. A titre d’exemple, nous avons une taxe de 14,5% sur la prime automobile. C’est sensiblement la même chose pour les primes sur la branche vie . Par contre sur l’incendie, nous sommes à un peu plus de 20%.

Quelle est la valeur ajoutée du marché de l’assurance au PIB ivoirien ?

Nous ne calculons pas cette valeur ajoutée comme dans le commerce classique. Ici nous ignorons le prix de revient réel de nos produits. Nous ne pouvons donc parler que de primes et de chiffres d’affaires.

L’ASACI dispose t- elle de moyens pour amener les sociétés d’assurance à respecter les règles prudentielles de gestion édictées dans le code CIMA ?

En tant qu’association, nous ne pouvons que suggérer, alerter. Par contre c’est la commission régionale de contrôle des assurances et son représentant, la direction des bourses et assurances, qui peuvent mener des actions vigoureuses voire répressives.

Quel est le ratio assuré/ population actuellement en Côte d’Ivoire ?

Nous n’utilisons pas ce type de ratio. Nous parlons plutôt de prime sur sinistre. C’est à dire le rapport des sinistres que l’assureur paye sur les primes encaissées. Par exemple, sur une prime de 100 FCFA la règle voudrait que 70 F serve à couvrir les sinistres contre 28 F pour les frais généraux. Pour nous donc, le plus important, c’est le taux de sinistre à prime.

Eu égard à ce ratio quelle est la branche qui vous fait le plus perdre de l’argent et celle qui vous en fait gagner ?

Il faut savoir que l’assurance maladie est toujours déficitaire. Il en était de même pour l’assurance automobile mais depuis l’avènement du code CIMA les choses sont en train de changer.
Qu’est ce qui explique que l’assurance maladie soit au centre de tant de litiges ?
C’est parce cette assurance est obligatoire et beaucoup de personnes y souscrivent. D’autre part il y a le problème du retard dans le règlement des sinistres. Toutefois, depuis 1990,une convention de règlement rapide des assurés a été signée. Récemment cette question était au centre d’une réunion de l’ASACI. Nous faisons comprendre aux assureurs que le fondement de l’assurance c’est de régler les primes. On a même demandé à toutes les compagnies de déposer auprès de l’ASACI une caution destinée à ces règlements en cas de retard.

Pourquoi n’existe t-il pas de compagnies ivoiriennes ou ouest africaines de réassurances ?

La première raison, c’est qu’il faut de gros moyens mais ce n’est pas un obstacle majeur. En Côte d’Ivoire nous avions envisagé d’en créer. Nous avons approché le gouvernement Duncan dans ce sens. Il y était favorable mais les évènements de 1999 ont perturbé l’exécution du projet.

Parlant d’intégration, existe t-il un projet de création d’une compagnie supranationale d’assurance ?

Pour le moment ce n’est pas à l’ordre du jour. Toutefois, les compagnies peuvent prendre des participations dans la création d’une autre compagnie dans tel ou tel pays.

 

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