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N°08 juin 2002
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par Koné Soungalo et Ahoussi Pothin

NIGERIA

ENTRE CHARIA ET DEFIS ECONOMIQUES

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Le géant de l’Afrique de l’Ouest doit faire face à un double défi. Se développer tant au plan économique que social et redorer son blason terni par les affrontements interethniques et la charia.

Le Nigeria qui ambitionne de jouer les premiers rôles en Afrique de l’Ouest a bien du mal à affirmer sa position de leader, tant au plan économique que socio-politique. L’économie n’est pas au mieux même si les potentialités sont énormes. Membre de l’organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et treizième producteur mondial avec 99,1 millions de tonnes, le Nigeria ne décolle pas véritablement. Son taux de croissance a fait un petit bon qualitatif en 2000, s’établissant à 3% contre 1,1% en 1999. « L’amélioration des recettes publiques a contribué à l’assainissement du budget , avec un excédent de 7,7% du produit intérieur brut(PIB) contre un déficit de 8,4% en 1999. On estime que les recettes publiques dans ce pays ont augmenté de 15% contre 12,2% seulement pour les dépenses. » peut-on lire dans le rapport sur le développement de l’Afrique édition 2001. Une bonne performance imputable à la flambée des cours du pétrole dont les revenus comptent pour près de 90% dans les recettes de l’Etat. Le Nigeria a donc pu dégager un solde des opérations courantes positif et ramener sa dette extérieure de 31,93 milliards de dollars en 1995 à 31,44 milliards en 2000 soit à peu près les trois quarts de la dette de la zone non CFA.
Elle représente encore aujourd’hui environ 169% des exportations de ce pays. Autant dire qu’en dehors d’un allègement substantiel, le Nigeria ne saurait y faire face. Classé 136ième sur 172 pays dans la catégorie des pays à faible développement humain, le Nigeria est en bute à une pauvreté grandissante caractérisée entre autres par une baisse du revenu par habitant qui est de 260 dollars contre 270 précédemment. Si l’empreinte d’Olusegun Obasanjo s’imprime sur la scène internationale notamment à travers le NEPAD, il a bien du mal à insuffler à l’intérieur une autre dynamique à son pays. « compte des entreprises déficitaires, réserves en devises faibles, infrastructures en ruine, taux d’intérêt prohibitifs investissements au point mort », c’est le sombre tableau du Nigeria que dresse les auteurs de l’Atlas économique mondial édition 2002. Au total, la situation économique de ce pays ou le chômage touche un actif sur deux, n’est guère reluisante. Cette contre performance du général président candidat à sa propre succession, fait déjà à elle seule le lit de ses adversaires. Le deuxième défi de l’actuel président, c’est la recrudescence de la violence et la proclamation de la charia dans de nombreux Etats de la fédération depuis 1999, date de son accession à la magistrature suprême. Pour le moment, il s'agit d'un cuisant échec.
Le Nigeria est rentré dans un cycle d’affrontements communautaires de grande ampleur. La cohabitation entre musulmans et chrétiens dans ce pays d’un peu plus de 110 millions d’habitants pour 250 groupes ethniques ne va pas sans heurts. Les musulmans sont majoritaires au Nord tandis qu’au Sud on rencontre davantage d’animistes et de chrétiens. On dénombre déjà un peu plus de 10 000 morts dans des affrontements interethniques qui prennent parfois également une coloration religieuse. Le fragile équilibre de la cohabitation entre différentes ethnies a été bouleversé à de multiples reprises depuis le retour au pouvoir civil. D’autre part, la charia de plus en plus appliquée notamment dans 12 Etats (un treizième s'apprête à le faire) de la fédération , suscite une levée de boucliers de la communauté internationale de plus en plus hostile.
Autant dire que le retour au pouvoir du général Obasanjo ne lui a pas véritablement réussi. Pour l’instant. Reste à savoir si, dans ces conditions sa candidature à sa propre succession suscitera un quelconque engouement.

MALI

FIEVRE ELECTORALE

La vie au Mali est rythmée depuis quelques semaines par l’élection présidentielle qui met aux prises 24 candidats dont l’ex chef de l’Etat sous la transition militaire le général à la retraite M. Amadou Toumani Touré dit ATT, donné favori. Mais déjà les prémices de la contestation des résultats se font jour.

L’élection présidentielle au Mali connaîtra bientôt son terme avec l’accession à la magistrature suprême de l’un des candidats qui se sont investi pendant deux semaines dans la campagne électorale tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Amadou Toumani Touré (ATT) soutenu par une vingtaine de partis , Soumaïla Cissé de l’Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA), parti au pouvoir, Mountaga Tall du CNID, Ibrahim Boubakar Kéita (IBK) du Rassemblement pour le Mali, ce sont là quelques uns des prétendants au fauteuil de Alpha Oumar Konaré qui après deux mandats ne peut plus briguer la présidence de la République selon les termes de la constitution.
Le scrutin qui a eu lieu en présence de prés de 1000 observateurs dont 150 internationaux a commencé a livrer ses secrets. Les résultats disponibles indiquent une avance de ATT, ,l’homme providentiel qui a fait tomber en 1991 le régime dictatorial de Moussa Traoré à la suite d’un soulèvement populaire. ATT s’est retrouvé au pouvoir jusqu’en 1992 avant de le remettre aux civils. En l’état actuel du dépouillement il aurait obtenu 26,65% des suffrages contre 23,12% pour Soumaila Cissé, l’ex grand argentier . Vient en troisième position IBK, ancien premier ministre qui bénéficie du soutien d’associations islamiques. Si cette tendance se confirmait, la logique aura été respectée et les sondages n’auront pas menti. Le second tour prévu pour le douze mai devrait permettre de départager les deux candidats qui ont obtenu le plus de suffrages au premier tour. Vraisemblablement ATT et Soumaila Cissé. Mais bien malin qui pourra prédire l’issue de ce deuxième tour qui sera précédé par des tractations et alliances. Tout indique que les perdants n'accepteront facilement leur défaite.
La délégation générale aux élections (DGE) et la commission électorale indépendante (CENI) qui bénéficie d’un budget de 2,4 milliards FCFA n’auront pas pour autant du répit. Les législatives doivent en effet se tenir moins de deux mois après les présidentielles.

 

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