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N°03 janvier 2002

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LES VRAIS ARTISANS DE LA TOILE

par Ibrahim SY SAVANE

nternet par-ci, internet par-là. Dépuis quelques années aucun colloque, aucun séminaire- et Dieu sait si le Continent en organise- ne se conclue sans faire allusion à l’apport des nouvelles technologies de l’information au développement. L’on a vu, ces temps derniers, de nombreuses ONG (organisations non gouvernementales), naguère tournées vers l’animation rurale ou d’autres problématiques, se transformer de façon subreptice, en militantes ardentes et spécialisées dans l’aide à « l’appropriation  des nouveaux outils de la communication par les pays africains.» L’on a vu aussi des dirigeants politiques s’emparer verbalement du moins, de la question et en faire la clé de voûte de leurs programmes. A priori, l’on pourrait se féliciter de tant de sollicitude. Seulement voilà, comme par le passé, à propos de l’Informatique ou du transfert de technologie, cet interêt obéit surtout à des variations saisonnières. D’ailleurs, le ressac a commencé et certains organismes qui se sont beaucoup fait remarquer ces dernières années, mobilisant les énergies et surtout des fonds importants auprès de bailleurs de bonne foi on abandonné la partie. Tout cela n’a pourtant eu qu’une influence limitée pour ne pas dire nulle, sur le developpement de l’Internet en Afrique. Ce sont surtout les acteurs privés qui tissent véritablement la toile du Continent.

Il a suffit de quelques années pour que tous les pays africains se connectent, démentant ainsi les pronostics pessimistes sur l’absence de réactivité du Continent par rapport aux pulsations du Monde. Cela montre, au minimum, qu’il faudra bien finir par réviser les préjugés sur l’imperméabilité des plus pauvres aux nouvelles technologies. Aujourd’hui, on trouve plus de points d’accès, de « cybercafés » à Dakar que dans beaucoup de capitales occidentales. Évidemment, il ne suffit pas de disposer d’une connexion pour entrer dans la fameuse Société de l’Information, reste que la rapidité avec laquelle la carte de la connectivité s’est densifiée est une bonne indication quant à la volonté des populations africaines à participer à cette formidable aventure. C’est aussi la preuve que si les initiatives sont débridées, les pays africains peuvent sortir de cette marginalisation qui, au cours de la dernière décennie, a fait l’objet de tant de commentaires et suscité tant de peurs irrationnelles.

L’avènement de ces nouvelles technologies ( de plus en plus vielles, d’ailleurs), a lieu dans un contexte de mutations diverses, qui comporte sans doute des effets accélérateurs : Mutations politiques majeures, changements économiques structurels se traduisant par un vaste mouvement de privatisation, donc par un reflux de la toute puissance des Etats. S’agissant par exemple des mutations politiques, il faut noter que la quasi-totalité des pays africains ( L’Ouganda, ou disons, Museveni mis à part) admet, ne serait-ce que l’idée du multipartisme. Et même si cela ne se traduit pas toujours par une pratique démocratique avérée, l’impact n’en est pas moins important sur le développement de l’information. Cet environnement psychologique, favorable à l’insertion des nouvelles technologies, se consolidera d’autant plus rapidement que les décisions économiques ne seront plus l’apanage d’un Etat tentaculaire se situant au début et à la fin de tout processus. Déjà, on constate partout une réceptivité plus grande. Les forces sociales commencent s’affirmer, tandisque s’accroissent la vitesse de circulation des informations et celle qui y est liée, de la diffusion des nouvelles technologies.

Aussi, en dépit de contraintes financières qui bousculent toute la hiérarchie des urgences, il est prévisible que le developpement des technologies de l’information sera plus rapide en Afrique que l’on ne l'envisageait. Rien ne justifie en outre ce complexe ou cette ambivalence qui consistent à la fois, à vouloir « apprivoiser » ces nouveaux outils, tout en se focalisant sur leurs prétendus effets qui menaceraient, de façon diffuse, la culture et l’âme africaines. Une vision, qui est fausse quand elle suggère que les technologies en général, aujourd’hui l’internet, appartiennent aux « autres » et que l’Afrique ne peut que les emprunter. Avec en prime, toutes sortes de précautions d’usage.

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Retrouvez le N°4 de Ouest Afrique Economie en ligne à partir du mardi 5 février 2002

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