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N°03 janvier 2002

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Euro, un défi à la zone franc

par KÉBÉ YACOUBA

l’approche du lancement officiel de la monnaie unique européenne (lancement du reste réussi), les sempiternelles rumeurs sur la dévaluation du F CFA avaient refait surface.
Même des opérateurs économiques avisés s’étaient laissé convaincre par ce type d’informations. Aussi, la tentation d’organiser des fuites massives de capitaux vers l’Europe et l’Amérique devenait-elle grande.
Le traumatisme causé par la dévaluation de 1994 est en effet présent dans les esprits. On l’a niée des semaines durant et elle est tombée, un matin, prenant de court tout le monde. C’est pourquoi, on reste persuadé dans certains milieux d’affaires, que la meilleure façon de réussir une opération de dévaluation est toujours d’en nier l’imminence. Soit. Mais entre 1990 et 1994, les mauvaises performances des économies de la zone Franc en particulier dans les pays pétroliers d’Afrique centrale et en Côte d’Ivoire, rendaient inéluctable une dévaluation de 50% du F CFA par rapport au Franc français. Le choc dût certes rude dans tous les pays mais salutaire chez ceux qui ont su bien gérer les effets de ce changement de parité.
Aujourd’hui, la zone Franc, bien que secouée notamment par la poche d’instabilité ivoirienne, ne risque rien dans son arrimage à l’EURO.
Il n’y a, entre les deux monnaies, aucun lien direct de cause à effet qui puisse, aujourd’hui, conduire à une dévaluation du CFA.
Le gouverneur de la Banque de France, Jean Claude Trichet et l’ancien Premier ministre français Michel Rocard ont dû récemment monter au créneau pour rassurer investisseurs et milieux d’affaires internationaux, en mettant l’accent sur le rôle du Trésor français dans la stabilisation de la monnaie africaine.

Comme on peut le constater, l’avènement de l’Euro restera donc une banale opération de conversion monétaire. On observera par ailleurs, sur cette affaire, que les « Politiques » ont été très peu bavards. Contrairement aux années 90, où il ne passait de semaine sans qu ‘un ministre des Finances de la zone n’explique pourquoi, une dévaluation n’était pas envisageable. Aujourd’hui, aucun gouvernement ne s’est risqué à des commentaires ou à des supputations, laissant, la BCEAO et l’UEMOA jouer leur rôle en la matière. Par une vigoureuse campagne de communication à l’effet de rassurer.
Les « Politiques » ont sans doute pris conscience de leur responsabilité et de leur devoir dans la défense du CFA. L’avènement de l’Euro est, avant tout, un défi au CFA. Les Etats membres de la zone CFA auront compris qu’une bonne monnaie se mérite et se défend. Et que la dévaluation est toujours une sanction contre la mauvaise gestion des finances publiques et l’absence de convergence des politiques macroéconomiques.
En effet, quand une zone monétaire ne peut offrir des performances économiques qui tiennent dans la durée, et qui, en plus, est souvent frappée, en plein cœur, par des turbulences politiques ou sociales qui freinent sa croissance et appauvrît sa population, elle est réputée d’évaluable. Sa monnaie, constamment menacée devient fragile.
On remarquera que la situation économique et financière de la Côte d’Ivoire, locomotive de l’UEMOA, durant ces deux dernières années, aurait pu entraîner l’ensemble de la sous région dans une sévère récession et le CFA vers une seconde dévaluation. Mais les performances affichées par d’autres pays de l’Union ont permis de contenir les mauvais résultats de la Côte d’Ivoire.

A l’heure de la globalisation de l’économie, les monnaies uniques apparaissent comme les réponses les plus appropriées à l’impitoyable compétition des marchés internationaux. Si les pays de l’UEMOA acceptent et se soumettent aux sévères critères de convergences liés à la stabilité du CFA, ils entraîneront d’autres régions d’Afrique vers la création de zones monétaires complémentaires. Pour aboutir, demain, à la création, d’une monnaie unique africaine. Cette idée s’est, du reste, imposée en décembre, à Dakar, lors des sommets de l’UEMOA et de la CEDEAO.

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Retrouvez le N°4 de Ouest Afrique Economie en ligne à partir du mardi 5 février 2002

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