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N°03 janvier 2002 Le numéro actuel





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LE PETROLE EN AFRIQUE DE L'OUEST
Le temps des incertitudes
par Koné SOUNGALO
La bataille pour la stabilisation des cours du pétrole
brut sur le marché mondial fait rage, pendant que lAfrique
et plus particulièrement lAfrique de lOuest, gros importateur,
se fait craintive. Les conséquences de lenvolée des
cours de ce produit sont en effet ressenties comme de véritables
coups de massue qui hypothèquent sérieusement les perspectives
de croissance économique de la région.
 aible
production et perspectives plutôt incertaines, cest le sombre
tableau que présente lAfrique de lOuest quand on parle
de lor noir. En dehors du géant nigerian, treizième
producteur mondial de pétrole brut en 2000, avec 102 millions de
tonnes devant le Koweit et la Lybie, lAfrique de lOuest, forte
de 210 millions dhabitants repartis dans quinze pays, ne produit
presque pas de pétrole. Le Ghana et le Mali figurent au nombre
des vingt premiers producteurs dor au monde. La Guinée pour
est classée parmi les douze premiers producteurs de diamant.
Ce pays est en outre le deuxième producteur mondial de bauxite
avec 17,400 millions de tonnes. Quant au Libéria, dix huitième
producteur mondial de diamant il dispose dimportants gisements dor
et de fer. Le Niger, le Sénégal et la Sierra Léone
respectivement troisième producteur mondial duranium, neuvième
producteur de phosphate et quatorzième de diamant, ne sont pas
en reste. Hormis les matières premières agricoles, lAfrique
de lOuest dispose donc datouts pour jouer sa partition. Ce
tableau est pourtant assombri par la rareté ou la quasi inexistence
de gisements pétrolifères susceptibles de permettre à
cette région de faire face à la moitié de ces besoins
et, surtout, déviter dêtre autant à la
merci de la fluctuation à la hausse des cours du baril sur le marché
mondial. Selon un rapport de lUnion économique et monétaire
ouest africaine ( UEMOA ) en date de juillet 2001, la persistance du manque
« de vigueur dans lUnion est imputable aux mauvais résultats
du secteur agricole, suite aux effets de la sécheresse qui a sévi
dans certains Etats sahéliens, à la baisse des cours des
principales matières premières exportées, à
la hausse des prix des produits pétroliers etc ». On
relève en outre que lactivité dans le secteur secondaire
a diminué de 2,3% en raison notamment de « la
baisse sensible de la demande intérieure et de la hausse des coûts
des intrants dorigine pétrolière ».
Au total, la flambée des cours a un impact défavorable sur
les pays de lUEMOA. Elle sest notamment répercutée
sur la facture énergétique entraînant un renchérissement
des coûts de production. « De ce point de vue la hausse
des cours des produits pétroliers constitue un choc important par
rapport aux efforts dajustement menés en vue de stimuler
la compétitivité des économies et daccroître
la croissance économique au niveau requis pour la réduction
et léradication à terme de la pauvreté ».
Ainsi, à titre dexemple, de manière générale
le prix du transport a progressé de 11,6% dans lUnion en
2000. Selon un rapport de la Banque centrale des Etats de lAfrique
de lOuest (BCEAO) la production de pétrole est en baisse.
Elle sest en effet établie dans la zone UEMOA regroupant
huit pays, à 1 092 400 barils à fin juin 2001 contre 1 369
500 barils un an auparavant.
Lexpérience ivoirienne
En
Afrique de lOuest, la zone UEMOA est celle qui est la moins dotée
en ressources pétrolières . Seulement trois pays sur huit
disposent de gisements pétrolifères du reste de moindre
importance. Il sagit de la Côte dIvoire, qui peut être
considérée comme le chef de file, du Bénin et du
Niger . La recherche dhydrocarbures et la production sont quasiment
au stade embryonnaire dans ces deux derniers pays.
Au Bénin tout commence dans les années 80 . La production,
faible, provient du gisement pétrolier de Sémé qui
fournissait 10 000 barils par jour en 1985. Dés 1992 , la
production a commencé à baisser. Elle sest dabord
établie à 653,6 mille barils en 1995 puis à 552,1
mille en 1996. Cette tendance baissière sest poursuivie jusquen
1998 où la production était de 355,9 mille contre 455,1
en 1997. Les activités de production ont été interrompues
en décembre 1998 à cause , entre autres éléments,
du tarissement des puits et la fermeture du gisement de Sémé
. Selon nos sources, la reprise des activités nécessite
la somme de 45 millions de dollars US .
Quant au Niger il poursuit lexploration pétrolière
près du lac Tchad et dans le nord près de la frontière
lybienne. En attendant, par le biais de la société nigerienne
de produits pétroliers ( SONIDEP ) ce pays importe par an au minimum
150 000 m3 de pétrole. Le secteur pétrolier au Niger a subi
de profondes reformes au terme desquelles les prix de vente du carburant
sont désormais examinés tous les mois et des réajustements
sont opérés lorsque les calculs font apparaître une
variation en hausse ou en baisse supérieure à 5 FCFA par
litre.
La Côte dIvoire a pour sa part une longueur davance
sur le Niger et le Bénin. La recherche dhydrocarbures y a
en effet débuté en 1957. Cependant cest à partir
des années 70 que lactivité dexploration sest
véritablement développée. Ces explorations ont mis
en évidence deux champs qui ont fait lobjet dexploitation
dans les années 80 : Espoir et Bélier
Le champ Bélier, au large de Gd-Bassam, avec une production cumulée
de 19 millions de barils a été exploitée jusquen
1992 par le consortium Esso- Shell- PETROCI . Quant au champ Espoir, au
large de Jacqueville, il a permis au consortium Phillips Pétroleum-
Agip- SEECO- PETROCI, de produire au total quelques 31 millions de barils.
La découverte un peu plus tard des champs Lion et Panthère
a donné un autre élan à la production ivoirienne.
Pour dynamiser ce secteur, le gouvernement a pris des mesures incitatrices.
Ainsi la défiscalisation sétend elle non seulement
aux outils de recherche mais aussi aux matériaux. Mieux elle sapplique
également aux sous traitants spécialisés.
Des actions qui sinscrivent dans une logique densemble, celle
de faire dAbidjan, la Rotterdam ou la Singapour de lUEMOA ,
« apte à jouer la fonction de station service pour maints
pays frères qui aujourdhui encore importent à grands
frais dEurope et sur une longue route maritime des produits pétroliers
raffinés de consommation courante ».
Aussi ambitieux ou surréaliste que cela paraisse, la Côte
dIvoire, qui dispose de la deuxième raffinerie la plus performante
dAfrique noire peut se permettre dy croire car elle a les
atouts grâce notamment à la montée en puissance de
loffshore et de la Holding PETROCI. En effet, selon nos sources
à peine 50% des 22 blocs du bassin sédimentaire ivoirien
ont été attribués jusque là. En attendant,
la production a été confrontée en 2000 à quelques
pesanteurs et sest établie à 2,6 millions de barils
contre environ 3,57 en 1999 pour des réserves estimées à
25 milliards de barils. Quant à la consommation nationale ,
elle est de près de 930 000 tonnes de produits pétroliers
par an dont environ 210 000 dessence, 830 000 de pétrole,
376 000 de gaz oil.
La loi nigeriane
La deuxième zone de lAfrique de lOuest
appelée non CFA comprend le Libéria, la Sierra Léone,
le Ghana, la Guinée, la Gambie, le Cap-Vert et le Nigéria
qui en est pratiquement le seul producteur de pétrole.
Treizième exportateur mondial de pétrole, le Nigeria est
la locomotive de toute lAfrique de lOuest. Sa production en
2000 était estimée à 99,1 millions de tonnes pour
des réserves de 3070 milliards de tonnes. L e Nigeria recèle
dans ses gisements de 27 milliards de barils soit trente ans de production
au rythme de deux millions de barils par jour. « Le pétrole
nigerian dont la moitié de la production est exportée vers
les Etats Unis contribue à hauteur de 95% aux recettes dexportation ».
La production des quatre raffineries est néanmoins faible ( 445
000 barils par jour). Le Nigeria est donc obligé dimporter
une partie importante de ses besoins en pétrole. Cela ne lempêche
pour autant de fournir certains pays de la sous région en pétrole
brut ou pétrole raffiné .Ainsi, très prochainement,
le géant de lAfrique de lOuest va commencer à
fournir la Guinée en pétrole raffiné. Selon laccord
passé entre les deux pays, la compagnie étatique nigériane,
la Nationale Petroleum corporation (NNPC) fournira à la Guinée
quinze tonnes métriques de kérosène et la même
quantité de diesel et de pétrole.
Dans le même sens, le Nigeria avait annoncé au début
du mois doctobre quil examinait une demande de la Société
ivoirienne de raffinage (SIR) pour lachat de 50 000 barils de brut
par jour à la NNPC.
Au total la majeure partie des pays de lAfrique de lOuest
sont obligés dimporter du pétrole pour satisfaire
leurs besoins. Si certains tels que le Nigeria ou dans une moindre mesure
la Côte dIvoire nen dépendent quen partie
ce nest pas le cas pour la quasi totalité dont le Ghana et
le Niger. Cela ne les empêche pas pour autant de développer
une politique des hydrocarbures qui, dans certains cas, sinscrit
en droite ligne de la coopération su sud voire intra communautaire.
En ce sens, le Niger a décidé, dans le cadre de la restructuration
du secteur des hydrocarbures de diversifier ses importations pour ne plus
dépendre entièrement du Nigeria . Lapprovisionnement
devrait donc désormais se faire en provenance du Bénin,
du Togo et de la Côte dIvoire.
Dans tous les cas, pour le Niger comme pour les autres pays non producteurs,
laugmentation soutenue des prix des produits pétroliers a
favorisé la détérioration de leur position extérieure
à cause du transfert de devises. Pour remédier à
cette situation , certains Etats, selon les experts de lUEMOA
ont pris des mesures de sauvegarde telles que la constitution de fonds
de subvention à limportation des produits pétroliers,
la mise en place dun système de stabilisation du prix à
la pompe, lindexation automatique des prix. Mais bien plus, dans
le cadre de lintégration au sein de lUEMOA ,la
réflexion sur une politique énergétique communautaire
a été menée. La recommandation 03/97/CM du 21 juin
1997 relative à la mise en uvre dun programme énergétique
communautaire a notamment défini les actions prioritaires visant
une meilleure maîtrise de la demande à travers létude
dun système communautaire dapprovisionnement en hydrocarbures,
la systématisation des interconnexions des réseaux électriques
et la promotion des énergies renouvelables. Les différents
pays ont été saisis pour confirmation de leur engagement
à piloter, chacun, lexécution dun volet spécifique
du programme énergétique communautaire (PEC). Si chaque
Etat a désigné le correspondant national du PEC et les experts
de leurs ressorts pour les différents comités, la mise en
place du système communautaire dapprovisionnement de produits
pétroliers, liquides et gazeux reste encore une vue de lesprit.
Toutefois, lUEMOA a le mérite denvisager une telle
alternative qui apparaît comme une solution aux effets néfastes
de la volatilité des cours du pétrole.
Dans le cadre plus vaste de la CEDEAO, la politique énergétique
ne sintéresse pour linstant quà lapprovisionnement
en gaz, aux connexions électriques et aux énergies renouvelables
tels que le solaire, la biomasse.
A titre dexemple, quatre pays ( Le Nigeria, le Bénin, le
Ghana et le Togo) ont décidé de réaliser un gazoduc
qui permettra lutilisation du gaz naturel du Nigeria par ces pays
pour la production dénergie.
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