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N°03 janvier 2002

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Intégration : prends garde à tes amis !

par Ibrahim SY SAVANE

aut-il voir l'influence des alizés, chers à Senghor, dans l'abondance des projets annoncés au cours des dernières réunions de la CEDEAO et de l'UEMOA, à Dakar? Une compagnie de cabotage, une aérienne, un ambitieux programme de lutte contre la corruption, un autre contre la pollution.etc. Ceuxquiaccusaient les dirigeants de l'Afrique de l'Ouest de trop se préoccuper de politique et pas suffisamment de projets concrets de développement, ont dû tirer quelque satisfaction de cette avalanche de bonnes intentions. Reste maintenant à voir ce que deviennent ces initiatives, une fois que les délégations ont quitté la pointe des Almadies pour se coltiner, chacune dans son pays, les réalités quotidiennes. Ce n'est pas la première fois que des idées si mirobolantes sont lancées au cours de ces grandes réunions, mais bien souvent, et en dépit de la volonté réelle des promoteurs, celles-ci ne sortent pas des limbes. C'est que les contraintes de départ sont souvent négligées, mais surtout, qu'il advient tout aussi souvent que les forces centrifuges au sein même de la Communauté ou tapies plus loin encore, mettent un rare acharnement à contrecarrer l'émergence de telles initiatives. En effet, même lorsque tous appellent à l'union, il faut bien voir que celle-ci se fait à court terme, au détriment de quelques positions bien établies. Ainsi, certains pays membres ne perçoivent dans les projets de regroupement que les menaces, rarement les opportunités.Ils agissent presque de façon inconsciente, contre la réalisation effective. Sans compter l'attitude de certains autres pays "amis", qui incitent certes à l’intégration, mais se trouvent de fait, pour diverses raisons, amenés à la combattre insidieusement, dans la mesure où cela contrarie leurs intérêts économiques. Mais, toute union est une lutte de longue haleine contre soi- même, contre différents partenaires dont la vocation est de préserver leurs avantages acquis en Afrique. Avantages qui peuvent s'effriter dès lors que les Africains présentent un front commun et cessent d'être une addition de faiblesses. Sauf à faire preuve d'angélisme, on ne peut nier le fait que les partenaires de l'Afrique, même quand ils sont de bonne foi, ont plus de raisons de traiter individuellement avec les pays, qu'à négocier avec un bloc compact.
Il est vrai que la construction des ensembles économiques est, pour les grandes puissances extérieures, un véritable problème. Obligées de les encourager, elles sont en même temps persuadées que cela peut troubler leur quiétude. On l'a bien vu, c'est de guerre lasse que les Etats-Unis ont admis la naissance et la structuration de la Communauté européenne, sans parler de la naissance de l'Euro. Le schéma, en Afrique, est bien sûr différent pour des raisons historiques. Cependant, des entités économiques puissantes ont profité du déclassement et de la dévaluation pas seulement du CFA, mais de toute l'économie africaine, pour établir des monopoles dans maints domaines : Transport, Energie, Télécommunications, Eau, Distribution. Au point que l'on a parlé un peu vite, c'est vrai, de renaissance des anciens comptoirs. Comment croire que l'exploitation de compagnies intra-communautaires par des états associés, avec un management de type privé, sera bien vue par ceux- là qui savent que les investissements sont certes risqués en Afrique mais également parmi les plus profitables au monde. ?
Pas de doute, la mise en œuvre des bonnes résolutions des institutions d'intégration devra compter avec les options particulières des états, mais aussi se confronter, peut-être brutalement avec les intérêts de firmes internationales qui sont nichées dans des secteurs juteux et "sanctuarisés" dont ils n'ont pas l'intention de se faire déloger.

Retrouvez le N°4 de Ouest Afrique Economie en ligne à partir du mardi 5 février 2002

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