Ouest Afrique Economie

N°03 janvier 2002

A la une
La Lettre de l'Editeur
Profils
H.E.S.
Le Dossier
Rencontre
Gros Plan
Tisserands
Idée
Géo - Économie
Espaces Économiques
Ecothèque
Lettre d'information
Forum de discussion Notre Journal

Gros Plan

par Koné Soungalo

FISCALITE AU SEIN DE L’UEMOA
Que de disparités !

’harmonisation des politiques fiscales nationales au sein de l’Union économique et monétaire ouest africaine, étape essentielle de la réalisation du marché commun, est loin d’être effective. La fiscalité diffère d’un pays à l’autre tant dans sa structure qu’au niveau des taux pratiqués. Parfois avec de profondes disparités.

Dans l’ensemble, selon les critères de convergence macroéconomiques établis au sein de la communauté, seul le Sénégal a une pression fiscale en phase avec la norme communautaire. En l’an 2000, la pression fiscale s’est établie à 14,8% contre 15,1% en 1999 soit un niveau inférieur à cette norme qui est de 17%. Si les recettes fiscales ont augmenté de 0,5% soit 2516,8 milliards représentant 14,8% du produit intérieur brut (PIB) nominal, la pression fiscale par contre s’est inscrite en légère baisse de 0,3 % par rapport à 1999. Au niveau des pays de l’UEMOA seul le Sénégal donc a un taux de pression fiscale se rapprochant de la norme communautaire . Ensuite viennent la Côte d’Ivoire (16,2%), le Bénin (14,3%) et le Mali (13%). Quant à la Guinée Bissau, le Togo et le Niger ils ont encore, si on peut dire, beaucoup d’efforts à fournir pour atteindre le seuil suggéré par l’Union. Les taux sont respectivement de 11,4% , 11,7% et 9,7%. Le ratio recettes fiscales par rapport au PIB ne donne pas non plus satisfaction. Il s’est établi pour l’ensemble de la communauté à 14,8% alors qu’il devrait être d’au moins 20%. Aucun des pays de l’UEMOA ne parvient à respecter ce critère analytique de convergence macroéconomique. Seules la Côte d’Ivoire et le Sénégal avec respectivement des taux de 18,6% et 17,3% s’en rapprochent. Le Niger pour sa part affiche un taux de 8%.

Si cette contre performance de l’Union, perceptible du reste au niveau des pays membres, peut s’expliquer par l’entrée en vigueur du tarif extérieur commun, il ne faut pas non plus négliger les effets pervers d’une taxation trop lourde et d’une pression fiscale en total déphasage avec la réalité économique de la sous région. La majeure partie des pays de l’UEMOA sont considérés comme pauvres voire très pauvres et en proie, pour certains, à une instabilité socio politique. Il y a donc beaucoup à faire pour attirer les investisseurs mais aussi pour recouvrer les impôts dus par les entreprises et les populations. Dans un tel contexte, l’UEMOA ne gagnerait-elle pas à proposer des critères plus souples de convergences macroéconomiques ? Trop d’impôt, parce que favorisant l’évasion et la fraude fiscale, « tue l’impôt » dit la maxime. L’analyse du recouvrement des recettes fiscales au sein de l’Union est très révélatrice même, si dans la plupart des pays elles ont progressé à l’exception de la Côte d’Ivoire, le Bénin, la Guinée Bissau. En effet le taux de réalisation qui instruit sur la performance de l’administration fiscale en matière de recouvrement, se situe dans l’ensemble en dessous de la moyenne c’est à dire 50%. Hormis le Sénégal et le Togo qui affichent respectivement des taux de 51,9% et 52,6% .  C'est dire que dans cet espace communautaire les pays arrivent avec des fortunes diverses à recouvrer à peine la moitié des prévisions de recettes fiscales. Ils diffèrent donc tant au niveau de la pression fiscale, du ratio recettes fiscales par rapport au PIB que du taux de réalisation. 

Cette disparité est surtout due à la structure de la fiscalité dans les différents pays et aux taux d’imposition pratiqués même s’il ne faut pas négliger les pesanteurs liées au recouvrement et qui affectent ce taux de réalisation. Autant d’éléments auxquels devrait remédier, dans une certaine mesure, l’harmonisation et l’assainissement des réglementations économiques préconisées dans le traité de l’UEMOA. « Afin de mettre en œuvre le marché commun, il sera procédé à la rationalisation et à l’harmonisation de certaines législations, notamment de celles régissant les activités économiques ainsi que les fiscalités intérieures » peut on y lire. Celle de la fiscalité intérieure a porté dans un premier temps sur la fiscalité indirecte. Les reformes envisagées à ce titre visent notamment la rationalisation de la fiscalité par la généralisation de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), le réexamen, dans une perspective sous régionale, de la fiscalité pétrolière et l’élargissement de l’assiette fiscale par la fiscalisation du secteur informel. Selon le traité, le programme d’harmonisation devrait reposer dans une première étape, sur l’adoption d’un système simplifié de taxation, facile à administrer avec un nombre limité de taux, afin de ne pas engendrer des distorsions contre-productives. Cette harmonisation, à l’instar d’autres réformes communautaires, a du mal à devenir effective. De sorte que d’un pays à l’autre, les impôts sont différents. Même la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) n’est que d’apparition récente dans la nomenclature fiscale de certains pays. Elle a été surtout instituée à cause du déficit budgétaire partiellement imputable à la baisse des recettes douanières consécutive à la mise en conformité avec le tarif extérieur commun (TEC). Ainsi le Sénégal a t il introduit la TVA en juillet 2000. Le Mali en a fait de même toujours dans le but de contrebalancer le recul des droits de douane.

Suscitée par l’Union, la TVA est pourtant appliqué différemment d’un pays à l’autre. La Côte d’Ivoire qui a une longue pratique de cette taxe applique deux taux : un dit normal de 20% et un taux réduit de 11,11%. Le Togo a un taux qui oscille entre 7 et 18% quand celui du Sénégal est compris entre 10 et 20%. Le Mali, le Burkina et le Bénin pour leur part, appliquent le même taux unique de 18%. Au Niger en l’état actuel des choses, la TVA n’est appliquée que sur les biens importés à raison d’un taux unique de 17%. La Guinée Bissau est, quant à elle, le dernier pays de l’espace communautaire à envisager, dans le cadre de la réforme de son système fiscal, l’introduction de la TVA. Dès lors le Togo apparaît comme le pays de l’Union qui a le taux d’imposition le plus faible. Quant à la Côte d’Ivoire elle est celui qui a le taux le plus élevé.
L’impôt sur les valeurs mobilières qui s’inscrit dans le cadre de l’harmonisation de la fiscalité directe n’a pas non plus le même taux dans tous les pays où il est déjà en vigueur. Alors qu’au Burkina il est de 6% prélevé directement à la source sur le revenu brut, au Mali et au Bénin il est de 18% contre 30% en Guinée Bissau.

Le bénéfice industriel et commercial (BIC) connaît la même disparité au sein de l’Union. En effet, alors qu’au Niger il est de 45% , il n’est que de 38% au Bénin contre 35% au Mali où il est désigné sous le vocable d’impôt sur les sociétés. Au Burkina, le BIC oscille entre 10 et 40% quand il se situe entre 35 et 50% en Guinée Bissau. Quant à la Côte d’Ivoire, elle applique un taux compris entre 25 et 35% selon qu’il s’agit « d’une société ou d’une entreprise individuelle ».
Il en est ainsi au sein de l’UEMOA où il reste du chemin à parcourir pour harmoniser la fiscalité et parvenir dans les huit pays au respect des critères de convergence notamment celui de la pression fiscale et celui du ratio recettes fiscales par rapport au PIB et un meilleur taux de réalisation des recettes fiscales projetées. Peut être cette amélioration passe t elle, entre autres éléments, par une politique fiscale moins étouffante, plus transparente et conciliante. Bref par une politique qui rassure plutôt que celle qui frise le harcèlement fiscal.

Pour l’heure, chaque pays se bat comme il peut à coups d’exonérations fiscales et facilités diverses pour attirer les investisseurs. Il y va de la croissance économique. Et c’est là tout l’enjeu qui devrait inspirer les Etats membres de l’UEMOA vers une logique fiscale moins pressante qui, in fine, fait davantage perdre que gagner.

Retrouvez le N°4 de Ouest Afrique Economie en ligne à partir du mardi 5 février 2002

Top


ArchivesLiens utiles AgendaContacts

PACTE

   
Ouest Afrique Economie List Our partners A

ouestafriqueeconomie.com v 4_3