|
N°03 janvier 2002




|

Afrique de l'Ouest
La décennie des contrastes
Par Ibrahim SY SAVANE
ifficile
de dire comment va lAfrique de lOuest en ce debut dannée
2002, tant sont contrastées les figures quoffre la quinzaine
de pays qui la constituent.Voici le Niger qui, malgré une relative
accalmie socio-politique, semble se replier sur ses difficultés.
A contrario, le Sénégal qui a réussi une réelle
percée au niveau international, bouillonne de projets. Et si, pour
le moment, les attentes sociales sont loin dêtre satisfaites,
des prémisses laissent voir que ce pays est à la veille
dun nouveau départ qui va sans doute consolider sa position
dans la sous-région. Lexemple du Sénégal est
dailleurs riche denseignements : Quelle que soit la qualité
de léquipe gouvernementale, lusure du pouvoir et la
sclérose entravent le nécessaire sursaut. Il fallait une
alternance. Autre leçon, tout se passe comme sil fallait
que les populations et les entrepreneurs perdent dabord toute illusion
sur les possibilités de lEtat, avant de pouvoir libérer
leur énergie thésaurisée. Ainsi, malgré la
prépondérance étatique, aujourdhui, les forces
susceptibles dentraîner léconomie vers lexpansion,
sorganisent mieux et, dune certaine façon, naccordent
à létat quune importance relative. Et si au
fond, résidait là le salut pour tous ces pays dAfrique,
en particulier de ceux de la sous-région où letat-providence,
avec ses promesses extravagantes, explicites ou non et son centralisme
excessif, a provoqué une sorte dengourdissement qui a désarmé
les populations quand les crises sont survenues?
La difficulté à appréhender la situation
sous-régionale provient aussi de la rapidité des évolutions
politiques. Qui pouvait prévoir par exemple que le Nigéria,
avec Obasanjo, sembourberait dans des problèmes qui touchent
lessence même de la nation? Après plusieurs années
de dictature militaire, atteignant une dimension à la fois tragique
et loufoque sous Sani Abacha, il nétait pas déraisonnable
de penser que le Nigéria, définitivement de retour, tirerait
toute la sous-région. Ce nest pas ce qui sest produit.
Certes, le géant garde ses forces, mais comme une mauvaise graisse.
Il ne parvient pas à impulser le mouvement dont toute lAfrique
a rêvé et qui aurait dû en faire un pôle équivalent
à celui de lAfrique australe, organisée autour de
lAfrique du Sud. Pis, si le Nigéria ne parvient pas à
maitrîser sa situation interne, les conflits ethnico-réligieux
mais aussi on ne le dit pas assez-, ceux issus de revendications
économiques, ses voisins pourraient sen trouver déstabilisés.
Funeste perspective qui, heureusement, nest pas inéluctable.
Un autre cas décole est celui du Mali. Voici
un pays, clochardisé par la gestion scabreuse de militaires tentant
désesperement, dans le froufrou des grands boubous, de se faire
passer pour des civils, mais ne réussissant quà désarticuler
les institutions et à dévitaliser lécononomie,
lépargne; quà décourager les transferts
de travailleurs émigrés durs à la tâche. Près
dune décennie après, les Maliens, qui semblent oublier
que leur pays nest passé que de justesse près du chaos,
revendiquent fortement et contestent tout autant le bilan. En fait, il
ya un énorme malentendu : Dune part, la population
qui sest saigné durant ces terribles années, est impatiente
de récolter les fruits, alors que de son côté, lactuel
pouvoir nest pas loin de penser que ses performances nont
pas été reconnues à leur juste valeur. Lui qui sennorguellit
davoir doté le pays dinstitutions solides, restauré
une confiance minimale vis à vis des citoyens, crée les
conditions propices à linitiative privée, relustré
le rayonnement cuturel et diplomatique du Mali. La fin de mandat de Alpha
Omar Konaré se passe donc dans une certaine confusion, accrue par
les querelles de succession et par une sorte damertume et de ressentiments
réciproques. La grande fête du foot-ball africain qui démarre
dans quelques jours, braquera ses projecteurs sur le pays. Alors, celui-ci
apparaîtra dans sa splendeur pour les plus indulgents, mais pour
les autres, cela pourrait souligner cruellement les ratages et les insuffisances
dune décennie que, pourtant, tous prophétisaient décisive.
Konaré parti, yaura t-il Renouveau ou même simplement
renouvellement des hommes? Trop tôt pour répondre.
Hormis la Guinée et le Togo, un semblant de renouvellement
des dirigeants sest opéré et parfois en accéléré,
dans toute lAfrique de lOuest, ces dernières années.
La Guinée, pour le moment, est « cadenassée »
par le Président Conté, au pouvoir depuis 17 ans, mais qui
garde la forme pour les diatribes et les vitupérations. Cibles
de choix, les opposants et tous ceux qui pensent et disent que la Guinée
mérite un meilleur sort. Et les autres pays de la région?
Bénin (Une forme de renouvellement tout de même), Sénégal,
Ghana, Nigéria, Niger etc. Tous ont connu des alternances, la palme-
ou lépine- revenant à la Côte dIvoire
où les changements auront été plus rapides, plus
inattendus et à la fois plus sanglants et spectaculaires. Les Ivoiriens
se disent quils ne peuvent pas « tomber plus bas »
quils lont fait, il ya deux ans. Doù cet
optimisme dautant plus paradoxal que, en dépit de bien meilleures
dispositions des bailleurs de fonds et du grand forum, ils ne sont encore
véritablement réconciliés ni avec la croissance économique
ni avec la paix sociale. Pendant ce temps, le Libéria et la Sierra
Léone errent toujours dans la nuit. Mais, dans la mesure où
les tueries de masse y ont pris fin, la longue tragédie donne le
sentiment quelle est en train de sestomper. Très lentement,
il est vrai. Sils ont échappé au destin quà
connu la Somalie, lun et lautre de ces deux pays sont, toutefois,
loin dêtre stabilisés. En attendant, y parler de développement
économique sembe quelque peu déplacé.
Dire, dans ce contexte, que la situation de lAfrique
de lOuest est contrastée, est un doux euphémisme.
Même si, in fine, les éléments plaidant en faveur
dun optimisme, même prudent, lemportent sur les raisons
de désespérer qui, lannée dernière encore,
étaient plus nombreuses. Les lignes de force ( Solidarité
communautaire, renforcement démocratique, libération des
énergies
.) sont, en tout cas, celles que lon a envie
de privilégier sur les lignes de fuite, au moment où sachève
une année quon peut qualifier sinon dhorrible, mais
à tout le moins, de médiocre.
Réagir
à cet article
|


|