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N°03 janvier 2002
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Rencontre
M. AHOUA DON MELLO
DIRECTEUR GENERAL DU BNEDT
(Bureau national d’Etudes techniques et de Développement)

Interview réalisé par Ahoussi Pothin

AMBITIONS SOUS-REGIONALES 

Créé en 1978, le Bureau national d’Etudes techniques et de Développement (BNETD) anciennement DCGTx a œuvré efficacement à la conception et à la réalisation des grands chantiers de développement de la Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, conscient des défis qui se posent à la Côte d’Ivoire en particulier et à l’Afrique en général en matière de développement socio-économique et industriel, le BNETD veut être la tête de proue de ce développement. Dans l’entretien qui suit, son Directeur Général, M. Ahoua DON MELLO, ne s’en cache point en affirmant la ferme volonté du BNETD d’être au cœur du développement de la sous-région.

Monsieur le Directeur Général, dès votre arrivée à la tête du BNETD, vous avez affiché votre volonté de vendre l’expertise du BNETD dans la sous-région. Où en êtes-vous aujourd’hui avec cette volonté ?

Au niveau de la sous-région, il faut dire que nous avons été très actifs parce que telle a été la volonté de la nouvelle direction générale. Cette volonté s’inscrit, d’ailleurs, dans le programme de gouvernement du président Laurent Gbagbo qui consiste à œuvrer à l’intégration des économies africaines. Nous avons donc pensé que le BNETD, en tant que source d’expertise multidisciplinaire, pouvait aussi partager son savoir et son savoir-faire avec les autres pays de la sous-région. Par conséquent, nous avons pu travailler successivement au Sénégal où nous avons contribué à la réalisation du plan stratégique de la ville de Saint-Louis, à Accra et à Koumassi au Ghana, à Bamako au Mali, à Ouagadougou au Burkina Faso, au Cameroun et au Bénin. Nous travaillons actuellement aux Iles Comores. Nous avons donc pu, à travers notre nouvelle vision des choses, accroître le champ de nos activités pour mieux faire partager notre savoir et notre savoir-faire. Par conséquent, nous pensons que ce n’est qu’un début et que l’année 2002 va nous permettre d’amplifier ce mouvement d’ensemble pour qu’il y ait convergence des ressources humaines et des expertises en Afrique. Dans les pays où nous sommes passés, nous avons constaté qu’il y avait des experts sur place. Mais il leur manquait un cadre comme le BNETD qui est un vivier de synchronisation d’un nombre important d’expertises donc capable d’embrasser de grands projets sectoriels. Et nous pensons que notre appui dans ces différents pays va permettre de développer ces expertises et donc d’accroître la capacité de tout le continent africain dans ce domaine ; mais aussi de nous positionner comme la locomotive de la Coopération Sud-Sud en partageant notre expérience avec les autres pays dans le cadre des études de marché, des conventions de partenariat, etc.

Comment déjà sur le terrain, ces différentes expertises sont-elles mises en commun pour accélérer le développement économique et industriel de l’Afrique ?

Dans un premier temps, lorsque nous arrivons dans un pays, notre objectif est de chercher des partenaires techniques, des consultants ou des structures similaires au BNETD. Ce partenariat nous permet de développer ensemble des projets, de mettre en commun nos ressources. C’est une initiative qui nous a permis de créer un réseau d’expertises sous-régionales. Mais au-delà de la sous-région, un tel réseau peut servir à toute l’Afrique.

Certains Etats de l’Afrique de l’Ouest, avec à leur tête la Côte d’Ivoire, ont lancé l’idée de la construction d’une ligne de chemin de fer reliant plusieurs de leurs capitales avec pour base de départ la côtière ivoirienne. Cela semble un projet quelque peu grandiose…

Oui, disons que c’est un projet très ambitieux. Et pour le moment, nous n’en avons pas encore achevé l’étude parce qu’il y a une priorité pour la Côte d’Ivoire, c’est le chemin de fer Abidjan-San Pedro qui va permettre de désenclaver toute la région de l’Ouest et d’exploiter les grands gisements miniers qui s’y trouvent. Donc nos efforts, en matière d’études, sont pour l’instant concentrés sur la construction de ce chemin de fer. Après cela, nous allons nous attaquer à cet important projet qui consiste à intégrer le réseau des chemins de fer de la sous-région. En fait, c’est un programme d’intégration des réseaux. Et ce type de programme est en étude en ce qui concerne les réseaux électrique et téléphonique ainsi que les autres moyens de communication afin de permettre à la sous-région de synchroniser ses infrastructures en matière de transport et de communication. La définition des politiques d’intégration des infrastructures relèvent d’institutions sous-régionales comme la CEDEAO et l’UEMOA. Nous, nous accompagnons ces politiques par notre expertise qui porte sur leur étude.

En Côte d’Ivoire, la décentralisation est l’une des grandes priorités du gouvernement actuel. Quelle sera la contribution du BNETD dans cette politique de décentralisation ?

Le BNETD fera pour les communes ce qu’il a fait pour toute la Côte d’Ivoire. A savoir soutenir les structures décentralisées dans l’identification, l’évaluation et dans l’exécution de leurs projets pour une maîtrise des coûts de la qualité des constructions mais aussi des délais de réalisation. Ce sont là trois éléments importants dans le pilotage des projets. Et le BNETD a l’expertise pour appuyer les communes dans leur programme de développement mais aussi pour piloter la réalisation des grands projets issus de ces programmes de développement. Par conséquent, nous comptons nous positionner comme un maillon important dans la politique de décentralisation pour mieux optimiser les ressources financières qui seront mises à la disposition de ces structures décentralisées. En d’autres termes, le BNETD a décidé de mener des études pour les 19 régions de la Côte d’Ivoire en vue d’identifier les potentialités, les contraintes, et mettre à la disposition des futurs pouvoirs décentralisés les instruments pour bâtir des plans stratégiques de développement.

A ce niveau, en attendant l’installation de ces pouvoirs, y a-t-il des initiatives déjà prises sur le terrain ?

Bien sûr ! Nous avons même signé des partenariats avec certaines communes de la Côte d’Ivoire telles que Rubino, Taabo, Nassia, Gagnoa et Yamoussoukro. Et nous avons travaillé activement avec la commune de Bongouanou dans l’élaboration de son plan stratégique de développement. Ces exemples montrent bien que nous nous positionnons déjà comme un élément d’appui à la politique de décentralisation afin d’accroître la capacité de ces communes dans la réalisation de leur programme.

Intéressons-nous, si vous le permettez, au réseau routier ivoirien. Quelle politique de gestion, d’entretien et d’extension de ce réseau entrevoyez-vous ?

Nous sommes un peu à l’image de la sage-femme. Nous aidons à accoucher des projets. Toutefois, nous ne sommes pas les gestionnaires de ces projets. C’est dire qu’en ce qui concerne l’entretien, il revient au maître d’ouvrage ou au propriétaire des projets à savoir les différents ministères ou les structures qui nous passent la commande de travaux spécifiques de s’en charger. Mais nous constatons que nous devons, en plus de la réalisation des projets, ajouter une politique de maintenance pour un développement durable. A cet effet, nous avons créé un centre de formation et de recherche qui a pour ambition de faire le diagnostic de l’ensemble des grands projets que nous avons réalisés et de proposer des mesures qui permettront d’en assurer la pérennité. En ce qui concerne l’extension du réseau routier, il y a beaucoup d’éléments qui touchent à la politique de refondation de la Côte d’Ivoire telle qu’engagée. Et les principes qui s’inscrivent dans cette politique sont que les différentes capitales régionales doivent être reliées entre elles par des réseaux bitumés et être en contact avec les pays voisins. Cela s’inscrit dans la politique globale de renforcement et d’augmentation du réseau routier en Côte d’Ivoire. Par rapport à cela, nous avons déjà fait des tracés ainsi que des études et proposé au gouvernement leur mise en forme. Aujourd’hui, nous avons la Côte d’Ivoire refondée en termes d’études, il s’agit donc maintenant de programmer la réalisation effective de tous ces projets en matière d’infrastructures routières.

Du 05 au 09 novembre dernier, s’est tenu à Yamoussoukro une conférence internationale initiée par le BNETD sur l’avenir des cultures pérennes . Quelle en était l’opportunité ?

Les richesses fondamentales de la Côte d’Ivoire sont le café et le cacao. Si l’on enlève ces produits, la Côte d’Ivoire devient un pays extrêmement pauvre. Par conséquent notre mission est d’assurer la pérennité de ces cultures. Et donc d’essayer d’avoir une vision prospective dans le temps de ces cultures compte tenu de deux éléments clés. Il faut savoir que la politique de libéralisation et de privatisation a un impact sur ces filières mais en même temps nous constatons un déplacement de ces cultures de l’Est de la Côte d’Ivoire vers l’Ouest. Alors l’on s’interroge : si l’Ouest aussi épuise ses sols, est-ce que ces cultures auront encore un avenir en Côte d’Ivoire ? Qui plus est, est-ce que la Côte d’Ivoire peut maintenir sa position de premier producteur mondial de cacao pendant longtemps ? Voilà les grandes interrogations qui nous ont amené à réaliser cette réflexion prospective afin de proposer au gouvernement une nouvelle vision du développement de l’agriculture en Côte d’Ivoire. Et je pense que les conclusions auxquelles nous sommes arrivés permettent de définir aujourd’hui une nouvelle politique agricole en Côte d’Ivoire, d’assurer la pérennité du développement de l’agriculture qui doit être considérée un temps soit peu comme le fondement de l’industrialisation de la Côte d’Ivoire pour faire de ce pays l’atelier de transformation des matières premières de la sous-région.

Quelles sont les perspectives dégagées par cette conférence ?

D’abord pour mieux stabiliser les cours des matières premières, nous pensons que les structures qui ont été mises sur pied au niveau de la filière café-cacao permettent d’assurer au paysan la capacité financière de poursuivre son activité. La deuxième action consiste à accroître la solidarité des différents pays producteurs afin de proposer une politique commune de commercialisation de ces produits. Et la troisième résolution, c’est de passer d’une agriculture extensive non diversifiée à une agriculture intensive diversifiée où l’apport en science et technique deviendrait de plus en plus important dans la mesure où les sols s’appauvrissent et la nature devient de moins en moins généreuse. Il faut en même temps diversifier pour résister aux fluctuations des prix de tels ou tels produits sur le marché. Il s’agit pour nous d’envisager une diversification aussi bien horizontale c’est-à-dire cultiver plusieurs produits agricoles que verticale c’est-à-dire intégrer les services comme le transport, la commercialisation et l’exportation de ces produits. Ce sont là les grands axes que nous avons arrêtés pour le développement de l’agriculture en Côte d’Ivoire.

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Retrouvez le N°4 de Ouest Afrique Economie en ligne à partir du mardi 5 février 2002

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