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M. AHOUA DON MELLO
DIRECTEUR GENERAL DU BNEDT
(Bureau national dEtudes techniques et de Développement)
Interview réalisé par Ahoussi Pothin
AMBITIONS SOUS-REGIONALES
Créé en 1978, le Bureau national dEtudes
techniques et de Développement (BNETD) anciennement DCGTx a uvré
efficacement à la conception et à la réalisation
des grands chantiers de développement de la Côte dIvoire.
Aujourdhui, conscient des défis qui se posent à la
Côte dIvoire en particulier et à lAfrique en
général en matière de développement socio-économique
et industriel, le BNETD veut être la tête de proue de ce développement.
Dans lentretien qui suit, son Directeur Général, M.
Ahoua DON MELLO, ne sen cache point en affirmant la ferme volonté
du BNETD dêtre au cur du développement de la
sous-région.
Monsieur le Directeur Général, dès
votre arrivée à la tête du BNETD, vous avez affiché
votre volonté de vendre lexpertise du BNETD dans la sous-région.
Où en êtes-vous aujourdhui avec cette volonté ?
Au niveau de la sous-région, il faut dire que nous
avons été très actifs parce que telle a été
la volonté de la nouvelle direction générale. Cette
volonté sinscrit, dailleurs, dans le programme de gouvernement
du président Laurent Gbagbo qui consiste à uvrer à
lintégration des économies africaines. Nous avons
donc pensé que le BNETD, en tant que source dexpertise multidisciplinaire,
pouvait aussi partager son savoir et son savoir-faire avec les autres
pays de la sous-région. Par conséquent, nous avons pu travailler
successivement au Sénégal où nous avons contribué
à la réalisation du plan stratégique de la ville
de Saint-Louis, à Accra et à Koumassi au Ghana, à
Bamako au Mali, à Ouagadougou au Burkina Faso, au Cameroun et au
Bénin. Nous travaillons actuellement aux Iles Comores. Nous avons
donc pu, à travers notre nouvelle vision des choses, accroître
le champ de nos activités pour mieux faire partager notre savoir
et notre savoir-faire. Par conséquent, nous pensons que ce nest
quun début et que lannée 2002 va nous permettre
damplifier ce mouvement densemble pour quil y ait convergence
des ressources humaines et des expertises en Afrique. Dans les pays où
nous sommes passés, nous avons constaté quil y avait
des experts sur place. Mais il leur manquait un cadre comme le BNETD qui
est un vivier de synchronisation dun nombre important dexpertises
donc capable dembrasser de grands projets sectoriels. Et nous pensons
que notre appui dans ces différents pays va permettre de développer
ces expertises et donc daccroître la capacité de tout
le continent africain dans ce domaine ; mais aussi de nous positionner
comme la locomotive de la Coopération Sud-Sud en partageant notre
expérience avec les autres pays dans le cadre des études
de marché, des conventions de partenariat, etc.
Comment déjà sur le terrain, ces différentes
expertises sont-elles mises en commun pour accélérer le
développement économique et industriel de lAfrique ?
Dans un premier temps, lorsque nous arrivons dans un pays,
notre objectif est de chercher des partenaires techniques, des consultants
ou des structures similaires au BNETD. Ce partenariat nous permet de développer
ensemble des projets, de mettre en commun nos ressources. Cest une
initiative qui nous a permis de créer un réseau dexpertises
sous-régionales. Mais au-delà de la sous-région,
un tel réseau peut servir à toute lAfrique.
Certains Etats de lAfrique de lOuest, avec
à leur tête la Côte dIvoire, ont lancé
lidée de la construction dune ligne de chemin de fer
reliant plusieurs de leurs capitales avec pour base de départ la
côtière ivoirienne. Cela semble un projet quelque peu grandiose
Oui, disons que cest un projet très ambitieux.
Et pour le moment, nous nen avons pas encore achevé létude
parce quil y a une priorité pour la Côte dIvoire,
cest le chemin de fer Abidjan-San Pedro qui va permettre de désenclaver
toute la région de lOuest et dexploiter les grands
gisements miniers qui sy trouvent. Donc nos efforts, en matière
détudes, sont pour linstant concentrés sur la
construction de ce chemin de fer. Après cela, nous allons nous
attaquer à cet important projet qui consiste à intégrer
le réseau des chemins de fer de la sous-région. En fait,
cest un programme dintégration des réseaux.
Et ce type de programme est en étude en ce qui concerne les réseaux
électrique et téléphonique ainsi que les autres moyens
de communication afin de permettre à la sous-région de synchroniser
ses infrastructures en matière de transport et de communication.
La définition des politiques dintégration des infrastructures
relèvent dinstitutions sous-régionales comme la CEDEAO
et lUEMOA. Nous, nous accompagnons ces politiques par notre expertise
qui porte sur leur étude.
En Côte dIvoire, la décentralisation
est lune des grandes priorités du gouvernement actuel. Quelle
sera la contribution du BNETD dans cette politique de décentralisation ?
Le BNETD fera pour les communes ce quil a fait pour
toute la Côte dIvoire. A savoir soutenir les structures décentralisées
dans lidentification, lévaluation et dans lexécution
de leurs projets pour une maîtrise des coûts de la qualité
des constructions mais aussi des délais de réalisation.
Ce sont là trois éléments importants dans le pilotage
des projets. Et le BNETD a lexpertise pour appuyer les communes
dans leur programme de développement mais aussi pour piloter la
réalisation des grands projets issus de ces programmes de développement.
Par conséquent, nous comptons nous positionner comme un maillon
important dans la politique de décentralisation pour mieux optimiser
les ressources financières qui seront mises à la disposition
de ces structures décentralisées. En dautres termes,
le BNETD a décidé de mener des études pour les 19
régions de la Côte dIvoire en vue didentifier
les potentialités, les contraintes, et mettre à la disposition
des futurs pouvoirs décentralisés les instruments pour bâtir
des plans stratégiques de développement.
A ce niveau, en attendant linstallation de ces
pouvoirs, y a-t-il des initiatives déjà prises sur le terrain ?
Bien sûr ! Nous avons même signé
des partenariats avec certaines communes de la Côte dIvoire
telles que Rubino, Taabo, Nassia, Gagnoa et Yamoussoukro. Et nous avons
travaillé activement avec la commune de Bongouanou dans lélaboration
de son plan stratégique de développement. Ces exemples montrent
bien que nous nous positionnons déjà comme un élément
dappui à la politique de décentralisation afin daccroître
la capacité de ces communes dans la réalisation de leur
programme.
Intéressons-nous, si vous le permettez, au réseau
routier ivoirien. Quelle politique de gestion, dentretien et dextension
de ce réseau entrevoyez-vous ?
Nous sommes un peu à limage de la sage-femme.
Nous aidons à accoucher des projets. Toutefois, nous ne sommes
pas les gestionnaires de ces projets. Cest dire quen ce qui
concerne lentretien, il revient au maître douvrage ou
au propriétaire des projets à savoir les différents
ministères ou les structures qui nous passent la commande de travaux
spécifiques de sen charger. Mais nous constatons que nous
devons, en plus de la réalisation des projets, ajouter une politique
de maintenance pour un développement durable. A cet effet, nous
avons créé un centre de formation et de recherche qui a
pour ambition de faire le diagnostic de lensemble des grands projets
que nous avons réalisés et de proposer des mesures qui permettront
den assurer la pérennité. En ce qui concerne lextension
du réseau routier, il y a beaucoup déléments
qui touchent à la politique de refondation de la Côte dIvoire
telle quengagée. Et les principes qui sinscrivent dans
cette politique sont que les différentes capitales régionales
doivent être reliées entre elles par des réseaux bitumés
et être en contact avec les pays voisins. Cela sinscrit dans
la politique globale de renforcement et daugmentation du réseau
routier en Côte dIvoire. Par rapport à cela, nous avons
déjà fait des tracés ainsi que des études
et proposé au gouvernement leur mise en forme. Aujourdhui,
nous avons la Côte dIvoire refondée en termes détudes,
il sagit donc maintenant de programmer la réalisation effective
de tous ces projets en matière dinfrastructures routières.
Du 05 au 09 novembre dernier, sest tenu à
Yamoussoukro une conférence internationale initiée par le
BNETD sur lavenir des cultures pérennes . Quelle en
était lopportunité ?
Les richesses fondamentales de la Côte dIvoire
sont le café et le cacao. Si lon enlève ces produits,
la Côte dIvoire devient un pays extrêmement pauvre.
Par conséquent notre mission est dassurer la pérennité
de ces cultures. Et donc dessayer davoir une vision prospective
dans le temps de ces cultures compte tenu de deux éléments
clés. Il faut savoir que la politique de libéralisation
et de privatisation a un impact sur ces filières mais en même
temps nous constatons un déplacement de ces cultures de lEst
de la Côte dIvoire vers lOuest. Alors lon sinterroge :
si lOuest aussi épuise ses sols, est-ce que ces cultures
auront encore un avenir en Côte dIvoire ? Qui plus est,
est-ce que la Côte dIvoire peut maintenir sa position de premier
producteur mondial de cacao pendant longtemps ? Voilà les
grandes interrogations qui nous ont amené à réaliser
cette réflexion prospective afin de proposer au gouvernement une
nouvelle vision du développement de lagriculture en Côte
dIvoire. Et je pense que les conclusions auxquelles nous sommes
arrivés permettent de définir aujourdhui une nouvelle
politique agricole en Côte dIvoire, dassurer la pérennité
du développement de lagriculture qui doit être considérée
un temps soit peu comme le fondement de lindustrialisation de la
Côte dIvoire pour faire de ce pays latelier de transformation
des matières premières de la sous-région.
Quelles sont les perspectives dégagées
par cette conférence ?
Dabord pour mieux stabiliser les cours des matières
premières, nous pensons que les structures qui ont été
mises sur pied au niveau de la filière café-cacao permettent
dassurer au paysan la capacité financière de poursuivre
son activité. La deuxième action consiste à accroître
la solidarité des différents pays producteurs afin de proposer
une politique commune de commercialisation de ces produits. Et la troisième
résolution, cest de passer dune agriculture extensive
non diversifiée à une agriculture intensive diversifiée
où lapport en science et technique deviendrait de plus en
plus important dans la mesure où les sols sappauvrissent
et la nature devient de moins en moins généreuse. Il faut
en même temps diversifier pour résister aux fluctuations
des prix de tels ou tels produits sur le marché. Il sagit
pour nous denvisager une diversification aussi bien horizontale
cest-à-dire cultiver plusieurs produits agricoles que verticale
cest-à-dire intégrer les services comme le transport,
la commercialisation et lexportation de ces produits. Ce sont là
les grands axes que nous avons arrêtés pour le développement
de lagriculture en Côte dIvoire.
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