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N° 10
Août 2002

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La Lettre de l'Editeur

par Ibrahim SY SAVANE

DES CHIFFRES ET DES HOMMES

’engouement que suscite la publication des indicateurs économiques relatifs à l’Afrique ne cesse de surprendre. Passe encore que ces chiffres savamment agrégés amènent des commentaires divergents, mais la véritable empoignade qu’ils provoquent est, sans aucun doute, un signe supplémentaire de la fragilité des systèmes d’informations socio-économiques internes. Ici, c’est le rapport du PNUD consacré au développement humain qui est exploité jusqu’à la corde par tel gouvernement, qui en fait une lecture si personnelle et si incongrue que l’on arrive à se demander s’il n’existe pas plusieurs versions du document; là un parti politique ne veut retenir que les commentaires négatifs, les chiffres déficients.
Certains croient découvrir dans ces rapports, celui du PNUD et d’autres, des signes catégoriques de la richesse ou de la pauvreté de leur pays. Certes, au cours des années, ces indicateurs se sont affinés, les appréciations sont plus objectives, nuancées, les "suggestions" moins comminatoires. Reste, cependant, qu’un indicateur ne peut remplacer la réalité quotidienne. A t-on vraiment besoin de longues exégèses pour se rendre compte que le manque de revenu a fait passer le nombre de repas journaliers dans certaines familles, de trois à deux, sinon à un seul? Et, faut-il attendre un rapport pour "prouver" la corruption, la petite corruption qui suinte de tous les pores des villes, la grande corruption dont les effets sont si visibles dans des fortunes colossales engrangées en moins d’une génération?
Par ailleurs, on le sait, les fameuses libertés démocratiques sont un leurre dans la plupart des pays qui se contentent de slogans où effectivement, il est question de démocratie et de liberté, mais sans plus. Tout cela, que des rapports puissent le pointer et le surligner, rien de plus réjouissant, dans la mesure où il s’agit de la confirmation de ce que l’on sait, que l’on vit, mais que l’on a peine à dénoncer de l’intérieur à cause d’une part, de la faiblesse des relais d’opinion et d’autre part, parce qu’à force de virulence et d’imprécations, les protestataires ne sont plus tellement entendus. D’où cette cruelle réalité qui veut que les instances de validation ou de dénonciation se trouvent désormais à l’extérieur. Outre leur qualité, les méthodes d’investigations rationnelles, les orientations somme toute pondérées, c’est singulièrement l’absence de sources internes crédibles qui fait le succès de ces pensums qu’on attend désormais avec impatience pour éclairer le Continent noir…
Pourtant, ce qui se passe ou ne se passe pas entre deux rapports, mérite une mobilisation permanente. Encore faut-il pour cela que l’information socio-économique soit considérée par l’ensemble des acteurs sociaux non comme une occasion de polémiques ou un tour de passe- passe pour se dédouaner et s’absoudre, mais bien telle qu’elle est : un outil d’aide à la décision.

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