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N° 10
Août 2002

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par Kone Soungalo

AFRIQUE DE L’OUEST

FAIBLE NIVEAU D’ INVESTISSEMENTS

L’Afrique en général et l’Afrique de l’Ouest en particulier peine à attirer les investisseurs. La part du continent dans les investissements directs étrangers est nettement en deçà de ce qu’elle pourrait ou devrait être en comparaison avec les pays de l’Asie. Et pourtant les opportunités et les incitations existent. Les contraintes et autres pesanteurs aussi.

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e continent africain est de plus en plus marginalisé. Même les investisseurs étrangers semblent le bouder. Pourtant ce ne sont pas les potentialités qui manquent tant sur le continent en général qu’en Afrique de l’Ouest. Certains pays de cette sous région de l’Afrique subsaharienne apparaissent comme de véritables scandales géologiques. La richesse de leurs sous-sol aurait du en effet leur permettre de jouer une bien meilleure partition. Au contraire, la part de marché de l’Afrique subsaharienne est passée de 3,64% en 1970 à 1,62% en 1995.
L’Afrique se marginalise tant au niveau des flux commerciaux que des flux financiers. Malgré la reprise des investissements privés, la part de l’Afrique dans les investissements directs est passée de 3% au début des années 1990 à moins de 2% en 2000. Or, au cours des dix dernières années, les flux mondiaux d’investissements étrangers directs (IED) n’ont cessé de s’amplifier, passant de 209 milliards de dollars en 1990 à 1300 milliards de dollars en 2000. Contrairement à ce qui s’est passé sur la plupart des autres continents, les investissements à destination de l’Afrique ont diminué en 2000, passant pour la première fois, depuis le milieu des années 90, de 10,5 milliards à 9,1 milliards de dollars. Ce continent reste le parent pauvre même si les flux totaux d’IED ont augmenté de 10% par rapport à l’année précédente. Si l’on compare la répartition des investissements directs au PNB, des différences notables apparaissent concernant la période 1988/ 97. L’Afrique est la moins bien lotie. Elle attire 68,8 % des investissements directs à destination des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). Alors que son PNB en 1997 représentait 84,8% du total de ces pays. Et pourtant que ce soit au plan des infrastructures notamment routières, des télécommunications, de l’agro industrie ou de la recherche et de l’exploitation minière et pétrolière, l’Afrique constitue dans son ensemble une source immense d’opportunités.
La situation est telle que la Commission Economique pour l’Afrique (CEA) a organisé du 24 au 27 juin 2001, une conférence internationale à laquelle ont assisté à Accra plusieurs chefs d’Etats et de gouvernement et plus de 600 personnes. « Relance de l’investissement privé en Afrique ; partenariat pour la croissance et le développement », tel était le thème de cette conférence patronnée par la table ronde des hommes d’affaires africains la coalition mondiale pour l’Afrique, le Programme des Nations Unies pour le développement(PNUD), etc… « Les gouvernements doivent établir un climat socio-économique stable, pluraliste et favorable pour que les investisseurs africains et étrangers prennent et tiennent des engagements productifs en Afrique », a déclaré M K Y Amoako secrétaire exécutif de la CEAO. Le tableau n’est pas très reluisant même si certains pays tirent leur épingle du jeu à l’instar des pays développés notamment d’Europe occidentale. Il s’agit notamment de pays tels que l’Egypte, la Tunisie, le Nigéria. Au plan régional, la communauté de développement de l’Afrique australe est restée le groupe de pays qui a attiré le plus d’IED en Afrique. 44% des entrées totales, contre 21% pendant la première moitié des années 90. L’Afrique de l’Ouest, en dépit de ses immenses potentialités et des programmes d’ajustement et leurs contraintes diverses, ne draine que très peu d’IED. Pourtant ces programmes initiés par les bailleurs de fonds étaient sensés favoriser dans une certaine mesure l’afflux de capitaux privés étrangers. Dans un rapport publié en juillet 2000 sous le titre « le flux de capitaux et la croissance économique en Afrique », la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement ( CNUCED) fait remarquer : « Dans la période 1975-82, les entrées de capitaux privés représentaient 3,9% du produit national brut(PNB) des pays d’Afrique subsaharienne, en 1983-1998, période de la généralisation de l’ajustement, ils ne représentent plus que 1,8% du PNB, soit une chute de plus de 50% par rapport à la période 1975-82 qui a précédé la crise de la dette et le début des politiques d’ajustement ».
Pour une raison ou une autre, les pays de l’Afrique de l’Ouest n’attirent pas beaucoup les investisseurs qui préfèrent en général les paradis fiscaux. Seuls un pays qui recèle du reste d’importants gisements pétrolifères tire son épingle du jeu. Il s’agit du Nigéria qui figure pratiquement toujours depuis 1978 au top 10 des principaux pays bénéficiaires d’investissements directs au niveau de l’Afrique des Caraïbes et du Pacifique. Treizième pays producteur mondial de pétrole, le Nigeria n’a pourtant pas de mérite particulier. On constate en effet que les investissements sont principalement orientés vers un petit nombre de pays receveurs généralement producteurs de minéraux, de pétrole dont le Gabon, le Cameroun, le Congo l’Angola ou des pays qui soit apparaissent comme de véritables paradis fiscaux soit développent une véritable politique de promotion du secteur privé. D’autres pays apparaissent également au moins une fois dans le Top 10 entre 1978 et 1997. Il s’agit de la Côte d’Ivoire, du Libéria et du Ghana. De source proche de la Banque mondiale, deux de ces pays maintiennent la cadence et occupent le peloton de tête en Afrique de l’Ouest. Le Nigeria ne faillit pas à sa réputation de locomotive de cette région. Il a enregistré 1005 millions de dollars d’investissements étrangers directs en 1999 contre 350 millions de dollars pour la Côte d’Ivoire, l’autre géant de cette région. La Guinée et le Sénégal avec respectivement 63 millions de dollars et 60 millions de dollars d’investissements enregistrés prennent de l’ascendant. Le Cap-Vert , le Ghana, le Bénin, le Togo, le Niger et le Burkina enregistrent respectivement pour leur part 15 millions des dollars, 17 millions de dollars, 31 millions de dollars, 30 millions de dollars, 15 millions de dollars et 10 millions de dollars. Quant à la Sierra Leone, elle n’en a attiré qu’un million de dollars. Ces performances sont en réalité nettement en deçà des potentialités de la sous région qui regorge tant de ressources minières que pétrolières.
Bien des obstacles freinent l’accroissement des flux. D’abord au niveau de l’environnement économique. On peut relever entre autres freins, l’exiguïté des marchés des pays de la sous région, la difficulté d’accès de l’investisseur privé à l’information nécessaire, l’insuffisance d’infrastructures indispensables, l’absence d’une véritable politique de soutien au secteur privé, etc. Au niveau juridique et réglementaire, les potentiels investisseurs déplorent l’inexistence de législations opportunes, l’inadaptation des codes des investissements, le manque de transparence des législations adoptées et l’insuffisance des systèmes de protection et de garantie des investissements.
Ce sont là autant d’éléments qui motivent la réticence des investisseurs même s’ils ne sont pas propres à cette sous région. L’intégration sous régionale entamée constitue déjà une des solutions à l’étroitesse des marchés nationaux. L’Afrique de l’Ouest représente en effet un marché d’un peu plus de 210 millions d’Habitants. Tant au plan régional que national les différents pays doivent s’atteler « à alléger les procédures nécessaires à l’autorisation d’investir, rendre plus transparentes les différentes dispositions légales en application, et surtout mettre en cohérence les intentions libérales affichées et les régimes économiques ou juridiques en vigueur ; renforcer la sécurité et la protection des investissements étrangers etc ».
Dans un contexte ou l’épargne est quasi inexistante et les investisseurs locaux rares, l’Afrique de l’Ouest doit accélérer son intégration tout en engageant les reformes nécessaires. C’est le prix à payer pour devenir une zone d’attraction par excellence des investissements. Même si le flux des investissements ne rime pas toujours avec croissance économique et réduction de la pauvreté. Ce dont cette zone a le plus besoin. Et pour cause onze ( Cap-Vert, Burkina, Sénégal, Gambie, Mali, Bénin, Guinée, Niger, Togo, Sierra Leone, Guinée Bissau) des quinze pays qu’elle regroupe appartiennent à la catégorie des 43 les moins avancés.

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