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N°01 Novembre 2001
Le Numéro Actuel
 


 

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SENEGAL : En attendant le changement
par Ibrahim SY SAVANE
Dakar.
La ville semble gronder dans ses limites. Frénétique, elle
paraît complètement suractivée. Le vieux centre administratif
et commercial du Plateau étouffe à certaines heures du jour,
sous la pression dune circulation dense de vieux taxis jaunes et
noirs qui nobéissent quà leur propre code de
la route. De la place de lIndépendance, en remontant vers
le célèbre marché Sandaga, chaque mètre carré
de trottoir est âprement disputé par des marchands qui ont
édifié là, un véritable super marché
à ciel ouvert. Vêtements, électroménager, chaussures
importées, avec leurs « griffes » tellement
ostentatoires que la contrefaçon saute aux yeux. Mais, chacun y
trouve son compte. Des acheteurs compulsifs qui ne sont pas dupes, quelques
policiers débonnaires qui ont déjà fort à
faire avec la circulation anarchique et qui, dailleurs, ne trouvent
rien à redire.
Puisque le cur de la ville, qui se trouve dans ce quadrilatère,
bat à pulsations régulières, alors peut se justifier
le vent doptimisme qui souffle sur le pays depuis larrivée
du nouveau président, Abdoulaye Wade. « Laye Wade »
par sa faconde, son verbe haut, ses idées tourbillonnantes, sa
passion non dissimulée pour le pouvoir et lEtat est, sans
aucun doute, lhomme quil fallait pour réveiller un
Sénégal somnolent, vaguement complexé depuis que
des politiques macro-économiques hasardeuses lavaient déclassé,
avant de le faire régresser par une dévaluation du cfa dont
il na pas beaucoup tiré profit.
Longtemps, les Sénégalais penseront et diront que « la
dévaluation a été concoctée sur mesure pour
la Côte dIvoire » . Ils savourent dautant
aujourdhui, le frémissement économique et le regain
dactivités qui attirent les investisseurs, font revenir certains
émigrés porteurs de projets divers. De fait, les grands
hôtels qui nétaient plus hantés que par quelques
hommes daffaires désargentés, affichent un nouveau
visage. Les initiatives locales se multiplient, les rénovations
et les constructions dimmeubles se font à un rythme accéléré.
Les villas de style méditerranéen poussent rapidement tout
le long des grands axes qui mènent vers les banlieues proches de
Dakar et vers laéroport de Yoff.
Le Sénégal avait besoin dêtre psychachanalysé.
Pays phare de lAfrique depuis deux siècles, dominant toute
la région sur tous les plans, - démocratisation, culture,
sport -il sétait retrouvé réajusté à
un niveau insupportable pour son orgueil et ses rêves de grandeur.
Cest pourquoi, même si certaines gesticulations du Président
Wade agace lintelligentsia, elle préfère en sourire,
les considérant comme des excès préférables,
et de loin, aux tièdes renoncements des dernières années
de Diouf.
Même les succès nationaux (un ticket pour la coupe du Monde,
une médaille dor en athlétisme) sont allègrement
récupérés et portés au crédit du mouvement
impulsé par le nouveau Président.
De plus, la diplomatie sénégalaise rompant avec
les
règles de la diplomatie, se fait entendre, tonne parfois, en tous
cas, occupe une place de leader laissée en déshérence
depuis la mort de lIvoirien Félix Houphouet Boigny. Mais
Wade lui-même semble ne se fixer pour horizon que la grande scène
internationale. Il suffit de voir lénergie quil a déployée
pour imposer son plan Oméga, tout en discréditant par petites
touches les autres initiatives. Cette recherche dune stature internationale
convient bien à la situation actuelle du Sénégal.
Tout se passe en effet comme si lagenda personnel du Président
coïncidait avec les ambitions du Sénégal.
Paradoxalement, cette occupation de terrain semble pourtant
aviver les impatiences des sénégalais. Comme si lacquisition
du prestige international se faisait au détriment de la gestion
des problèmes quotidiens.
« Si Wade peut sauver toute lAfrique, cest tant
mieux, mais quil commence par nos problèmes sénégalo-sénégalais »
déclare, pinces-sans rire, un dirigeant de PME qui regrette le
manque de réforme en profondeur.
« Tout le diagnostic est posé mais on nagit pas
assez », confirme un autre opérateur qui sagace
de limportance accordée au moindre prétendu investisseur,
alors que « nous, nous sommes restés présents
au plus fort de la crise » .
Les risques dune révolte de lentrepreunariat local
contre la nouvelle classe économique qui se construit dans le sillage
du nouveau pouvoir sont réels.
Hormis cela, il y a la prise en charge de limmense aspiration au
changement qui a appelé M. Wade au pouvoir.
La fameuse démangeaison du départ sévit
toujours dans la jeunesse Dakaroise qui, à linstar de celles
de toutes les capitales africaines, regarde fixement lAutre Rive,
symbole de réussite sociale. En attendant, elle a trouvé
un nouveau lieu de rassemblement : la grande esplanade conçue
par lentreprenant architecte Pierre Goudiaby Atepa, qui a dressé
là une « porte du millénaire », immense
béance vers lOcéan. Jusquà tard dans
la nuit, cest une déambulation, continuelle, à quelques
mètres de Sounbedioune sur la route de Fann. Une vraie réussite
artistique qui ne suffit pas cependant à contenir les aspirations
de ceux qui piétinent depuis des lustres pour un emploi. Ces besoins
sociaux de plus en plus pressants sont le vrai défi qui attend
dêtre relevé. Wade et le Sénégal en ont-ils
les moyens?
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