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N°01 Novembre 2001
Le Numéro Actuel
 



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Où en est la toile africaine ?
Par Samba KONE
replacement laptop screens L'enthousiasme, puis les espoirs suscités par
l'introduction des Nouvelles Technologiesde l'Information et de la Communication
(NTIC) en Afrique, ont permis de réaliser, en quelques années,
des avancées notables sur la toile. Toutefois, la présence
africaine sur le réseau global est encore très timide ;
le nombre d'internautes du continent se révèle infime, moins
de 1%, sur un total mondial de l'ordre du demi milliard.
Si pour l'heure, certains pays de l'Afrique du
Nord et l'Afrique du Sud tirent la locomotive africaine sur le réseau,
il ressort que les pays au sud du Sahara éprouvent quelques difficultés
à s'arrimer véritablement à la révolution
numérique. La difficulté d'obtenir des statistiques fiables
impose la prudence dans l'interprétation des données. Néanmoins,
certaines études révèlent qu'au mois de juillet 2000,
le continent comptait quelques 3,11 millions d'internautes dont les deux
tiers sont localisés en Afrique du Sud. (http://www.journadunet.com/cc/cc_inter_afri.shtml)
Plusieurs facteurs tendent à expliquer la percée timorée
du réseau en Afrique et plus singulièrement en Afrique subsaharienne.
D'abord, et c'est sans nul doute le facteur majeur, la connectivité
au niveau du continent. Les pays africains disposent dans leur ensemble,
d'infrastructures de télécommunication vétustes qui
répondent imparfaitement aux conditions de transmission numérique.
L'obsolescence des principales artères de transmission, de même
que les centres de commutation sont à l'origine de fréquents
dérangements. Ce matériel d'une autre époque pose
également de nombreux problèmes de maintenance dus à
une absence de pièces de rechange dans bien des cas.
En 1981, l'Afrique ne disposait que de 0,7% des lignes téléphoniques
installées à travers la planète. La situation n'a
guère beaucoup évolué. La télédensité
dans la sous région dépasse rarement 2 lignes téléphoniques
pour 100 habitants. Lorsque des efforts de modernisation du réseau
téléphonique sont réalisés, les débits
offerts sont largement en deçà des normes en usage. Dans
la majorité des pays de la région subsaharienne, le Réseau
Téléphonique Commuté (RTC) offre une bande passante
qui excède rarement les 2400 bits/s alors qu'il en faudra davantage
pour un trafic satisfaisant sur le réseau global.
Enfin, au niveau de ces pays, il est d'usage de constater la concentration
dans les capitales et les zones urbaines de la quasi-totalité des
lignes téléphoniques ; l'arrière pays se trouvant
de ce fait, totalement enclavé.
Diverses solutions ont été envisagées pour faire
face à la connectivité en Afrique. Des liaisons par satellites
aux réseaux nationaux de transmissions de données X.25,
de nombreux projets ont été élaborés. Certains,
tels que les réseaux téléinformatiques normalisés
X.25 ont vu le jour dans plusieurs pays et connu un véritable succès.
Ces réseaux fondés sur la commutation par paquets ont préfiguré
des réseaux de plus grandes envergures, couvrant plusieurs pays
dont le fameux Réseau Intertropical d'Ordinateurs (RIO) qui a permis
de connecter dès 1986, les chercheurs de l'ORSTOM à travers
le continent et la France.
A ce facteur structurel s'ajoute le coût élevé des
communications téléphoniques urbaines, à fortiori
internationales. La minute de communication entre deux localités
quelque peu distantes d'un même Etat en Afrique, revient plus chère
qu'une communication intercontinentale à partir de l'Europe.
La location d'une liaison spécialisée (LS) de 64 kbps demeure,
dans l'ensemble des pays de la région, très élevée,
environ 1 500 $, soit 1 050 000 FCFA par mois. Il s'agit incontestablement
d'un véritable frein au développement de cyber espaces en
vue de vulgariser les NTIC. Il en est de même de la redevance auprès
des fournisseurs d'accès d'Internet; elle varie considérablement
d'un pays à l'autre. En Côte d'Ivoire par exemple, cette
redevance revient à trois à quatre fois plus cher que dans
les pays de la sous région ; elle est de l'ordre de 50 $ ( 35 000
FCFA ) par mois pour un service illimité.
Un autre frein à une plus grande pénétration de l'Internet
sur le continent, relève du coût excessif de l'outil informatique.
L'ordinateur et les périphériques nécessaires à
la navigation sur le réseau sont encore hélas, hors de portée
du cadre moyen de ces pays. En 1983, le continent africain disposait seulement
de 0,33% du parc mondial des ordinateurs en service.
Espoir de désenclavement : Le câble et
le premier satellite de RASCOM.
Présentement malgré une baisse régulière
et constante du prix des ordinateurs, l'Afrique demeure un véritable
désert pour ce qui est de l'outil informatique. Même dans
les rares pays tel que le Sénégal, où l'excellente
initiative a été prise de défiscaliser le matériel
informatique, l'ordinateur demeure encore un luxe ; le coût moyen
d'une configuration de base oscille aux environs de 2000 dollars US (
1 400 000 FCFA ) là où le salaire minimum s'élève
à moins de 70 dollars.
La conjugaison de ces deux facteurs explique le retard apparent que tend
à prendre le continent dans le domaine des NTIC.
L'espoir de sortir le continent africain de son enclavement et de lui
ouvrir véritablement les voies d'accès à la société
de l'information réside actuellement dans deux projets majeurs.
Il s'agit d'une part, de la pose du câble sous-marin en fibre optique
de 28 000 km reliant le Portugal à la Malaisie en passant par Cap
Town en Afrique du Sud et dont la mise en service est prévue pour
la fin de l'année. Tous les pays côtiers de la face Ouest
du continent auront une entrée sur le câble dont la capacité
avoisine la dizaine de gigabits.
Le second projet concerne le satellite de télécommunication
RASCOM (Regional Africa Satellite Communications Organization) dont la
construction confiée à la Société Alcatel
doit débuter avant la fin de l'année. Ce satellite devra
permettre de désenclaver l'ensemble des pays membres.
En attendant l'entrée en service de ces deux projets, le continent
vibre, depuis 1995, aux rythmes des NTIC surtout par sa présence,
en matière de contenus, sur le réseau. Les initiatives fleurissent
aussi bien des quatre coins du continent qu'à l'extérieur.
Les Africains de la diaspora semblent beaucoup plus agressifs, compte
tenu sans nul doute, des moyens techniques et des opportunités
dont ils disposent. Certains sites web ont déjà acquis leurs
lettres de noblesse tant ils sont courus par les internautes. (www.abidjan.net,
www.woyaa.com, www.mbolo.com
, www.afrika.com,
allafrica.com ).
A l'instar de certains pays de la sous région, tels que le Sénégal,
ou le Burkina Faso, pour envisager tirer le meilleur impact de l'introduction
des NTIC au plan national, des actions d'envergure doivent succéder
aux déclarations politiques d'intention. Outre les avantages fiscaux
qui pourront être consentis dans l'importation du matériel
informatique, c'est à l'Administration qu'il revient dans ces pays,
de jouer le rôle de locomotive par l'automatisation de nombre de
services publics ouverts aux citoyens. Comment, par exemple, comprendre
qu'à l'heure où il est question de la société
de l'information, pour bon nombre d'Africains, obtenir une copie d'extrait
d'acte de naissance nécessite des délais pouvant atteindre
une semaine et impose dans bien des cas, d'effectuer des centaines de
kilomètres de trajets.
Vu ce contexte, la présence africaine sur le web ne doit pas faire
illusion. Très peu d'ordinateurs hôtes sont actuellement
localisés sur le continent. Certes un des avantages du cyberespace
est d'abolir les frontières. Néanmoins, il nous apparaît
judicieux pour chaque pays de disposer d'infrastructures à même
de conserver ses mémoires. Il y va de son histoire et de son devenir.

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