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N°01 Novembre 2001
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Intégration Régionale: La CEDEAO à la croisée des chemins

par Koné SOUNGALO

Près de vingt six ans après sa création, la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) est loin d’avoir atteint ses objectifs. A l’instar d’autres organismes de coopération et intégration régionale, la machine s’est grippée. Faute de volonté politique réelle des Etats membres. Le sort de cette expérience n’est pas pour autant scellé.

« Promouvoir la coopération et le développement dans tous les domaines de l’activité économique » c’est le but majeur de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) créée en mai 1975, à Lagos au Nigeria, par 15 Etats, rejoints plus tard, en 1977, par le Cap-Vert.
La désillusion des partisans de l’intégration est à la mesure de l’espoir suscité par la création de la CEDEAO avec des objectifs aussi ambitieux que nobles. Il s’agissait : d’élever le niveau de vie de ses peuples, d’accroître la stabilité économique, de renforcer les relations entre ses membres, de contribuer au progrès et au développement africain. D’un point de vue pratique, l’objectif de la CEDEAO est de promouvoir la coopération et l’intégration en vue de la création d’une union économique et monétaire pour favoriser la croissance économique et le développement de l’Afrique de l’Ouest à travers « la suppression des droits de douane et taxes d’effets équivalents ; l’établissement d’un tarif extérieur commun ; l’harmonisation des politiques économiques et financières ; la création d’une zone monétaire ».
Cet espoir légitime prend sa source dans l’environnement même de la création des CIR. En effet c’est lors de la troisième conférence des dirigeants africains, tenue en mai 1963, que la coopération économique en tant que stratégie de développement a été entérinée. Même s’il a fallu attendre 1970 pour que les directives de mise en œuvre soient établies puis incorporées plus tard dans un plan opérationnel dénommé plan d’action de Lagos. C’était lors du premier sommet économique extraordinaire de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA). Ce plan imposait à tous les pays africains d’établir des communautés économiques sous-régionales avant 1990. C’est donc dans un tel environnement euphorique qu’on a assisté à un foisonnement de CIR en Afrique de l’Ouest : la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la Communauté économique de l’Afrique de l’Ouest francophone (CEAO), l’Union du fleuve Mano ( UFM ).
La CEDEAO, la plus large et la plus ambitieuse, regroupe seize pays dont des lusophones, des anglophones et des francophones. Au total, un vaste marché d’un peu plus de 210 millions de consommateurs marqué, malgré tout, par la faiblesse du commerce intra communautaire. Pourtant le potentiel est immense et les axes de développement communautaire multiformes. Les effets induits d’une intense coopération économique entre pays membres de la CEDEAO sont en effet énormes du fait du nombre et de la diversité des populations qui composent la communauté et dont les besoins divergent selon le pays ou la contrée considérée. Les avantages comparatifs ou absolus, les préférences tarifaires et leurs retombées sont autant de raisons qui destinaient la CEDEAO à un meilleur sort que celui qui est le sien en ce moment.

Quelques satisfactions

Même si le bilan de la CEDEAO n’est pas reluisant, l’organisation a tout de même déjà parcouru du chemin et compte à son actif quelques succès. On peut citer : la création de ECOBANK, la création de la force communautaire de défense (ECOMOG), la mise en place d’un fonds de coopération et de développement destiné au financement de projets dans les pays membres les plus démunis. On peut également citer la mise en place des programmes ASYCUDA (système automatique d’analyse des informations douanières), le système de compensation pour perte de revenus résultant de la suppression des tarifs et enfin l’abolition par les seize Etats membres des visas et autorisations d’entrée pour leurs citoyens même si, aux nombreux postes de contrôles qui existent, ces derniers sont victimes « de tracasseries administratives se manifestant le plus souvent par des extorsions de fonds ». Toujours au compte des réussites, il faut relever la libéralisation des échanges à travers celle des produits du cru et de l’artisanat traditionnel et celle des produits industriels originaires de l’espace communautaire ; la mise en œuvre du deuxième programme de télécommunications et l’engagement des pays membres de la CEDEAO à promouvoir et à développer les infrastructures énergétiques.
L’un des succès les plus remarquables de la CEDEAO est l’instauration des chèques de voyage. Conçu pour faciliter les échanges commerciaux et touristiques au sein de la CEDEAO, le projet de chèque de voyage a été évoqué pour la première fois en 1984. Mais ce n’est qu’en 1995 qu’une réunion a été organisée pour en examiner les modalités pratiques.
Au total onze années se sont écoulées entre l’évocation du projet et une réflexion profonde sur la question. C’est tout dire. Par ailleurs la BCEAO, bien que soutenant le projet, avait subordonné sa participation à deux conditions préalables : l’apurement intégral des arriérés de paiement accumulés dans le cadre du système de compensation ; la mise en place d’un fonds de crédit et de garantie viable. En dépit de ce parcours jalonné d’embûches, les chèques de voyages libellés en unité de compte de l’Afrique de
l’Ouest (UCAO) équivalent au droit de tirage spécial du Fonds monétaire international (FMI) sont, depuis deux ans, en circulation.
En dépit de ses relatifs succès, d’avoir atteint son objectif principal : la création d’un vaste marché commun ouest africain et la création d’une union monétaire.

Le rêve monétaire

Amorcée en 1975 par l’accord portant création de la chambre de compensation de l’Afrique de l’Ouest (CCAO), la coopération monétaire a longtemps visé la promotion de l’utilisation des monnaies nationales pour le règlement des échanges commerciaux et les paiements courants entre membres de la CEDEAO.
Les choses n’ont pas fondamentalement évoluées jusqu’en 1996, date à laquelle la CCAO a été transformée en Agence monétaire de l’Afrique de l’Ouest (AMAO) . C’est cette agence qui devait aider à lever les entraves monétaires aux échanges et promouvoir la création d’une zone monétaire en Afrique de l’Ouest, à l’horizon 2000. Le rêve d’une monnaie unique pour l’ensemble des pays membres de la CEDEAO a longtemps été caressé même s’il apparaît de plus en plus que le projet restera encore au stade embryonnaire pendant longtemps. Eu égard à la lenteur qui caractérise le processus. C’est en effet à la sixième session de la conférence des chefs d’Etats de la CEDEAO, le 30 mai 1983 à Conakry, que le projet de création de ladite monnaie unique a été évoqué pour la première fois. Il a fallu toutefois attendre quatre ans plus tard pour que soit enfin adopté le programme de coopération monétaire de la CEDEAO.
Dans la même logique l’exécution des mesures préconisées en amont du processus a connu un retard et des reports jusqu’en 1992. Les gouverneurs de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) qui avaient foi dans le projet ne se sont donc pas découragés et, sous leur impulsion, les chefs d’Etats ont adopté un mémo comportant une série de mesures destinées à relancer le processus.
Ces mesures couvraient les domaines de politique monétaire, budgétaire, de taux de change ainsi que la supervision du système bancaire et financier. Le traité révisé de la CEDEAO adopté en 1993 est venu conforter ces orientations. Même la mise sur pied en 1997 d’un comité ad hoc chargé d’œuvrer à la création d’une zone monétaire n’a pas imprimé une autre dynamique à ce processus.
Au total, les résultats enregistrés sont en deçà des exigences liées à la création d’une union monétaire viable, en particulier pour ce qui concerne l’indispensable convergence des politiques et des performances économiques et financières. La lenteur ou la réticence enregistrée au niveau du projet monétaire se retrouve dans bien d’autres chantiers de la CEDEAO. De source proche du secrétariat exécutif de la CEDEAO, le bilan de l’application du système de libéralisation des échanges (SLE) est décevant tant au niveau de l’impression et de la mise en circulation des documents douaniers, de la libéralisation elle-même, des échanges que de l’établissement d’un tarif extérieur commun de la CEDEAO.
« De façon générale il faut noter que le programme de libéralisation des échanges n’est pas opérationnel. C’est l’une des faiblesses principales de la CEDEAO. Cette situation est essentiellement due à la non impression des documents douaniers harmonisés par certains Etats membres, la non élimination des barrières tarifaires, au coût élevé de la compensation, au chevauchement des SLE de la CEDEAO et de L’UEMOA et le manque d’informations au niveau des opérateurs économiques sur le schéma de libéralisation des échanges de la CEDEAO » peut on lire dans un document bilan élaboré par le secrétariat exécutif de ladite institution.

Davantage d’engagement

Le chemin qui reste à parcourir est donc long et tortueux. Les échanges intra communautaires stagnent toujours très bas, à environ 11% du commerce total, avec les pays tiers. L’intégration des marchés de facteurs ou de biens et services est loin d’être assurée. Par ailleurs, les pays membres de la CEDEAO n’ont procédé à aucune harmonisation des politiques économiques telles qu’initialement prévues. Il en est de même des accords de réduction des tarifs et des droits de douane qui tardent à être appliqués. Or selon les experts, trois éléments doivent être gardés en permanence à l’esprit. Il s’agit de l’harmonisation des politiques macro économiques présupposant une convergence des politiques budgétaires monétaires et de taux de change; la coordination des codes des investissements et des régimes fiscaux; l’amélioration de la gestion économique et la suppression des barrières tarifaires.
S’il est vrai que l’instabilité politique et la mauvaise gouvernance qui ont marqué certains pays de la CEDEAO ont pesé sur la marche de la communauté, ces causes ne sauraient, à elles seules, justifier ce retard dans l’exécution des programmes.
De quelque côté qu’on analyse la question, il ressort que la cause principale de la stagnation de la CEDEAO réside dans le manque de volonté politique des Etats membres. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un coup d’œil sur le prélèvement communautaire dont le protocole a été adopté en juillet 1996 par les chefs d’Etats et de gouvernement et qui n’est qu’une taxe de 0,5% à acquitter sur tous les produits en provenance de pays tiers.
Les pays membres doivent par exemple encore environ 40 millions de dollars US d’arriérés au titre du budget du secrétariat exécutif de la CEDEAO. Dans ce même ordre d’idées la deuxième tranche du capital du fonds de la CEDEAO n’est pas bouclée. Moins de la moitié des Etats membres se sont en effet acquitté de leur cotisation. Par ailleurs, on s’explique avec peine le succès relatif de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) mis sur les fonds baptismaux le 10 Janvier 1994 par sept pays rejoints plus tard par la Guinée-Bissau.
Ces pays qui ont en commun d’appartenir tous à la CEDEAO consentent beaucoup de sacrifices pour l’édification de l’UEMOA qui est un véritable succès à l image de la COMESA et la SADC. Il reste à espérer que ce succès déteindra sur la CEDEAO et lui imprime la dynamique qui lui a, jusque là, fait défaut. Au-delà de la peur suscitée par le géant nigérian, le salut de la CEDEAO pourrait en effet passer par la consolidation des relations au sein de l’UEMOA. Mais une fois de plus, la volonté politique restera la pierre angulaire de tout le processus.


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