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N°01 Novembre 2001
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Géo - économie
L’Autre Guerre

Par Ibrahim SY SAVANE

Naguère, un pays accédait au statut privilégié de grande puissance à partir du moment où il pouvait annexer des territoires ou, à tout le moins, grâce à sa puissance militaire, influencer, voire dicter la politique d’un autre état.
Les pays européens, France et Grande Bretagne surtout, ont ainsi fondé des « empires » riches et diversifiés, tandis que, plus tard, les Etats Unis apportaient la preuve catégorique de leur domination du monde, en imposant partout leur volonté, au nom de la défense de leurs intérêts stratégiques.
Ces temps sont-ils vraiment révolus ? Pas tout à fait. Ce qui a changé concerne surtout les méthodes et les modalités.
Désormais, sauf pour des cas extrêmes, un pays n’annexe plus purement et simplement un autre. La dernière tentative de ce genre et qui fut désastreuse à tout point de vue, a été menée par l’Irak contre le Koweït. Pourtant, une autre guerre fait toujours rage, qui oppose les puissances industrielles entre elles, mais a pour théâtre la planète entière.
Qui pourra régner sur le monde ? Celui qui achètera partout et à tour de bras des entreprises vitales…
Bien sûr, la corrélation continue d’exister entre la puissance militaire d’un pays et sa force économique. Il suffit de songer aux Etats Unis, à la France, à l’Angleterre.
Toutefois,d’autres exemples montrent bien que cette corrélation n’est plus parfaite.
Le Japon et l’Allemagne militairement amoindris après 1945, n’en demeurent pas moins des puissances économiques et commerciales redoutables.
A contrario, ces deux détenteurs de la bombe atomique que sont la Russie et la Chine, bien que de plus en plus présents dans la compétition économique mondiale, n’en sont pas encore à jouer les premiers rôles. A cause, d’une part, de contraintes internes et d’autre part, du fait que les positions ne sont faciles à conquérir sur la scène mondiale.
Cette mutation de la géopolitique en géo-économie est, sans doute, la plus spectaculaire des évolutions du siècle passé et ses conséquences seront tout aussi extraordinaires sur la vie des nations et les relations internationales pour les prochaines années. Par exemple, l’ardeur de l’Europe occidentale à prendre en charge, même graduellement, le destin de l’Europe de l’Est procède de cette analyse où le poids de l’économique est devenu prépondérant. De même, on ne peut considérer comme pure philanthropie, l’intérêt des Etats Unis pour certaines régions du monde.
Les soubresauts de l’Afrique centrale (du Zaïre et du Congo surtout) sont un avatar de cette lutte économique qui va certainement s’amplifier.
En tout cas, on n’oubliera pas de sitôt ces hommes d’affaires américains signant de façon subreptice des contrats avec le maquisard KABILA, maître d’une riche portion du territoire zaïrois. Symétriquement, l’entêtement français à soutenir un Mobutu exténué ne s’explique finalement en partie que par des considérations économiques.
Et dans un autre registre, comment ne pas songer à la façon dont la compagnie Air Afrique -composée uniquement d’Etats africains francophones- est en train de tomber dans l’escarcelle d’Air France qui est, elle-même, toujours une société d’état ?
Précisément, cette féroce compétition économique trouve l’occasion de s’exprimer aussi bien lors des attributions de permis de recherche du pétrole que lors de certaines privatisations. De la même façon que l’on envoyait des coopérants civils ou militaires, désormais les grands pays balisent le terrain pour leurs entreprises concessionnaires de services publics telles que l’eau, l’électricité, les télécommunications. Des cas de concentrations qui frisent parfois l’abandon de souveraineté de la part des pays d’accueil et qui auront des conséquences importantes, à un moment où l’Etat dans les pays en développement est particulièrement affaibli, sans ressources significatives et sans projets réalistes. Alors, le risque existe de voir une puissance économique s’immiscer plus que de raison dans la gestion d’un pays à bout de souffle, allant jusqu’à influencer, de façon décisive, ses choix politiques.
Un des remèdes à ces éventuelles dérives réside dans le marché lui-même, dont le principe veut qu’on n’attribue pas des entités colossales d’Etat sans appel d’offres, sauf à réduire le libéralisme africain à une substitution de monopoles privés arrogants à des monopoles publics apathiques.
Un autre remède ? La participation citoyenne : la prise de conscience des enjeux économiques est en effet, aujourd’hui, aussi indispensable que l’étaient d’autres formes de résistances contre les manipulations géopolitiques des maîtres du monde. Ou de ceux qui aspirent à le devenir.

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