Ouest Afrique Economie

N° 16
Septembre 2003

A la uneProfils
H.E.S.
Perspectives
Le Dossier
Gros Plan
Espaces Économiques
Ecothèque


Tableau de bord Forum de discussion
Notre Journal
Publicité

par Koné Soungalo

Directive européenne sur le chocolat

UNE MENACE POUR LES COURS DU CACAO

Le feuilleton sur l’introduction de matières grasses végétales autres que le beurre de cacao dans la fabrication du chocolat vient de connaître son épilogue avec l’entrée en vigueur au sein de l’Union européenne de la directive controversée



 roisième matière première exportée dans le monde après le café et le sucre le cacao pourrait connaître des jours sombres. La demande mondiale estimée à un peu plus de deux millions de tonnes, pourrait être fortement perturbée consécutivement à l’entrée en vigueur le 3 août de la directive « cacao-chocolat » 2000/36/CE du Parlement européen et du Conseil, adoptée  il y a trois ans. Elle autorise l’adjonction à hauteur de 5%, de six matières grasses végétales autres que le beurre de cacao dans la fabrication du chocolat. En perspective, une forte dépréciation des cours avec son corollaire de conséquences drastiques pour les pays producteurs notamment les Etats ouest africains en l’occurrence La Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria, le Togo, la Guinée, la Sierra Léone et le Libéria qui totalisent environ 69 % de la production totale mondiale. Onze millions de ressortissants de cette région qui regroupe un peu plus de 220 millions d’âmes dépendent directement de cette culture. Les pertes rimeront avec catastrophe surtout pour des pays comme la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cette matière première avec 1100 Tonnes de fèves. En dépit de la crise socio politique que traverse ce pays, le solde de la balance commerciale est ressorti à plus du double de ce qu’il était en 2001 passant de 803,2 milliards F CFA, à 1678,3 milliards. Un résultat dû principalement à la hausse des cours des matières premières et tout particulièrement du cacao « qui ont dopé les exportations ivoiriennes ». l’hypothèse d’une baisse de la demande de fèves de cacao hypothéquerait dès lors l’économie entière de ce pays qui entretient des relations commerciales privilégiés avec l’Union Européenne. Laquelle Union représentait 49,6% des exportations totales ivoiriennes en 2002. Le cacao représentant à lui seul 35% de ces exportations dont 40,2 % en direction des Pays Bas .
En fait ce n’est pas tant l’adjonction par quelques pays de matières grasses végétales autre que le beurre de cacao dans la fabrication du chocolat qui pose problème, c’est plutôt l’harmonisation de la réglementation commune en matière de composition du chocolat dans l’Union Européenne qui préoccupe. En effet même si la directive adoptée par l’Union Européenne en 1973 interdisait la substitution du beurre du cacao dans la fabrication du chocolat, sept pays en l’occurrence, le Royaume Uni, l’Irlande, le Danemark, la Suède, la Finlande, l’Autriche et le Portugal agissaient, pour des raisons diverses, en violation de cette réglementation communautaire. Or, de source proche de l’Organisation Internationale du Cacao (ICCO), ces pays en dehors du Royaume Uni, ne sont ni de gros importateurs de cacao ni de grands producteurs de chocolat. En revanche la France, l’Allemagne, le Royaume Uni représentent environ 65% de la production de chocolat en Europe contre 5% pour l’Italie, 5% pour l’Espagne et 25 % pour les autre pays. Ces trois pays importent avec les Pays Bas environ 1 200 000 tonnes de cacao sur un total de 2 200 000.
Ces pays de l’Union Européenne et partant l’Union dans son ensemble représente donc un marché sûr pour les exportations du cacao en général et ouest africain en particulier. L’entrée en vigueur de la directive cacao constitue donc une menace réelle pour les producteurs de cacao dont la source de revenus est caractérisée par une forte instabilité due à différentes spéculations de formes et d’origines diverses : crise socio politique en Côte d’Ivoire, El nino etc.
A chaque spéculation correspond un frémissement du marché. L’hypothèse d’une baisse de la demande de cacao consécutive à l’entrée en vigueur de la directive européenne pourrait en ce sens provoquer un fléchissement du marché.
Le nouvel accord international conclu en mars 2001 n’est pas non plus rassurant pour les producteurs car contrairement au précédent, il ne contient aucune clause économique, aucun mécanisme de régulation des prix soumis dès lors uniquement aux lois du marché.
Ainsi, selon l’Organisation internationale du Cacao, la substitution de 5% de beurre de cacao dans la fabrication du chocolat entraînerait, à l’échelle européenne, une diminution annuelle de la demande de cacao comprise entre 130 000 et 200 000 tonnes. Au total cette directive pourrait entraîner pour les pays producteurs une chute de 12 à 20% de leurs revenus. Soit environ 197 milliards F CFA. Si les Etats Unis qui importent environ 450 000 tonnes de cacao, le Canada et la Nouvelle Zélande emboîtaient le pas à l’Union Européenne, se serait le parfait scénario catastrophe car la baisse de la demande pourrait atteindre 325 000 tonnes.
D’autre part, la difficulté d’apprécier en l’état actuel des choses la quantité exacte de mgv autres que le beurre de cacao- une marge d’erreur de 20% a été constatée- et ces derniers coûtant nettement moins chers, environ 10% du prix du beurre de cacao, pourraient également faire subir à la demande une baisse plus importante que les prévisions établies.
Le karité figurant au nombre des produits admis à remplacer le beurre chocolat dans la fabrication du chocolat pourrait constituer une nouvelle source de devisses pour des pays ouest africains tels que le Mali. Rien n’est toutefois moins sûr car avec le karité il faut compter des produits tels que l’illipé, le kokum gurgi, le sal, le noyau de mangue que les producteurs peuvent trouver aisément et à profusion dans d’autres régions. Le chocolat au beurre de karité ? Wait and see.

Réagir à cet article Version imprimable

Top



Liens utiles Contacts

 

   
Ouest Afrique Economie Articles catalogue
2001 2007