Ouest Afrique Economie

N° 14
Février 2003

A la uneLa Lettre de l'Editeur
H.E.S.
Perspectives
Le Dossier
Rencontre
Gros Plan
Géo - Économie
Espaces Économiques
Ecothèque



Tableau de bord Forum de discussion
Notre Journal
Publicité

par Koné Soungalo

COURS MONDIAUX DU CACAO

LA MENACE IVOIRIENNE

Le cacao traverse une très bonne conjoncture depuis le début de l’insurrection armée le 19 septembre en Côte d’Ivoire . Les cours sont à leur plus haut niveau depuis des années. Ils pourraient également chuter brutalement en fonction de l’évolution de la crise dans ce pays.


amais les spéculateurs ne s’étaient autant frotté les mains tant les cours du cacao, troisième matière première la plus échangée au monde flambent sur pratiquement toutes les places boursières : Londres, New York, Paris etc. Cette embellie inespérée pourrait toutefois prendre brutalement fin avec la résolution de la rébellion armée en Côte d’Ivoire. Ce pays est en effet le premier producteur mondial de cacao avec une production estimée à un million de tonnes de fèves soit près de 40% , suivi par le Ghana, l’Indonésie, le Brésil, le Nigeria, la Malaisie et le Cameroun. Ces sept pays cultivent 85% de la production mondiale. Six entreprises dominent le marché du cacao en Côte d’Ivoire ou se battent un peu plus d’une cinquantaine d’opérateurs de nationalités différentes. Il s’agit de Archer Daniel Middlands et Cargill deux américaines, de la société suisse Barry Callebaut, de la française Proci etc. Ces sociétés ainsi que d’autres de moyenne importance dont la société DAFCI du groupe Bolloré, se sont vu fixer des plafonds pour la récolte 2002/2003. Cette campagne s’était ouverte sous de bons auspices pour les paysans ivoiriens. La Bourse du café cacao, en charge de la commercialisation de ces matières premières, a fixé le prix minimum d’achat du kilogramme de cacao pour la période d’octobre à décembre 625 F. Soit une hausse de 25 F par rapport à la cotation établie pour la période juillet-septembre. En parfaite adéquation avec l’envolée des cours sur les marchés boursiers même si les producteurs font de plus en plus de la rétention au motif que les acheteurs peuvent leur proposer mieux.
Selon l’International cocoa council organisation (ICCO), au cours du troisième trimestre de l’année 2002 les cours du cacao ont continué à évoluer à de hauts niveaux en raison justement de la rébellion armée. La crise ivoirienne et la tournure que pourrait prendre d’un moment à l’autre les évènements reste en fait le principal moteur du marché depuis quatre mois. On spécule à souhait tant sur la production ivoirienne que sur une éventuelle recrudescence des hostilités entre les rebelles ou forces nouvelles du MPIGO, du MJP, du MPCI qui occupent une bonne partie du territoire ivoirien et les forces loyalistes. La hausse des cours a en effet été également alimentée par l’estimation du courtier E D&F Man , le plus gros acheteur mondial de fèves de cacao , d’une récolte ivoirienne ) en baisse de 4,1% par rapport à la récolte » précédente. Une estimation prise au sérieux au niveau des différents marchés à cause non seulement de l’envergure de la source de l’information que de l’extension du conflit à l’Ouest de la Côte d’Ivoire plus précisément dans la boucle du cacao. La présence des rebelles dans cette zone gêne la commercialisation et le transport du cacao jusqu’aux différents points de stockage. Dès lors se pose les problème de récolte, de conservation du produit et, partant de sa qualité. Des industriels s’inquiètent et s’interrogent sur la qualité de la production. Les fèves de cacao seraient humides et même moisies. Conséquence, un taux de séchage accru. Le taux de moisissure supérieur dans bien des cas à la norme admise au plan international menace in fine le niveau de production de fèves d’autant plus que la récolte actuelle est la principale . Le fait est que les fèves de cacao n’ont pas le temps de sécher et fermenter qu’elles sont acheminées vers les différents ports de Sans Pedro ou d’Abidjan dans des conditions qui laissent à désirer tant les entraves (insécurité, barrage, racket etc) sont nombreuses. Les couloirs de sécurité initié par le comité national d’appui aux opérateurs économiques (CNAOE) n’a pu que résoudre en partie le problème.
Une menace réelle pèse donc sur le niveau de la production ivoirienne prise en otage par le conflit qui déchire le pays. La présente campagne qui a démarré en octobre devrait se solder selon les projections les plus optimistes par une production d’environ 1 100 000 tonnes nonobstant les accrochages qui ont lieu de façon sporadique entre belligérants à l’Ouest. Ce déficit projeté succède à celui de 2000/1 après une récolte record de 1,4 million de tonnes en 1999. Cette année du coup d’Etat marque le début de l’enlisement de la Côte d’Ivoire dans une profonde crise socio politique aux multiples rebondissements. Les mauvaises récoltes ivoiriennes affectent une production mondiale devenue dès lors insuffisante pour couvrir la demande. D’ou l’envolée des cours qui déjà en février 2002 s’établissaient à 1105 livres la tonne. « Jamais la fève n’avait été aussi précieuse à la bourse de Londres, plaque tournante internationale du marché du cacao » commentait on . Alors qu’ils étaient de 1580 Droits de tirages spéciaux (DTS) le 2 septembre, ils sont passés à 1680 le 19 septembre date du déclenchement des hostilités dans l’ancienne colonie française. En octobre avec les différences offensives des forces loyalistes sur le front de Bouaké la deuxième ville du pays située au centre, les cours du cacao ont grimpé jusqu’à 1842 DTS pour descendre à 1527 DTS le 15 octobre à la veille de la signature le 17 octobre de l’accord de cessez le feu.
Quand le sort de la Côte d’Ivoire scelle celui du cacao il est difficile de dire exactement de quoi les cours seront faits demain.
Après les accords de Linas-Marcousis et la déclaration radio télévisée du chef de l’Etat ivoirien, il y a fort à parier que les cours pourraient chuter. Toutefois persistent des signes d’une reprise des hostilités. Dans un tel cas de figure, difficile de dire jusqu’ou iront les cours du cacao. Encore moins évaluer les effets de cette envolée tant sur les pays producteurs que sur l’économie mondiale.

Réagir à cet article Version imprimable

Top



Liens utiles Contacts

 

   
Ouest Afrique Economie Articles catalogue
2001 2007