Ouest Afrique Economie

N° 14
Février 2003

A la uneLa Lettre de l'Editeur
H.E.S.
Perspectives
Le Dossier
Rencontre
Gros Plan
Géo - Économie
Espaces Économiques
Ecothèque



Tableau de bord Forum de discussion
Notre Journal
Publicité

par Ibrahim SY SAVANE

ENTREPRISES IVOIRIENNES

MENACES D’ASPHIXIE


epuis le début de la crise politico militaire en Côte d’Ivoire les entreprises sont en proie à des difficultés multiples. Problèmes de trésorerie, d’approvisionnement , de livraison, de transport, de fonctionnement, de sécurité, de gestion du temps (compte tenu du couvre-feu). Ce sont là pêle-mêle quelques exemples des problèmes auxquels les sociétés sont dans leur ensemble confrontées. La situation est telle que la fédération nationale des industries et services de Côte d’Ivoire (FNISCI) a dû, en collaboration avec la primature, mettre en place un comité national d’assistance aux opérateurs économiques et une chaîne de solidarité du secteur privé qui se réunit régulièrement « pour examiner les problèmes auxquels sont confrontés les opérateurs et explorer les solutions possibles ». Objectif d’une telle initiative, éviter que davantage d’entreprises ne soient obligées de procéder à un licenciement économique ou de mettre tout simplement la clé sous le paillasson. Présidé par M Tchétché Nguessan, directeur de cabinet du premier ministre, le CNAOE travaille étroitement avec la FNISCI dirigée par M Joseph Désiré Biley. Au cours de la réunion du conseil d’administration de la FNISCI élargie aux hauts responsables d’ambassades, de missions diplomatiques et d’institutions financières qui s’est tenue le 12 décembre dernier, les entreprises ivoiriennes ont une fois encore affirmé leur volonté de se battre « de communiquer, d’informer et d’échanger pour parvenir à sortir de l’ornière dans laquelle elles se trouvent » . Au total elle aura été encore une fois l’occasion pour les opérateurs économiques de d’affirmer leur volonté d’adaptation et de réactivité pour « surmonter cette crise et en réduire les effets pervers ». Leur contribution à l’effort de paix au moment ou les entreprises sont en proie à des très fortes pressions sur la trésorerie les obligeant à inscrire le chômage technique de leurs employés au chapitre des mesures urgentes de sauvetage, n’en est du reste que la parfaite illustration. 423 millions F CFA c’est en effet la contribution financière de la FNISCI à l’effort de paix.
Trois mois déjà que les entreprises résistent comme elles peuvent à la tempête sans aucun espoir de voir cette insurrection armée doublée d’une partition du pays, prendre fin. Des solutions ponctuelles sont trouvées au cours des différentes réunions périodiques du CNOAE pour remédier à leur précarité . Au nombre de ces solutions on peut citer les couloirs économiques proposés pour remédier dans une certaine mesure aux problèmes d’approvisionnement des unités ou des populations en zone de guerre ou sous contrôle des rebelles. Les couloirs économiques qui ont bénéficié de l’avis favorable du chef de l’Etat, M Laurent Gbagbo sont sécurisés par les unités françaises commandées par le général Beth. Des disfonctionnements sont toutefois relevés ça et là qui devraient être aplanis au fur et à mesure. Si toutefois la situation ne se dégrade pas davantage. Plusieurs dizaines de convois ont été déjà envoyés grâce à ces couloirs qui sont toutefois loin de solutionner la difficile équation de l’acheminement des produits et denrées dans les zones de guerre. D’ou un manque à gagner pour les entreprises notamment celle du secteur agroalimentaire qui ont besoin pour la plupart de couvrir tout le territoire national pour maximiser leurs gains. Ces couloirs ne résolvent pas non plus le problème du fonctionnement des entreprises opérant en zone de guerre à l’instar de la SITAB. Les sociétés de négoce de café et de cacao vivent quasiment au quotidien ce problème récurrent de la libre circulation des produits à cause notamment des barrages routiers qui poussent ça et là comme des champignons sortis de terre et leurs répercussions multiples sur l’activité économique « que ce soit dans le domaine agricole industriel ou la distribution de biens de première nécessité » . Le Groupement des exportateurs de café cacao (GEPEX) durement éprouvé confiait en ce sens que « globalement c’est 20 à 25 000 tonnes qui sont acheminés par semaine au lieu de 80 à 85 000 t habituellement ». Dès lors se pose le problème du stockage et de la bonne conservation de la récolte et partant de sa qualité. Le CNAOE a réussi à résoudre en partie ce problème en obtenant la levée des barrages sur les routes nationales. Mais le déplacement de ceux ci sur les pistes villageoises continuent de perturber gravement l’évacuation des productions de café et de cacao.
En fait tous les secteurs sont touchés d’une façon ou d’une autre par cette turbulence que traverse la Côte d’Ivoire sans espoir pour l’instant d’un retour rapide à la normale.
La fédération nationale des industries et services de Côte d’Ivoire (FNISCI), l’Association professionnelle des banques et établissements financiers de Côte d’Ivoire (APBFCI), l’Association des sociétés d’assurances de Côte d’Ivoire (ASACI), le GEPEX, sont autant de groupements professionnels en proie à des difficultés qui entravent le développement des activités de leurs membres. Si ces problèmes sont de nature et de gravité différentes selon le secteur d’activité ces groupements ont en commun, pendant cette période trouble, des rapports difficiles avec l’administration fiscale qui maintient plus que jamais la pression. Deux requêtes en faveur d’une trêve fiscale voire d’un moratoire ont été adressées en ce sens au directeur général des impôts par le secteur privé.Ce dernier a pour sa part mis en garde les opérateurs contre « l’incivisme fiscal » manifesté par nombre d’entreprises et les a invités à faire connaître leurs préoccupations.
Sur ces aménagements fiscaux ou l’adaptation de la fiscalité à la situation de crise pour éviter d’étouffer les entreprises, les négociations se poursuivent. D’autres font également objet de débat. Il s’agit entre autres éléments, de l’assouplissement des règles et procédures douanières à l’export, de la fixation des règles de provisions sur les créances, du règlement des arriérés intérieurs et des crédits de TVA etc. Reste à savoir si ces mesures sont à la hauteur de la situation.

Réagir à cet article Version imprimable

Top



Liens utiles Contacts

 

   
Ouest Afrique Economie Articles catalogue
2001 2007