Ouest Afrique Economie

N° 14
Février 2003

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par Ahoussi Pothin

SOTRA
A LA RECHERCHE DE LA BONNE ALLURE


UNE SOCIETE EN DIFFICULTE

e parc automobile de la SOTRA a aujourd’hui tous les problèmes pour satisfaire le flot des usagers auxquels sont venus s’ajouter les déplacés de la guerre que connaît le pays depuis le 19 septembre 2002. Qui plus est, le niveau de l’activité a baissé avec les contraintes de couvre-feu qu’impose le nouvel environnement socio-politique. Du fait de cette situation d’insécurité, l’amplitude du service a été ramenée de 18 heures à 13 heures. Et l’entreprise enregistre une perte globale de 200 millions de francs CFA soit une moyenne de près de 19 millions de francs CFA par jour qui représente 30 % des recettes et 17 % du chiffre d’affaires global. Par ailleurs, l’âge moyen des bus est élevé, 13 ans. Ce qui traduit les difficultés de la société à s’équiper en nouveaux autobus. Même si elle peut se targuer d’avoir des techniciens compétents pour l’entretien des bus, ceux-ci (les autobus) sont devenus vieillissants et poussifs. Sans oublier qu’à Abidjan, à la moindre grogne sociale, ce sont les bus de la SOTRA qui constituent les cibles privilégiées des manifestants. Pis, le 19 septembre, une signature de contrat de financement avec le 1er groupe bancaire sud-africain et des sociétés sud-africaines a été renvoyée aux calendes grecques du fait de la situation de guerre. Un gros contrat de financement de 13 milliards de francs CFA dont 10,5 milliards “ revolving ” sur 10 ans pour l’acquisition d’autobus neufs et la modernisation des équipements et système automatique d’aide à l’exploitation par la technologie du G.P.S. Prenant son mal en patience en espérant une sortie imminente de guerre, la SOTRA est obligée de faire avec les moyens de bord. Au niveau de la direction de l’exploitation, l’on ne se retient pas d’expliquer “ qu’il y a quatre à cinq ans, nos bus faisaient en moyenne 55 000 kilomètres par an. Aujourd’hui, ils font 85 000 kilomètres par an. C’est dire qu’ils sont plus exposés à l’usure prématurée. ” Mais les difficultés financières de la SOTRA ne datent pas d’aujourd’hui. Loin s’en faut. En août 2000, lorsque l’actuel Directeur général, M. Attey Philippe, prenait fonction, la société enregistrait 36 milliards de pertes cumulées dues à l’assainissement des comptes de la SOTRA. Une situation financière qui devait noyer, par la suite, l’excédent budgétaire de 506 millions réalisé au terme de l’exercice de l’année suivante. Et pour atteindre l’équilibre de l’exploitation courante, l’Etat de Côte d’Ivoire a dû abandonner 16,261 milliards de francs CFA que la société lui devait. Et à cette époque, loin de se douter de ce que l’avenir lui réservait, le nouveau Directeur général affirmait confiant, “ nous comptons sortir la SOTRA de la zone déficitaire à la fin septembre 2001 ”. C’était sans compter avec le 19 septembre 2002 qui devait venir fausser tous les calculs et remettre tous les compteurs à zéro. En fin décembre 2002, la SOTRA enregistrait un manque à gagner de 2,150 milliards de francs CFA comblée plus tard par l’Etat. Une situation financière fragile favorisée aussi par le faible fonctionnement de services pourvoyeurs de recettes tels que l’abonnement, le tourisme et la location. Mais ce n’est pas par manque d’ambitions si la Société des Transports Abidjanais cherche encore la bonne allure !

DES AMBITIONS QUI PEUVENT AIDER A REBONDIR

Déjà, bien avant la situation de guerre du 19 septembre 2002, la Direction générale avait affiché ses ambitions : recapitalisation de l’entreprise pour une privatisation future dont l’échéance est à déterminer. Dèjà que le nouveau Directeur général était précédé d’une bonne réputation de gestionnaire et de redresseur de société en difficulté. Dans cette optique de redressement, la société envisageait désormais faire son approvisionnement en matériel roulant et en pièces détachées par appels d’offre internationaux pour “ échapper ” à l’exclusivité accordée à Renault dans ce domaine. Et du fait que le taux de demande en bus croît de 4 % l’an, la SOTRA s’est mise à lorgner du côté de l’Asie pour ses commandes d’autobus à moindre coût. Une augmentation du parc automobile qui s’impose avec plus d’acuité vu le nombre sans cesse croissant des usagers et le monopole pesant que la SOTRA continue de supporter. En effet, sensée débuter ses activités le 2 janvier 1999, la Société des Transports urbains (SOTU), concurrente officielle de la SOTRA, n’a eu d’existence, jusqu’à ce jour, que sur le papier. Prévue pour desservir les zones de Yopougon et d’Abobo, son implantation devait permettre à la SOTRA de retirer ses 198 bus répartis dans ces deux quartiers afin d’étoffer son parc auto sur les autres lignes. Mais les idées ne manquent pas. Aujourd’hui, n’eut été la situation de crise, la SOTRA aurait élargi ses services à certaines villes de l’intérieur du pays. Mais aujourd’hui, contre mauvaise fortune, elle fait bon cœur. Attendant des jours meilleurs pour rebondir.

LA SOTRA EN CHIFFRES

Monopole étatique depuis les années d’indépendance (quant au transport urbain dans la capitale économique ivoirienne, Abidjan), la SOTRA a un capital social de 3 milliards de francs CFA détenu à 60 % par l’Etat de Côte d’Ivoire et à 40 % par le groupe français Renault Véhicules Industriels (RVI). Pour un parc total utile de 750 autobus dont 96 autobus articulés pour 645 en ligne et 15 bateaux bus. Côté personnel, la SOTRA emploie à ce jour 4 500 agents répartis dans trois grands secteurs : exploitation, technique et administration. Par jour, c’est en moyenne un million de passagers qui sont transportés à travers les différents quartiers d’Abidjan. Mais pour une population urbaine de plusieurs millions d’habitants, le ratio entre l’offre de la SOTRA et la demande des usagers rend le service insuffisant.

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