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N°01 Novembre 2001

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Riches et Pauvres

I.S.S.

Sans romantisme excessif et avec une froideur toute technique, la Banque Mondiale vient de projeter les premières conséquences sur les pays pauvres, de la recession économique qui s’installe dans les pays riches, depuis les événements survenus en septembre 2001 aux Etats-Unis. Des millions d’individus, déjà en dessous du seuil de pauvreté, risquent de dégringoler plus bas encore; des dizaines de milliers d’enfants pourraient mourir au cours des deux prochaines années si la dépression, dont les signes sont déjà visibles, s’accentuait. On pourrait, bien sûr, épiloguer longtemps sur le sort de ces pauvres que les grandes institutions veulent sauver, mais qu’un éternuement de l’économie mondiale transforme en loqueteux frappés de désespérance absolue. Mais cette « révélation » des macro-économistes dit plusieurs choses. D’abord, que le système mondial a bien un centre actif qui agit très efficacement sur une périphérie fataliste, en tout cas, soumise. Ceux qui pretendaient donc que l’avènement des réseaux avait déjà supprimé cette hiérarchisation en seront moins convaincus. Tout comme ceux qui esperaient que, pour les mêmes raisons, la planète connaitrait un siècle d’expansion tranquille, sans conflits majeurs. Ensuite, ces projections implacables posent la question de savoir si les dirigeants des pays pauvres servent vraiment à quelque chose, dans la mesure où ils ne disposent d’aucune marge, d’aucune autonomie de décision, d’aucune capacité de réaction, face à la mort programmée de leur peuple. La question subsidiaire étant de savoir si, dans ces conditions, ils ne sont pas à la fois les causes et les conséquences du marasme économique et social de leurs propres pays.

Habitués à privilégier les causes exogènes dans l’analyse de leur situation intérieure, les dirigeants imprévisibles, dont beaucoup ne sont intéressés que par la conservation de leur pouvoir, trouveront dans les hypothèses de la Banque Mondiale des alliées sûres pour justifier immobilisme et incurie. Deux décennies durant, le choc pétrolier a été l’alibi de toutes les impasses, le choc de New-York sera l’unique explication de toutes les difficultés à venir. Or, si de fait, ces événements ont un impact indéniable sur tous les pays, ils ont des conséquences tragiques sur les pays qui n’ont plus d’autre politique que cette forme de mendicité internationale qui les amène à sous-traiter toutes leurs responsabilités aux bailleurs de fonds et aux organismes internationaux.

Chaque événement significatif entraine dans les pays où sont en place des gouvernements ambitieux, ou ayant decomptes à rendre (ce qui souvent, revient au même), des ajustements qui permettent d’amortir les contre-coups. D’autres se contentent de profiter de la mauvaise conjoncture pour rendre plus illisibles encore leurs politiques économiques, ou de rendre plus évidente leur absence de politique. On ne le dit pas assez, mais le manque de détermination dans la prise en charge des problèmes est une constante dans bien des pays pauvres. Alors que les plus nantis multiplient les concertations, anticipent les conséquences sociales, « chevauchent » les événements, les dirigeants des plus démunis, entre deux soliloques, nient la réalité quand ils ne l’exploitent pas jusqu à la déraison. Un exemple? Le moindre frémissement sur le baril du pétrole est repercuté au quadriple; C’est ainsi également que des politiques fiscales prétendûment imposées par le FMI sont concoctées alors qu’elles n’ont pour effet que celui d’annhiler les moindres initiatives. Dans ces conditions, il n’y a pas d’audace à rappeler cette évidence : Les conséquences de la tragédie de New-York auront certes des prolongements tout aussi tragiques sur les pauvres, mais cela ne doit pas occulter le rôle parfois néfaste de leurs dirigeants, ni exonérer les « fous du libéralisme » de leur responsabilité dans la fragilisation des pays en développement.


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