Air Afrique : Le nouveau plan de vol Coûteuse renaissance
par Abdoulaye Mamadou
14 Mars 2001, Brazaville : Renaissance dAir Afrique.
Dans la douleur, les Présidents Laurent Gbagbo, Denis Sassou Nguesso,
Alpha Oumar Konaré, Abdoulaye Wade, Idriss Deby, les Chefs de gouvernement
du Togo et du Niger, assistés des ministres de tutelle, ont redonné
un nouvel extrait de naissance dAir Afrique, sous les rives du fleuve
Congo.Cette fois, sous le parrainage intéressé dAir
France.
Comment
en est-on arrivé à parler de renaissance ? Air Afrique,
dans ses dix premières années dexistence avec laide
de la compagnie française UTA, a une forte expansion. Au début
des années 80 la compagnie aérienne commence à perdre
de laltitude pour sinstaller dans les méandres de turbulence
évitant plus dune fois le crash. Valse de directeurs généraux
: Cheikh Fall, Ahoussou Koffi et Auxence Ickonga, mais lentreprise
panafricaine ne se retrouve plus. Et arrive aux premières lueurs
de 1990, « le messie » Yves Rolland Billecard, ancien Directeur
Général de la Caisse Française de Développement.
Celui-ci devant restructurer financièrement aliène le patrimoine
sain et le vend : 3 DC10, 3 DC8-63, 4 Airbus 300B4. Il achète 4
avions Airbus 310, grâce a un curieux montage du Crédit Lyonnais
et renchérit les prestations des équipages. Tout comme la
location des Boeing 737 , à travers des comptes bancaires domiciliés
dans des paradis fiscaux Alors commencent les véritables
turbulences Air Africaine auxquelles mêmes les sommités aéronautiques
de la trempe de Sir Harry Tivergandum ne trouvent pas de solutions.
Finalement, Air Afrique traîne près de 138 milliards frcs
CFA de dettes : 32 milliards à la banque Africaine de Développement
et 106 milliards pour lexploitation (taxes de survol, de carburant
et la chambre de compensation du transport aérien )
La conférence de Brazzaville préconise que la nouvelle société
Air Afrique soit opérationnelle dans trois mois. Pendant que lactuelle
structure sera transformée en société de «
défaisance » qui gèrerait le passif. Elle céderait
lactif à la nouvelle compagnie . Air France sarroge
35% du capital et apporte 5 avions de type A330 pour le long courrier
et 2 Boeing 737 dédiés aux dessertes inter-états.
En outre, Air France souhaiterait filialiser lassistance au sol
( le Handling ). Cette activité rapporterait, en moyenne, 25 milliards
par an. Le fret devrait tomber dans lescarcelle de la filialisation.
Déjà, Air Afrique et Air France sont en pool et se partagent
les recettes, dans ce segment. La société détat
française apporte aussi une cagnotte de 50 milliards de frcs CFA
comme fond de roulement. La nouvelle RK qui garde nom de baptême
et logo mais dont le capital nest pas encore connu, réserve
5 % des actions à ses employés, 38% reviennent aux usagers
et institutions africaines, tandis que 22% des parts iraient aux Etats
.
Air France, le partenaire stratégique, devrait être approché
par le comité AD HOC composé de cadres dAir Afrique
et de spécialistes de laviation civile, pour dessiner les
contours de ce partenariat qui provoque beaucoup de suspicions au niveau
dAir Afrique, où lon accuse certains cadres dêtre
de collusion avec Air France ,depuis des décennies . Surtout dans
le domaine des recettes commerciales et du frêt.
En revanche, le plan dAir France laisse transparaître des
zones dombre. Il demande à RK de se désengager progressivement
du tronçon inter-états, en donnant 2 Boeing 737. Pourtant,
ce trafic représente potentiellement 700.000 passagers par an.
Chaque semaine, le service des programmes de la multinationale est obligée
de mettre un gros porteur sur la liaison Abidjan Dakar, afin de
baisser la pression des 1000 passagers hebdomadaires. Depuis bientôt
sept ans, Air France cherche à entrer en force dans ce segment.
Le schéma des français est très bien conçu.
Car, via des compagnies nationales comme Air Ivoire, Air Madagascar, Air
Sénégal où AF fait partie du tour de table, Air France
écumerait lInter-Etats, en créant des mini hub , pour
mieux conforter son long courrier . Sur cet axe actuellement, ce sont
des Boeing 737 à 128 places (que les Etats ne peuvent soffrir
quen déboursant plus de 30 milliards) qui assurent les dessertes.
Sans compter lapprovisionnement initial en pièces détachées
dune valeur de 4 à 5 milliards de francs CFA. A cela, il
faut ajouter les taxes de survol, le carburant, le calendrier de maintenance
à respecter . La compagnie aérienne Lina Congo en est la
parfaite illustration. Son Boeing 737 parti en révision na
pas pu sortir des hangars de « Check D », faute de pièces
détachées . Le Congo a dû louer un autre avion
En fait, la compagnie française veut désengager RK du réseau
en créant la sous-capacité et capter les passagers grâce
à ses filiales nationales africaines. Accusée
de « gloutonnerie avérée » par les économistes
du transport aérien, lentreprise bleue, blanc, rouge souhaite
quAir Afrique desserve principalement Paris. Elle va plus loin,
en demandant la fermeture de la zone dexploitation commune, pendant
cinq ans. Du pur protectionnisme sindignent les experts.