Entre les opérateurs du cellulaire en Côte d’Ivoire et leurs abonnés, la lune de miel semble terminée. Même si la crise n’est pas ouverte les récriminations et autres coups de gueule sont désormais monnaie courante.
« otre abonné ne peut être joint, essayer ultérieurement ». C’est l’éternel refrain qu’on peut entendre d’un réseau à l’autre depuis quelques temps. Orange Côte d’Ivoire, Loteny telecom, Cora de Comstar, les trois opérateurs du cellulaire en Côte d’Ivoire rencontrent de plus en plus de mal à satisfaire leurs abonnés qui ne savent à quel saint se vouer. Pourtant les campagnes publicitaires, qui sont autant d’opérations de charme se multiplient d’une compagnie à l’autre tout en ne tarissant pas d’éloge sur la gamme variée des prestations offertes par le commanditaire. On continue de ratisser large en innovant constamment au niveau des stratégies de séduction. Les compagnies rivalisent tant d’ardeur que d’ingéniosité pour appâter le client, le convaincre qu’il a fait le meilleur choix ou l’inciter à consommer davantage. Entre temps l’essentiel, la satisfaction du client grâce à un réseau fiable permettant de joindre son interlocuteur en cas de besoin, semble laissé de côté. Récurrent, le problème des intempestives perturbations du réseau a fait maintes fois l’ objet de campagnes d’explication des différents opérateurs notamment Loteny Telecom et Orange Côte d’Ivoire, se rejetant mutuellement la responsabilité des désagréments subies de part et d’autre par les abonnés. Passer d’un réseau à un autre nécessite parfois de la patience à revendre .
Depuis le déclenchement de la crise politico militaire en Côte d’Ivoire le 19 septembre, les choses se sont davantage compliquées. Explication des opérateurs, la destruction de certaines de leurs installations techniques notamment dans les zones sous occupation rebelle.
Au delà de leurs explications, il semble bien que les opérateurs soient victimes de leur succès. Le boom du cellulaire ne s’est pas accompagné des investissements conséquents destinés à supporter un intense trafic sur les réseaux. La forte tension exercée par les abonnés a permis de relever une saturation des réseaux et de leurs limites.
En dehors du petit « poucet », Cora de Comstar secoué du reste par une interminable crise aux incessants rebondissements, les deux autre opérateurs pourraient même refuser du monde tant la clientèle afflue. Sans être grisés par le succès, ils donnent néanmoins l’impression de ne pas s’y être vraiment préparés. Conséquence, certains opérateurs ont désormais moins d’égard pour les abonnés. Réduction du temps initialement accordé pour recevoir des communications sans être obligé d’acheter une nouvelle carte de recharge de son compte, perturbation des réaux, retrait sans somation du numéro de l’abonné, ne sont que la partie visible de ce qu’on pourrait appeler la rançon du succès.
Déjà en 1999, le nombre de lignes mobiles dépassait celui des lignes fixes. En 2000, on comptait 290 000 abonnés au téléphone mobile contre 233 000 au fixe. Les statistiques de 2001 sont encore plus édifiantes. A cette date on comptait environ 731 000 abonnés au mobile contre seulement 294 000 au téléphone fixe. Le chiffre d’affaire des trois opérateurs est ainsi passé de 106, 9 milliards de F CFA en 2000 à 128, 5 milliards l’année suivante puis à 154, 5 milliards en 2002. Pourtant il n’ était que de 16 milliards de F CFA en 1997. Des chiffres qui situent sur l’engouement suscité.
Alors qu’il y a quelques années, Loteny Telecom était le leader de la téléphonie mobile en Côte d’Ivoire avec 53 milliards de F CFA de chiffre d’affaire pour 245 128 abonnés (an 2000) contre 214 721 abonnés pour la société Orange Côte d’Ivoire, la tendance s’est inversée depuis 2001. Selon les dernières statistiques disponibles, Orange Côte d’Ivoire devance de peu son rival de toujours. Elle compte désormais 499 794 abonnés contre 496 928 pour son ater ego.
D’une société à l’autre comme on peut le constater, on est passé du simple au double en ce qui concerne le nombre des abonnés entre 2000 et 2002.
Au contraire des deux leaders, Cora de Comstar semble avoir bien du mal à se faire adopter par la clientèle potentielle et à ravir des parts de marché à ces ténors. L’analyse du nombre de ses abonnés d’une année à l’autre traduit du reste une baisse de près de 20 %entre 2001 et 2002. Il est en effet passé de 38 972 en 2001 à 30 336 l’année suivante.
En tout état de cause, après avoir été contraint de s’acquitter du ticket d’entrée , la licence définitive d’exploitation du réseau cellulaire d’un coût de 40 milliards F CFA, les opérateurs doivent relever le défi de la qualité du service. Et la communication semble bien brouillée entre prestataires de services et abonnés. La baisse des coûts de communication n’est pas à l’ordre du jour quand pour leur part les prestations laissent les abonnés sur leur faim.
Entre problème de réseau, obligation de renouveler régulièrement son crédit de consommation au risque que le numéro soit supprimé de la base de données de l’opérateur et les réductions injustifiées du crédit de consommation, il y a de quoi s’arracher les cheveux.
Mais le cellulaire est devenu un outil si indispensable que le choix n’est guère laissé. Peut être l’entente sera t-elle meilleure avec Air Com dont le démarrage des activités semble relégué à la saint glin glin.