LES BUSINESS SCHOOLS EN CÔTE D’IVOIRE
RUDE EST LA CONCURRENCE
Dans le domaine de l’enseignement supérieur, les formations en management et en gestion économique ont plus que jamais bonne presse auprès des candidats aux études supérieures. Si bien que, de leur côté, les écoles qui proposent ce genre de formations ne donnent pas dans la dentelle pour remporter le plus grand nombre de suffrages auprès de la cible. Plus que jamais, le business est à l’honneur.
’enseignement supérieur privé quand bien même il ait permis de désengorger le système public et d’offrir d’autres opportunités de formation orientées directement vers le monde de l’emploi aux jeunes n’en demeure pas moins un secteur juteux pour le fondateur qui sait jouer des coudes, des mains…Mais aussi de la tête. Dans ce contexte de rude concurrence, la multiplication des partenariats et des alliances avec d’autres grandes écoles, celles-là internationales, permet de se faire valoir auprès de la cible. De fait, la tendance actuelle est à afficher sur ses prospectus ou son enseigne le nom et les références de son partenaire outre-atlantique. L’enseignement dispensé est alors présenté comme la copie conforme de celui offert par le partenaire ou la maison-mère sur ses bases. Partant de là, dire à la cible qu’en s’inscrivant dans cette école, cela revient à bénéficier d’un enseignement de qualité pour ne pas dire international, il n’y a qu’un pas qui est très vite et allègrement franchi. Que ce soit du pipeau ou du vrai, le futur étudiant l’apprendra à ses dépens ou à son avantage une fois la grille d’entrée franchie. Ainsi de grands groupes européens tel le groupe HEC (Écoles des Hautes études commerciales) et Sup De Co n’ont pas hésité à se trouver des partenaires au plan local. Et en matière de communication, les initiatives ne manquent pas. Les unes aussi ingénieuses que les autres. Ainsi, pour celles qui ont la bourse lourde les classiques de la communication y passent : encarts publicitaires dans les journaux, affichage routier, spots radiotélévisés, etc. Mais pour toutes, le message est clair et univoque : frapper l’imagination pour avoir les faveurs du public. Ainsi, toutes se réclament de l’excellence et propose la réussite scolaire et professionnelle à tous les coups. “La plus grande école de l’entreprise ”, “ L’excellence pour l’Afrique ”, etc, les messages ne manquent pas pour afficher les différentes prétentions. Quant à la formation, les différents acteurs du secteur s’efforcent de la rendre la plus attrayante et révolutionnaire possible face au concurrent. Si bien qu’aucun secteur de l’activité économique du pays ne semble échapper à leur expertise théorique. A la fin, sur le papier, toutes les écoles offrent les mêmes formations mais à des nuances près. La prétention est si grande, dans le domaine de la formation, que nombre d’écoles du supérieur privé sont désormais prêtes à proposer des programmes clés en main, modulables et adaptés aux demandes des clients. Toutefois, si certaines écoles s’efforcent de respecter le client en assumant les prétentions affichées, d’autres se dissimulent derrière un paravent de fiabilité pour berner le client. Par ailleurs, cette effervescence au sein du supérieur privé a été surtout facilitée par l’enseignement supérieur public, lui-même dépassé par l’augmentation vertigineuse de la population estudiantine.
AU SECOURS DU SECTEUR PUBLIC
Longtemps, seule voie d’accès aux études supérieures, l’université nationale de Côte d’Ivoire n’a fait qu’orienter prioritairement son enseignement académique vers les filières classiques moins tournées vers la formation de cadres en gestion. Avec l’accélération de la privatisation de certaines entreprises publiques au début des années 90, l’implantation de groupes étrangers dans le tissu économique national et la forte demande en cadres en gestion le besoin de filières de formation orientées vers l’économie s’imposa aux différents acteurs du système éducatif ivoirien. Mais plus que le public, saisissant cette opportunité, le privé réagit le premier en faisant surgir comme des champignons de terre des instituts, de hautes écoles, des universités internationales censées former et mettre sur le marché de l’emploi des élites, des cadres en gestion et des managers efficaces. Les diplômes proposés vont du Diplôme universitaire technologique (DUT) au Master of Business Administration (MBA) en passant par le bachelor ou le master en fonction des écoles. Quant aux coûts, la notoriété et les partenariats internationaux les rendent différents d’une école à l’autre. Par exemple, au groupe Pigier Côte d’ivoire, partenaire de Pigier France, le Master finance et expertise oscille entre 1 500 000 et 1 800 000 pour une durée de deux ans. Ailleurs, à l’Université ivoiro-canadienne dont la maison-mère se trouve au Canada, le MBA, proposé aux cadres d’entreprises justifiant d’une expérience professionnelle de quatre ans, coûte 10 millions (dont 1 million pour la documentation) pour une durée de deux ans et demi. A Agitel Formation, école supérieure privée nationale, les coûts varient entre 2 000 000 et 3 000 000 Fcfa pour le diplôme d’Ingénieur commercial export (ICE) ou le diplôme d’Etudes supérieures en Management et Marketing (DESMMA). Mais pour les fondateurs de ces établissements d’enseignement supérieur, la multitude des offres force bien souvent à des campagnes de communication et à des approches marketing hardies pour avoir le maximum d’étudiants.
BUSINESS MAIS AUSSI FORMATION ACADÉMIQUE
L’appétit vorace dans le milieu ne permet pas toujours un enseignement de qualité. La logique financière l’emportant tout aussi aisément sur les objectifs académiques. Car il faut, de toute évidence, rentabiliser l’investissement de départ. Et, par ailleurs, l’obtention de l’autorisation d’ouverture s’accompagne rarement voire presque jamais d’une inspection régulière de l’autorité de tutelle pour s’assurer de la qualité de l’enseignement dispensé. De fait, sur plus d’une centaine d’établissements moins de la moitié peut se targuer de fournir une formation de choix à ses étudiants. Pour le responsable d’une des écoles les plus fréquentées et à la réputation irréprochable, la baisse de la qualité dans l’enseignement s’explique par le fait que “ l’enseignement supérieur devient de plus en plus un secteur juteux pour ses investisseurs, avec la multiplication des écoles et des universités privées. ” D’où cette crainte exprimée, à travers le monde (selon des analyses), par de nombreux acteurs traditionnels de l’enseignement supérieur qui s’opposent farouchement à ce que l’éducation soit traitée comme une marchandise. Selon une publication de l’Organisation des Nations-Unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), le marché de l’enseignement supérieur des Etats membres de l’Organisation de coopération et de développement économique (Ocde) est estimé au minimum à quelque 30 milliards de dollars par an. En Afrique en général et en Côte d’Ivoire en particulier, l’enseignement supérieur privé n’échappe pas à ce constat. Déjà que, dans les pays en développement plus qu’ailleurs, le secteur privé est souvent perçu comme un renfort indispensable à l’action de l’Etat. Face à l’aspect lucratif du secteur, il importe d’insister sur la nécessité d’une garantie de la qualité de l’offre éducative afin que le besoin en main d’œuvre qualifiée pour nos économies soit positivement comblé.