Le marché de lassurance en Afrique se
porte relativement bien. Dans lensemble le chiffre daffaires
est en progression même si les primes sont nettement en deçà
de ce quelles auraient pu être.
« lobalisation
de lassurance africaine », cest le thème
de la 26ième assemblée générale annuelle de
la Fédération des sociétés de droit national
africains (FANAF) qui sest tenue en février dernier à
Libreville au Gabon. Deux résolutions émanant de cette assemblée
retiennent particulièrement lattention parce quelles
donnent un aperçu des problèmes auxquels les compagnies
dassurance sont confrontées. « Dans le souci
de participer à lamélioration du bien être des
populations africaines, lassemblée générale
invite les autorités publiques à mettre en uvre les
mesures incitatives notamment la défiscalisation de cette branche
dassurance et encourage les sociétés membres à
créer des produits adaptés aux besoins et aux moyens financiers
des populations concernées » a recommandé la
FANAF dirigée depuis février par le burkinabé André
Bayala directeur général de SONAR.
Lassurance maladie est lun des produits les plus prisés
mais, comme la indiqué M Ettien, secrétaire général
de lassociation des sociétés dassurance de Côte
dIvoire (ASACI), elle est en général déficitaire.
La défiscalisation suggérée devrait permettre non
seulement de réduire le coût des primes mais également
déquilibrer quelque peu les comptes de cette branche.
« Compte tenu du faible niveau de pénétration
de lassurance dans les marchés de la FANAF, lassemblée
recommande aux autorités dinstituer de nouvelles obligations
dassurances notamment dans les branches ayant un grand impact dans
la vie des populations africaines à savoir, lassurance construction,
lassurance responsabilité civile des professions libérales
et retraite complémentaire » ont en outre conclu les
délégués à lissue de leurs travaux.
Le fait est que même si dans lensemble le chiffre daffaires
du secteur de lassurance dans les pays africains augmente régulièrement,
le taux de pénétration est encore très faible et
bien des produits ont du mal à simposer, à limage
de lassurance construction, lassurance retraite, ou encore
la capitalisation. En attendant, le marché africain de lassurance
ne pèse pas lourd. Cest un tout petit marché représentant
à peine 1% de lindustrie mondiale des assurances. LAfrique
du Sud fait figure de géant sur ce continent. Il dispose en effet
du plus important marché dassurances en Afrique avec notamment
plus de la moitié des primes IARD. Au classement des 25 premières
compagnies africaines, 14 entreprises sud africaines sont présentes
contre 4 marocaines, 3 égyptiennes etc. Cette performance a valu
à lAfrique du sud dêtre classé en 1998
au 22ième rang mondial avec un niveau de pénétration
de 2,7% comparable à celui de lEurope occidentale. Dautre
part quatre compagnies sud africaines ont un chiffre daffaires de
plus de 1 milliard de dollar. Les autres pays qui tirent leur épingle
du jeu sont le Nigeria, la Côte dIvoire, le Gabon et le Cameroun
qui abrite le siège de lorganisation africaine des sociétés
dassurances (OAA) présidé par M Jean Kacou Diagou
président directeur général de du Groupe NSIA-AGCI.
Même si la clientèle gabonaise est à 80% une clientèle
dentreprise, notamment en raison dune faible culture de lassurance
chez les particuliers et du coût élevé des primes,
lactivité des compagnies dassurance au Gabon a connu
une hausse de 23,3% sétablissant à 35,26 milliards
FCFA contre 27milliards en 2000. Bien loin derrière un marché
aussi prospère que celui de la Côte dIvoire en dépit
de la légère baisse enregistrée en 2000.
Lensemble de la production sest élevé à
environ 111 milliards, en baisse de 1,76% par rapport à 1999 où
la production globale était denviron 112,650 milliards FCFA.
La branche automobile se taille la part du lion avec une production denviron
38 milliards, soit 28,73% du portefeuille, en baisse de 0,10% par rapport
à lexercice précédent. Vient ensuite la branche
accidents corporels et maladie, en progression de 3,86% par rapport à
lannée 1999 avec une production dun peu plus de 21
milliards. Elle représente 19,31% du portefeuille.
Dans lensemble les assureurs sen tirent à bon compte.
La sinistralité sest en effet sensiblement améliorée
en 2000. La charge de cet exercice sest élevée selon
M Ettien à environ 60 milliards FCFA, en diminution de 29, 97%
par rapport à lexercice précédent. Ce sont
surtout lassurance automobile et lassurance accidents corporels
et maladie qui ont enregistré les plus importantes baisses avec
respectivement 8,28% et 12,35%. Toutefois les assureurs ont fort à
faire avec les frais de gestion qui demeurent toujours élevés
en dépit des injonctions faites par la commission régionale
de contrôle des compagnies dassurance. « Les frais
de gestion sélèvent à environ 45,390 milliards
FCFA soit 41,02% du chiffre daffaires » confie en ce
sens M Ettien. En outre, la Côte dIvoire, à linstar
dautres pays africains, se trouve confrontée à lépineux
problème de lindemnisation rapide des assurés. Les
assureurs sont en effet accusés dêtre plus prompts
à encaisser les primes plutôt quà payer les
sinistres. Pour y apporter un début de solution, les assureurs
ont mis en place la convention dindemnisation rapide de lassuré,
« destinée à accélérer le règlement
des sinistres matériels ». « Force est
de constater que les sentences rendues par la commission dapplication
ne sont pas exécutées par certaines compagnies malgré
linstitution dune journée mensuelle de règlement
des sinistres en suspens qui a pour but de renforcer la crédibilité
de cet organe de gestion des sinistres » avoue le secrétaire
général de lASACI.
Comme relevé à la 26ième assemblée générale
de la FANAF, la fiscalité constitue dans bien des cas un frein
au développement de lactivité économique en
général et du secteur de lassurance en particulier.
Et en Côte dIvoire comme dans dautres pays, les assureurs
nhésitent plus à la citer au nombre de leurs préoccupations.
Pour lavènement dun secteur des assurances fort et
dynamique, les assureurs ivoiriens préconisent entre autres éléments,
la défiscalisation de lassurance maladie, lincitation
fiscale de lassurance vie, linstitution dassurances
obligatoires dont lassurance retraite complémentaire, lassurance
construction, lassurance incendie etc. « Du fait du
caractère social du risque maladie, le taux de la taxe sur le contrat
dassurance maladie qui est de 14,5% pourrait être supprimé
comme cest le cas au Cameroun . Comme tous les autres secteurs
dactivité, lASACI souhaite que tous les contrats dassurances
soient assujettis à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) ».
mentionne le rapport du président de lASACI.
Au delà du faible taux de pénétration, un autre fait
retient lattention lorsquon analyse le marché de lassurance.
Il sagit de la répartition du capital des compagnies africaines
qui appartiennent pour la plupart et les plus actives, à de grands
groupes étrangers. Que ce soit au Gabon, au Sénégal,
au Cameroun ou en Côte divoire, ces puissantes sociétés
étrangères dominent le marché.
Athéna Afrique qui fait partie de AGF international lui-même
membre du groupe Allianz (Allemagne), un des leaders mondiaux de lassurance
(Générali, Suiss Re, Tokio marine and fire, AIG, Axa) avec
un chiffre daffaire de 60 milliards dEuros, est présent
un peu partout en Afrique notamment au Cameroun (SNAC), au Burkina (FONCIAS),
en Côte dIvoire (SAFARIV), au Gabon (OGAR), au Mali (AGM),
au Bénin (SOBAC), en République centrafricaine (ULAR) pour
ne citer que ces exemples. Limportance du réseau de Athena
Afrique, la place en seconde position du marché de lassurance
de la zone CIMA qui rassemble au sein dune législation uniforme
et supra nationale, 14 pays.
Il en est de même pour AXA présente en Côte dIvoire
et Sénégal. Ce groupe a réalisé en 2000 un
chiffre daffaires de 80 milliards dEuros (1euro= 655,97 FCFA).
Présente au Mali, au Togo et au Burkina Faso, lAgence Colina
appartient pour sa part à une holding financière, Delta
Africa qui est une société du même groupe que Libano
Suisse implantée en Côte dIvoire depuis 1980 par lintermédiaire
de sa filiale GST.
Toutefois certaines compagnies sont inspirées et financées
par des nationaux avec des partenaires étrangers. Cest notamment
le cas en Côte dIvoire avec le Groupe NSIA-AGCI de M Jean
Kacou Diagou qui comprend trois sociétés :NSIA-IARD,
AGCI-IART, AGCI-VIE. Avec 20 milliards de chiffre daffaires brassés
en 2000, le groupe NSIA-AGCI représenté au Gabon, au Cameroun
et au Bénin est le deuxième assureur sur le marché
ivoirien. Cest aussi le cas au Sénégal avec Assurances
Générales du Sénégal (AGS) qui dispute à
AXA Sénégal la place de leader.
Pour remédier aux problèmes qui se posent au secteur de
lAfrique en général et de ces différentes régions
en particulier, on assiste ici et là à des initiatives sinscrivant
dans le mouvement dintégration des communautés. Ainsi
le 10 juillet 1992, les Etats membres de la zone franc (Bénin,
Burkina, Cameroun, Centrafrique, Comores, , Congo, Côte dIvoire,
Gabon, Guinée Equatoriale, Mali, Niger, Sénégal,
Tchad et Togo) ont signé à Yaoundé un traité
instituant une organisation intégrée de lindustrie
des assurances dans les Etats africains. Il sagit de la Conférence
interafricaine des marchés des assurances (CIMA) qui sest
substituée à lancienne Conférence internationale
des contrôles des assurances (CICA). Elle a pour objectif de renforcer
la coopération des Etats membres dans le domaine des assurances
afin dadapter leur couverture aux réalités économiques
de leurs marchés; de développer les organismes dassurances
et de réassurance opérant dans leur pays, pour leur permettre
de souscrire et de gérer les grands risques des marchés;
de soutenir financièrement et matériellement les institutions
communes à créer etc. Dans le même ordre didées
la communauté économique des Etats de lAfrique de
lOuest (CEDEAO) a crée la carte brune dassurance qui
permet de faciliter le règlement des indemnités incombant
aux automobilistes pendant leurs déplacements dans lespace
communautaire.
En définitive, même si lAfrique nest pas à
plaindre, il lui reste beaucoup à faire dans le secteur des assurances
où la prime par habitant est de 1000 FCFA au Burkina, 3750
F CFA pour le Cameroun, 7300 pour la Côte dIvoire contre plus
de 60 000 FCFA pour la France. Par ailleurs le SIDA et la fraude pourraient
à terme un coup dur à ce secteur encore émergeant.
M Kouadio Ettien Jean (secrétaire
général de lASACI) :
« Il faut défiscaliser certains produits »
Quels
sont les contraintes majeures du secteur des assurances en Côte
dIvoire ?
Nous pensons quen Côte dIvoire il y a des produits
quon peut promouvoir. IL sagit par exemple de lassurance
retraite. Il faut toutefois que lEtat ivoirien accepte de défiscaliser
ces produits. Car ces taxes ont un impact sur le coût de la
prime. Or dans tous les pays du monde , les produits de retraite constituent
une épargne longue. Cest donc de largent que lEtat
peut utiliser pour faire des investissements.
Quel est le taux moyen dintérêt pour une assurance
de capitalisation ?
Le code CIMA nous autorise un minimum de 3% comme taux dintérêt.
Quelles sont les actions entreprises par la FANAF pour obtenir
une défiscalisation des produits de capitalisation ?
Je ne saurais vous le dire. Je sais toutefois que certaines résolutions
ont été récemment adoptées dans ce sens.
En outre, en Côte dIvoire nous avons déjà
approché le gouvernement. Nous en avons parlé. Nous
souhaitons quen lieu et place de la série de taxes sur
nos produits, quon nous assujettisse simplement à la
taxe sur la valeur ajoutée comme cela se passe par exemple
au Cameroun. A titre dexemple, nous avons une taxe de 14,5%
sur la prime automobile. Cest sensiblement la même chose
pour les primes sur la branche vie . Par contre sur lincendie,
nous sommes à un peu plus de 20%.
Quelle est la valeur ajoutée du marché de lassurance
au PIB ivoirien ?
Nous ne calculons pas cette valeur ajoutée comme dans le commerce
classique. Ici nous ignorons le prix de revient réel de nos
produits. Nous ne pouvons donc parler que de primes et de chiffres
daffaires.
LASACI dispose t- elle de moyens pour amener les sociétés
dassurance à respecter les règles prudentielles
de gestion édictées dans le code CIMA ?
En tant quassociation, nous ne pouvons que suggérer,
alerter. Par contre cest la commission régionale de contrôle
des assurances et son représentant, la direction des bourses
et assurances, qui peuvent mener des actions vigoureuses voire répressives.
Quel est le ratio assuré/ population actuellement en Côte
dIvoire ?
Nous nutilisons pas ce type de ratio. Nous parlons plutôt
de prime sur sinistre. Cest à dire le rapport des sinistres
que lassureur paye sur les primes encaissées. Par exemple,
sur une prime de 100 FCFA la règle voudrait que 70 F serve
à couvrir les sinistres contre 28 F pour les frais généraux.
Pour nous donc, le plus important, cest le taux de sinistre
à prime.
Eu égard à ce ratio quelle est la branche qui vous
fait le plus perdre de largent et celle qui vous en fait gagner ?
Il faut savoir que lassurance maladie est toujours déficitaire.
Il en était de même pour lassurance automobile
mais depuis lavènement du code CIMA les choses sont en
train de changer.
Quest ce qui explique que lassurance maladie soit au centre
de tant de litiges ?
Cest parce cette assurance est obligatoire et beaucoup de personnes
y souscrivent. Dautre part il y a le problème du retard
dans le règlement des sinistres. Toutefois, depuis 1990,une
convention de règlement rapide des assurés a été
signée. Récemment cette question était au centre
dune réunion de lASACI. Nous faisons comprendre
aux assureurs que le fondement de lassurance cest de régler
les primes. On a même demandé à toutes les compagnies
de déposer auprès de lASACI une caution destinée
à ces règlements en cas de retard.
Pourquoi nexiste t-il pas de compagnies ivoiriennes ou
ouest africaines de réassurances ?
La première raison, cest quil faut de gros moyens
mais ce nest pas un obstacle majeur. En Côte dIvoire
nous avions envisagé den créer. Nous avons approché
le gouvernement Duncan dans ce sens. Il y était favorable
mais les évènements de 1999 ont perturbé lexécution
du projet.
Parlant dintégration, existe t-il un projet de création
dune compagnie supranationale dassurance ?
Pour le moment ce nest pas à lordre du jour.
Toutefois, les compagnies peuvent prendre des participations dans
la création dune autre compagnie dans tel ou tel pays.