u
moment où le PNUD ( Programme des Nations Unies pour le Développement
) diffuse son rapport annuel sur le développement humain, loccasion
est bonne de parler des valeurs dont, en principe, lAfrique est
porteuse et qui peuvent constituer des repères dans un monde qui
en a de moins en moins. Pourquoi donc, alors quelle a eu une influence
décisive sur lhumanité dans maints domaines, lAfrique
ne serait-t-elle pas en mesure de promouvoir un humanisme décomplexé,
alliant recherche defficacité avec les pratiques de partage,
de solidarité inter-générationnelle?
LAfrique semble mal assumer ces valeurs par ce que, à lheure
du triomphe de la modernité, celles-ci sont présentées
comme anti-économiques, à tout le moins, contre-productives.
Ce continent se débat dans un piège : les différentes
méthodes utilisées pour mesurer le développement
lont, hélas, convaincu de jeter par-dessus bord tout ce qui
ne produit pas de "lefficacité économique".
Et lAfrique court ainsi derrière les indices et les indicateurs
qui, parfois nindiquent rien du tout! Elle quémande ici et
là une approbation, un bon point sans sinterroger sur la
validité des programmes qui lui sont présentés.
La confusion la longtemps amené à considérer
les effets pervers induits par les évolutions technico-économiques
des pays industrialisés comme autant de signes de progrès.
En quoi le nombre de véhicules, la taille des immeubles, les asiles
de vieillards viendraient à être pris pour des signes catégoriques
de développement ? Or, le fait que la solidarité ait permis
damortir les chocs que subissent les sociétés africaines
nest pas toujours considéré, à tort, comme
une véritable valeur ajoutée. Certes, le parasitisme est
un danger qui peut pervertir cette belle notion de solidarité.
Il en va dailleurs de même pour les systèmes sociaux
de pays avancés ( qui prévoient un revenu minimum ) régulièrement
accusés de favoriser la paresse. La question restera toujours de
savoir si ce risque est plus important que celui dune approche purement
"économicienne" qui accentue la dérive matérialiste,
broie les êtres humains avant de les rejeter complètement
exténués.
"Lhomo économicus africain" quon tente de
fabriquer aux forceps pourrait connaître un destin tragique si lon
ne tient pas suffisamment compte de son environnement. Ce nest pas
parce que certaines élucubrations de tiers-mondistes ont trop lourdement
insisté sur les particularismes africains quil faudrait,
aujourdhui, nier ceux-ci, les occulter des stratégies en
faveur du développement. Sauf à privilégier les schémas
virtuels au détriment de la réalité. Et cette réalité
intègre des valeurs sociales mésestimées, mais qui
sont une des clés de la survie du continent.