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N° 07
Mai 2002
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La Lettre de l'Editeur

par Ibrahim Sy Savané

PLUS VALUE HUMANISTE


u moment où le PNUD ( Programme des Nations Unies pour le Développement ) diffuse son rapport annuel sur le développement humain, l’occasion est bonne de parler des valeurs dont, en principe, l’Afrique est porteuse et qui peuvent constituer des repères dans un monde qui en a de moins en moins. Pourquoi donc, alors qu’elle a eu une influence décisive sur l’humanité dans maints domaines, l’Afrique ne serait-t-elle pas en mesure de promouvoir un humanisme décomplexé, alliant recherche d’efficacité avec les pratiques de partage, de solidarité inter-générationnelle?

L’Afrique semble mal assumer ces valeurs par ce que, à l’heure du triomphe de la modernité, celles-ci sont présentées comme anti-économiques, à tout le moins, contre-productives. Ce continent se débat dans un piège : les différentes méthodes utilisées pour mesurer le développement l’ont, hélas, convaincu de jeter par-dessus bord tout ce qui ne produit pas de "l’efficacité économique". Et l’Afrique court ainsi derrière les indices et les indicateurs qui, parfois n’indiquent rien du tout! Elle quémande ici et là une approbation, un bon point sans s’interroger sur la validité des programmes qui lui sont présentés.

La confusion l’a longtemps amené à considérer les effets pervers induits par les évolutions technico-économiques des pays industrialisés comme autant de signes de progrès. En quoi le nombre de véhicules, la taille des immeubles, les asiles de vieillards viendraient à être pris pour des signes catégoriques de développement ? Or, le fait que la solidarité ait permis d’amortir les chocs que subissent les sociétés africaines n’est pas toujours considéré, à tort, comme une véritable valeur ajoutée. Certes, le parasitisme est un danger qui peut pervertir cette belle notion de solidarité. Il en va d’ailleurs de même pour les systèmes sociaux de pays avancés ( qui prévoient un revenu minimum ) régulièrement accusés de favoriser la paresse. La question restera toujours de savoir si ce risque est plus important que celui d’une approche purement "économicienne" qui accentue la dérive matérialiste, broie les êtres humains avant de les rejeter complètement exténués.

"L’homo économicus africain" qu’on tente de fabriquer aux forceps pourrait connaître un destin tragique si l’on ne tient pas suffisamment compte de son environnement. Ce n’est pas parce que certaines élucubrations de tiers-mondistes ont trop lourdement insisté sur les particularismes africains qu’il faudrait, aujourd’hui, nier ceux-ci, les occulter des stratégies en faveur du développement. Sauf à privilégier les schémas virtuels au détriment de la réalité. Et cette réalité intègre des valeurs sociales mésestimées, mais qui sont une des clés de la survie du continent.

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