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N°08 juin 2002
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CEDEAO

Espace virtuel, Communauté réelle

Par Ibrahim SY SAVANE


i un jour un expert, même averti, vous communique le volume des échanges commerciaux au sein de la Communauté Ouest Africaine, croyez-le si vous le voulez, mais gardez à l'esprit qu'il n'en sait rien et qu'il se contente d'une simple estimation. Car en fait, il existe au moins deux CEDEAO.

L'une, sans être artificielle est très officielle. Celle-là traîne de sommets en sommets des problèmes d'autant plus persistants qu'ils ne sont pas solubles dans l'incantation.
Mais il existe une autre CEDEAO qui est celle des citoyens ouest africains. Eux n'attendent pas que deviennent effectifs d'improbables traités sur "la libre circulation des biens et des personnes" pour échanger dans la sous région. Les architectes de cette CEDEAO là sont d'ailleurs en majorité des femmes. On les voit, d'Abidjan à Lagos, de Conakry à Ouaga, à Lomé et à Cotonou, tenter de construire, dans l'hostilité et malgré les entraves, la communauté réelle qui se joue des frontières.

Dommage que cette communauté des citoyens soit de plus en plus confrontée aux tracasseries douanières, aux traquenards policiers dignes de la flibuste, tout comme à la fébrilité administrative inspirée par des lobbies protégeant de puissants intérêts.
Paradoxe : alors que, généralement, l'inflation de textes réglementaires est le principal frein au commerce, il semble bien que l'absence ou en tout cas, la méconnaissance de procédures d'ailleurs très fluctuantes, soit un facteur non négligeable de blocage.
Pour s'en convaincre, rien n'est plus édifiant qu'une pérégrination à travers certains axes de la CEDEAO. Imaginons donc un tel exercice, comme stage pratique au futur expert ès intégration africaine. Dès la gare routière à Abidjan, on exige sans ménagement une carte de séjour, ensuite il faudra verser la " dîme " à chaque centaine de kilomètres. Il peut advenir que l'on vous demande de dédouaner une boîte de sardines à Aflao. On comprend, dans ces conditions, pourquoi les habitués du commerce intra-communautaire ricanent dès que des experts enthousiastes assènent des vérités qui n'ont qu'un fondement … statistique.

En tout cas, le moins qu'on puisse noter est qu'il existe un énorme gap entre ceux qui parlent de la Communauté Ouest Africaine et ceux qui, jour après jour, tentent de la construire. Et, au moment où se multiplient les initiatives aux contours pour le moment très flous, il est indispensable de revivifier les bases de ces excellents outils d'intégration sous régionale. Il s'agit pour cela de les soumettre au principe de réalité, afin de les rendre plus efficaces.

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