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un jour un expert, même averti, vous communique le volume des échanges
commerciaux au sein de la Communauté Ouest Africaine, croyez-le
si vous le voulez, mais gardez à l'esprit qu'il n'en sait rien
et qu'il se contente d'une simple estimation. Car en fait, il existe au
moins deux CEDEAO.
L'une, sans être artificielle est très officielle. Celle-là
traîne de sommets en sommets des problèmes d'autant plus
persistants qu'ils ne sont pas solubles dans l'incantation.
Mais il existe une autre CEDEAO qui est celle des citoyens ouest africains.
Eux n'attendent pas que deviennent effectifs d'improbables traités
sur "la libre circulation des biens et des personnes" pour échanger
dans la sous région. Les architectes de cette CEDEAO là
sont d'ailleurs en majorité des femmes. On les voit, d'Abidjan
à Lagos, de Conakry à Ouaga, à Lomé et à
Cotonou, tenter de construire, dans l'hostilité et malgré
les entraves, la communauté réelle qui se joue des frontières.
Dommage que cette communauté des citoyens soit de plus en plus
confrontée aux tracasseries douanières, aux traquenards
policiers dignes de la flibuste, tout comme à la fébrilité
administrative inspirée par des lobbies protégeant de puissants
intérêts.
Paradoxe : alors que, généralement, l'inflation de textes
réglementaires est le principal frein au commerce, il semble bien
que l'absence ou en tout cas, la méconnaissance de procédures
d'ailleurs très fluctuantes, soit un facteur non négligeable
de blocage.
Pour s'en convaincre, rien n'est plus édifiant qu'une pérégrination
à travers certains axes de la CEDEAO. Imaginons donc un tel exercice,
comme stage pratique au futur expert ès intégration africaine.
Dès la gare routière à Abidjan, on exige sans ménagement
une carte de séjour, ensuite il faudra verser la " dîme
" à chaque centaine de kilomètres. Il peut advenir
que l'on vous demande de dédouaner une boîte de sardines
à Aflao. On comprend, dans ces conditions, pourquoi les habitués
du commerce intra-communautaire ricanent dès que des experts enthousiastes
assènent des vérités qui n'ont qu'un fondement
statistique.
En tout cas, le moins qu'on puisse noter est qu'il existe un énorme
gap entre ceux qui parlent de la Communauté Ouest Africaine et
ceux qui, jour après jour, tentent de la construire. Et, au moment
où se multiplient les initiatives aux contours pour le moment très
flous, il est indispensable de revivifier les bases de ces excellents
outils d'intégration sous régionale. Il s'agit pour cela
de les soumettre au principe de réalité, afin de les rendre
plus efficaces.