Le géant de lAfrique de lOuest
doit faire face à un double défi. Se développer
tant au plan économique que social et redorer son blason
terni par les affrontements interethniques et la charia.
Le Nigeria qui ambitionne de jouer les premiers rôles en Afrique
de lOuest a bien du mal à affirmer sa position de leader,
tant au plan économique que socio-politique. Léconomie
nest pas au mieux même si les potentialités sont
énormes. Membre de lorganisation des pays exportateurs
de pétrole (OPEP) et treizième producteur mondial
avec 99,1 millions de tonnes, le Nigeria ne décolle pas véritablement.
Son taux de croissance a fait un petit bon qualitatif en 2000, sétablissant
à 3% contre 1,1% en 1999. « Lamélioration
des recettes publiques a contribué à lassainissement
du budget , avec un excédent de 7,7% du produit intérieur
brut(PIB) contre un déficit de 8,4% en 1999. On estime que
les recettes publiques dans ce pays ont augmenté de 15% contre
12,2% seulement pour les dépenses. » peut-on lire
dans le rapport sur le développement de lAfrique édition
2001. Une bonne performance imputable à la flambée
des cours du pétrole dont les revenus comptent pour près
de 90% dans les recettes de lEtat. Le Nigeria a donc pu dégager
un solde des opérations courantes positif et ramener sa dette
extérieure de 31,93 milliards de dollars en 1995 à
31,44 milliards en 2000 soit à peu près les trois
quarts de la dette de la zone non CFA.
Elle représente encore aujourdhui environ 169% des
exportations de ce pays. Autant dire quen dehors dun
allègement substantiel, le Nigeria ne saurait y faire face.
Classé 136ième sur 172 pays dans la catégorie
des pays à faible développement humain, le Nigeria
est en bute à une pauvreté grandissante caractérisée
entre autres par une baisse du revenu par habitant qui est de 260
dollars contre 270 précédemment. Si lempreinte
dOlusegun Obasanjo simprime sur la scène internationale
notamment à travers le NEPAD, il a bien du mal à insuffler
à lintérieur une autre dynamique à son
pays. « compte des entreprises déficitaires, réserves
en devises faibles, infrastructures en ruine, taux dintérêt
prohibitifs investissements au point mort », cest
le sombre tableau du Nigeria que dresse les auteurs de lAtlas
économique mondial édition 2002. Au total, la situation
économique de ce pays ou le chômage touche un actif
sur deux, nest guère reluisante. Cette contre performance
du général président candidat à sa propre
succession, fait déjà à elle seule le lit de
ses adversaires. Le deuxième défi de lactuel
président, cest la recrudescence de la violence et
la proclamation de la charia dans de nombreux Etats de la fédération
depuis 1999, date de son accession à la magistrature suprême.
Pour le moment, il s'agit d'un cuisant échec.
Le Nigeria est rentré dans un cycle daffrontements
communautaires de grande ampleur. La cohabitation entre musulmans
et chrétiens dans ce pays dun peu plus de 110 millions
dhabitants pour 250 groupes ethniques ne va pas sans heurts.
Les musulmans sont majoritaires au Nord tandis quau Sud on
rencontre davantage danimistes et de chrétiens. On
dénombre déjà un peu plus de 10 000 morts dans
des affrontements interethniques qui prennent parfois également
une coloration religieuse. Le fragile équilibre de la cohabitation
entre différentes ethnies a été bouleversé
à de multiples reprises depuis le retour au pouvoir civil.
Dautre part, la charia de plus en plus appliquée notamment
dans 12 Etats (un treizième s'apprête à le faire)
de la fédération , suscite une levée de
boucliers de la communauté internationale de plus en plus
hostile.
Autant dire que le retour au pouvoir du général Obasanjo
ne lui a pas véritablement réussi. Pour linstant.
Reste à savoir si, dans ces conditions sa candidature à
sa propre succession suscitera un quelconque engouement.
MALI
FIEVRE ELECTORALE
La vie au Mali est rythmée depuis quelques
semaines par lélection présidentielle qui met
aux prises 24 candidats dont lex chef de lEtat sous
la transition militaire le général à la retraite
M. Amadou Toumani Touré dit ATT, donné favori. Mais
déjà les prémices de la contestation des résultats
se font jour.
Lélection présidentielle au Mali connaîtra
bientôt son terme avec laccession à la magistrature
suprême de lun des candidats qui se sont investi pendant
deux semaines dans la campagne électorale tant à lintérieur
quà lextérieur du pays. Amadou Toumani
Touré (ATT) soutenu par une vingtaine de partis , Soumaïla
Cissé de lAlliance pour la démocratie au Mali
(ADEMA), parti au pouvoir, Mountaga Tall du CNID, Ibrahim Boubakar
Kéita (IBK) du Rassemblement pour le Mali, ce sont là
quelques uns des prétendants au fauteuil de Alpha Oumar Konaré
qui après deux mandats ne peut plus briguer la présidence
de la République selon les termes de la constitution.
Le scrutin qui a eu lieu en présence de prés de 1000
observateurs dont 150 internationaux a commencé a livrer
ses secrets. Les résultats disponibles indiquent une avance
de ATT, ,lhomme providentiel qui a fait tomber en 1991 le
régime dictatorial de Moussa Traoré à la suite
dun soulèvement populaire. ATT sest retrouvé
au pouvoir jusquen 1992 avant de le remettre aux civils. En
létat actuel du dépouillement il aurait obtenu
26,65% des suffrages contre 23,12% pour Soumaila Cissé, lex
grand argentier . Vient en troisième position IBK, ancien
premier ministre qui bénéficie du soutien dassociations
islamiques. Si cette tendance se confirmait, la logique aura été
respectée et les sondages nauront pas menti. Le second
tour prévu pour le douze mai devrait permettre de départager
les deux candidats qui ont obtenu le plus de suffrages au premier
tour. Vraisemblablement ATT et Soumaila Cissé. Mais bien
malin qui pourra prédire lissue de ce deuxième
tour qui sera précédé par des tractations et
alliances. Tout indique que les perdants n'accepteront facilement
leur défaite.
La délégation générale aux élections
(DGE) et la commission électorale indépendante (CENI)
qui bénéficie dun budget de 2,4 milliards FCFA
nauront pas pour autant du répit. Les législatives
doivent en effet se tenir moins de deux mois après les présidentielles.